ORIGINES DU COMPAGNONNAGE
La léf/ende. — Les trois rites el leurs fondateurs. — Légendes de Salomon, de Maître Jacques, du Père Soubise.
L'étude des origines d'une institution a pour préliminaire essentiel le départ entre la légende et la vérité historique, entre les récits abondants et variés qu'enfante l'imagination populaire et les données authentiques dont il est possible de déduire soit une certitude, soit, tout au moins, une conjecture raisonnable. Cette délimitation des domaines respectifs de la fable et de la réalité s'impose tout particulièrement en ce qui concerne le compagnonnage, dont le passé est demeuré si obscur et si imparfaitement connu. Assurément, si l'on consent à ajouter foi à des contes dont l'antiquité n'est pas douteuse, le problème sera vite résolu. Il suffira d'interroger un compagnon, de préférence un ancien, un de ceux qui ont conservé intacte la foi des anciens âges, et d'écouter. Il dira les péripéties de la vie de maître Jacques, ses démêlés avec Soubise, son
assassinat; il citera dt's noms, des faits, des dates; aucune question ne l'embarrassera, car la relation traditionnelle, dont il ne sera que l'interprète, est des plus i)r('cises. Il est superflu d'ajouter que ses dires, dont la sincérit»'; ne pourra être suspectée, ne seront appuyés d'aucune preuve, qu'ils pécheront gravement contre la vraisemblance et que, loin d'être terminée par cette audition, la tâche de l'historien commencera seulement avec elle. Il convient cependant de ne pas trop dédaigner ces naïfs récits. Toute conviction sincère a droit au respect, et d'ailleurs, ainsi qu'on l'a dit fort justement, la légende n'est dans bien des cas qu'une déformation de la vérité. Les croyances n'ontellespas au surplus une valeur et une portée indépendantes de l'authenticité môme des faits dont elles perpétuent le souvenir ou rillusion"? Ne créent-elles pas cette tradition sans laquelle aucun groupe humain — famille, tribu ou nation — ne peut être considéré comme vraiment fort"? ne donnentelles pas naissance aux sentiments, aux aspirations, aux idées dont s'imprègne le plus profondément l'àme populaire? La réalité n'est ainsi bien souvent qu'une tentative pour vivre un rêve et l'explication supérieure de l'histoire se trouve peut-être à sa source même, dans la légende.
Nous aborderons donc plus tard l'étude particulièrement délicate et complexe des origines historiques du compagnonnage. Il nous faut tout d'abord entendre ces contes merveilleux qui se sont perpétués d'âge en âge, créant autour du berceau de celte association comme un nuage flottant de mystère et de lointaine poésie; il nous faut, puisque nous venons de l'évoquer, laisser parler la légende.
Lc(jcndcs de Salomon, de Maître Jacques et du père Houbisc. — On compte trois rites de compagnons :
1° Les Enfants de Salomon (compagnons du Devoir de Liberté).
2" Les Enfantai de Maître Jacques (compagnons du Devoir ou Dévorants).
3° Les Enfants du Père Soubise qui sont, comme les précédents, compagnons du Devoir, mais qui s'en distinguent par leurs traditions et leurs rites.
Chacune de C(>s fcklérations possrde s;i h'gonde |iio|»ro et prétend se mttacher à l'un de ces trois fondateurs : Salomon, maître Jacques ou Soubise.
