I. Jacques Lenfaat
«COUS, nous vous donnerons des vêtements nouveaux.^ « nous tueions le veau gras, nous inviterons nos voisins « et nos amis (les cent trente mille mercenaires} pour se « réjouir avec nous du retour de nos enfants. Au fond, « pourquoi feriez-vous difficulté de revenir à nous ? Ne « sommes-nous pas nés d'une même mère? N'avons-nous « pas la même foi chrétienne, la même parole, les mêmes « sacrements? Ne recevons-nous pas la même Écriture
« sainte? Qu'est-ce donc qui vous éloigne de nous?
a Nous vous le protestons la larme à Vœil , ce n'est « qu'à notre grand regret et par la plus cruelle nécessité « que nous nous armons contre vous. Nous y sommes « portés par l'amour de nos prochains^ persécutés, dé- « pouillés , massacrés inhumainement par les Bohé^ « miens. » C'est à eux qu'il écrit ainsi à la seconde et à la troisième personne en même temps. Massacrés par vous eût été trop impoli, apparemment... « Si vous rejetez « nos offres et nos invitations , ne nous imputez pas les « malheurs de la guerre, et ne vous en prenez qu'au refus « des gens qui veulent être plus sages qu'il ne faut. « Croyez-vous que ces gens-là en sachent plus que l'an- «cienne Église et celle d'aujourd'hui? Qu'est-ce que « peuvent vous apprendre des gens de guerre, des pay- « sans, des bourgeois grossiers? Des gens sans lettres « sont-ils plus habiles que tant de docteurs, que tant « d'académies où avaient fleuri les saintes lettres? Écou- « tez saint Augustin qui vous dit qu'il n'aurait pas cru « à l'Évangile sans le témoignage de l'Église^ etc. , etc. »
Autant la lettre du cardinal , dit Jacques Lenfant, est pathétique, insinuante et artificieuse (il aurait pu ajouter aristocratique), autant la réponse des Bohémiens est libre, ferme et même assez dure , mais nette et précise. La voici :
« Il est impossible, révérend père en Christ (c'est le
PRÔCOPE LE GRAND.
a titre qu'on donnait à un simple prêtre), qu'une per- « sonne d'un aussi grand esprit et d'une aussi grande « autorité ignore que le Fils unique de Dieii, Notre-Sei- « gneur Jésus-Christ , pendant sa vie sur la terre, nonce seulement a donné aux hommes divers préceptes trèsce salutaires , mais qu'il les a pratiqués lui-même ; entre « lesquels ces quatre sont les principaux : r que le vé- « nérahle sacrement du corps et du sang de Jésus- « Chrîsi doit être administré sous les deux espèces ; « 2° que la parole de Dieu doit se prêcher librement « et selon la vérité; 3° qu'il faut punir les péchés pu- « blics^ commis sous prétexte de religion; 4° quHl faut « ôter r administrât ion de la république aux ecclé- « siastiques* . Ces quatre articles se prouvent clairement « par les Évangiles, par les Apôtres, et par tous les saints « Pères... Ils ont été reçus dans l'Église chrétienne , et « gardés fidèlement pendant quelques siècles , comme « cela paraît par les commentateurs et docteurs vraiment « catholiques. Mais ils ont été violés et supprimés par « nous ne savons quels petits prêtres, qui, dégénérant de « la piété de leurs prédécesseurs, se sont éloignés de la « règle de l'ancienne Église, s'ingérant dans les affaires « du siècle, engagés dans les embarras et les épines des « richesses mondaines, et, ce qui est plus déplorable et a plus cuisant encore , croupissant dans la mollesse et « dans l'oisiveté , au grand et irréparable dommage des « âmes fidèles.
« C'est pour cela que , tout indignes que nous som- « mes, mais appuyés des secours de Dieu, nous avons « toujours travaillé, depuis plusieurs années, à les re-
4. Les quatre articles sont énoncés ici plus clairement qu'ailleurs et .ésument fort bien les libertés que réclamait la Bohême ; liberté du culte, liberté de conscience, liberté politique, liberté civile.
« mettre sur pied, à les rétablir, à les éclaîrcir et à les « faire observer et respecter, selon leur poidg et leur « mérite. Combien n'avons-nou& point souffert d'inimi- <( tiés, d'injures, fait de dépenses, enduré de fatigues, « encouru de périls pour les soutenir, sans même épar- « gner nos vies? Nous avons même demandé plusieurs « fois avec instance d'être admis et écoutés publique- « ment, dans un concile libre , paisible et sûr ; mais tout « cela inutilement jusqu'ici. Qui peut s'empêcher d'ad- « mirer la diligence et l'exactitude de vos pères, tot « vantés, de vos prélats, et de l'Église romaine, à « remédier aux maux de la chrétienté? Au lieu d'em- « pécher que les vérités salutaires , annoncées et reçues c< avec tant d'éclat dans le monde, ne fussent enseve- « lies dans l'oubli, vous avez été les premiers à les « négliger, surtout l'article de l'Eucharistie , où , depuis « tant d'années, par le plus grand des sacrilèges, vous