Légende de Salomon. — La li'gende de Salomon, ou [ilutôt d'Iiiram, a pour point de départ un passage de la Bible. (Les Rois, livre 3, ch. D, ÎJ.^ 13 à 18.) « Le roi Salomon, dit le texte sacré, choisit des ouvriers dans tout Israël et commanda pour cet ouvrage trente mille hommes. Il les envoyait au Liban tour à tour, dix mille chaque mois, de sorte qu'ils demeuraient deux mois dans leurs maisons et Adoniram avait l'intendance sur tous ces gens. Salomon avait soixante-dix mille manœuvres qui portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres sur les montagnes, sans compter ceux qui avaient l'intendance sur chaque ouvrage, lesquels étaient au nombre de trois mille trois cents et donnaient des ordres au peuple et à ceux qui travaillaient. — Le roi leur commanda aussi de prendre de grandes pierres, des pierres d'un grand prix pour les murs et même pour les fondements du temple et de les préparer pour cet e(Tet. Et les maçons de Salomon et ceux d'Hiram eurent soin de les tailler, et ceux de Giblos apprêtèrent le bois et les pierres pour bâtir la maison du Seigneur. * » On le voit, rien dans ce texte ne permet de conclure à l'existence d'une association telle que le compagnonnage au temps de Salomon. Mais la légende se substitue ici au récit biblique qu'elle continue. Nous la résumerons, en suivant la version la plus accréditée parmi les compagnons, version dont Agricol Perdiguier n'a donné qu'un aperçu très sommaire dans son Livre du Compagnonnage -. Les diverses relations qui se sont conservées chez les compagnons débutent uniformément par une description technique du temple de Salomon dont on indique toutes les dimensions, le nombre des colonnes, leur hauteur, largeur, épaisseur, etc. « Ces
1. Traduction Je Le Maistre de Sacy, revue par l'abljé Jacquet.
■•2. Nous avons ou en otibt la boauo fortune d'oljtenir communication des documents secrets dont lecture est donndo aux nouveaux compagnons en vue do leur révéler les orieines traditionnelles de leurs sociétés.
travaux, est-il dit, étaient exécutés sous la direction d'un maître habile nommé Hiram. Hiram travaillait en bronze et il était rempli de sagesse, d'intelligence, de science. Il fit deux colonnes en bronze pour la porte du vestibule du Temple, dont chacune avait 18 coudées de hauteur. Il fit deux chapiteaux en bronze qu'il jeta en fonte pour mettre sur les hauts de chaque colonne; chaque chapiteau avait 5 coudées de long, etc. »
La présence à Jérusalem d'une si grande multitude d'ouvriers n'était pas ce[)endant sans causer à Salomon et à Hiram de sérieux embarras. Le paiement des ouvriers notamment ne s'effectuait pas sans diflicuUé; des intrus et des oisifs se présentaient parfois et, pi^ofitant de la confusion qui régnait dans cette foule, recevaient un salaire comme les travailleurs. Pour remédier à cet inconvénient, Salomon (d'autres disent Hiram) donna à chaque ouvrier une assignation pour se faire payer et un mot de passe pour se faire reconnaître; de la sorte chacun était payé selon son mérite. En outre, quand un ouvrier était devenu bon artisan, on « le signalait à Hiram qui le faisait avancer devant son conseil. 11 l'interrogeait, et s'il lui reconnaissait la capacité requise, il lui disait de persévérer et qu'il serait récompensé. » Quelques jours après cet entretien, un des contre-maîtres rencontrait comme par hasard le nouveau récipiendaire et le conduisait dans un souterrain du Temple. Là, au milieu des compagnons (h; travail du nouveau venu, il procédait à l'initiation et lui donnait le nouveau mol de passe qui devait le faire reconnaître. Les mots de passe étaient : pour les apprentis le mot Jakhin (préparation); pour les maîtres : Jehova Auxilia K D'autres mots avaient été adoptés pour la reconnaissance entre initiés : Sabaiiot, Salomonet, etc. Le compagnonnage de Liberté était fondé.
Une deuxième légende se superpose à la première. Trois apprentis : Holem (ou Iloben), Slerkin (ou Skelem) et Holer-
1. Cet assoinljlago d'un mut licljrcu et d'un mot latin peut sembler étrange. Mais telle est bien la l'orniulo sacramentelle du mot do passe des maîlrcsi
fut, jaloux d'Hiram et furieux de s'être vu refuser par lui la maîtrise, résolurent de l'obliger à leur révéler le mot de passe de ce grade nu à l'assassiner. Ils le guettèrent à la sortie du Temple où il travaillait jusqu'au soir. Holem, armé d'un maillet, s'embusqua près de la porte du Midi ; Sterkin, une règle à la main, se caclia près de la porte occidentale et Hoterfut, porteur d'un levier, attendit le maître à la p<trto orientale. Hiram se présenta comme il en avait riiabitude à la porte de l'Occident où Sterkin, « infâme assassin », voulut le forcer à lui découvrir son secret. Il refusa, disant : « J'ai gagné mon secret par ma sagesse et mes talents ;en'orccz-vous d'en faire de même et soyez assuré que vous l'obtiendrez. » Sterkin le frappa à l'épaule avec sa règle. Il se sauva à la porte du Midi où Ilolcm lui adressa la même demande et, sur son refus, lui asséna un coup de maillet. Il espérait trouver libre la porte de l'Orient; mais Hoterfut l'y attendait et comme il ne pouvait lui arraclier le mot de passe, le traître tua Iliram d'un coup de levier. Les trois assassins cachèrent le cadavre sous des décombres. La nuit venue, ils revinrent et emportèrent le corps jusqu'en un lieu retiré où ils creusèrent trois fosses : l'une pour le cadavre, la seconde pour les habits, la troisième pour la canne d'Hiram (un jonc marin qu'il portait toujours). Une branche d'acacia l'ut plantée sur la tombe.
Cependant on s'était aperçu de l'alisencc d'Hiram. Neuf compagnons se mirent à sa recherche et, guidés par une vapeur, trouvèrent la branche d'acacia, la terre fraîchement remuée et, sous elle, le corps. On changea le mot et on avertit Salomon qui ordonna à tous les compagnons de se raser la barbe, de se couper les cheveux, de prendre des tabliers de peau blanche pour marquer leur deuil et des gants blancs pour indiquer qu'ils étaient innocents du meurtre. Hiram l'ut enterré dans un tombeau d'airain de trois pieds de largeur, cinq de profondeur, sept de longueur, avec un triangle d'or et celte inscription : A... L... G... D... G... A... D... L...U... (A la gloire du Grand Architecte de l'Univers) ; on y plaça une médaille triangulaire où était écrit le nom de Jehova. Sur un troisième triangle étaient gravées
les trois lettres S... U... G... Sagesse, Union et Gomès (première parole que Thommc ait prononcée). Enfin sur le bord du tombeau on lisait ces mots : Noria, Sterkin, Hiram et cet autre mot : Mac Benac. Ce lieu fut nommé Champ des Gros ou champ des Larmes.
11 restait h. découvrir et à punir les assassins qui s'étaient dénoncés par leur fuite. Leur têLe fut mise à prix. Hoben le premier fut livré par un nommé Pérignan chez qui il s'était réfugié. Il fut décapité et son cadavre embaumé fut exposé en public. Six mois après, Bengabel, intendant de Salomon, apprit que les deux assassins survivants s'étaient réfugiés chez le roi des Gepts, Maaco. On envoya quinze compagnons pour les arrêter, mais ils se sauvèrent. On les retrouva dans une carrière appelée Bendicar. On les saisit, on les enchaîna, on les ramena à Jérusalem où ils furent attachés à deux poteaux par le pied et le cou, les mains liées derrière le dos. Alors on leur ouvrit le corps et, avec un raffinement de cruauté qui se retrouve de nos jours chez les Chinois, on les laissa pendant huit heures exposés aux rayons brûlants du soleil. « Les mouches et autres insectes, dit notre manuscrit, s'abreuvèrent de leur sang. ■>■> Le soir venu, Salomon les fit enfin décapiter et leur tête fut mise au pilori à côté de celle d'Hoben. Leurs restes furent jetés aux bêtes fauves, moins cruelles, assurément, que les auteurs d'un tel supplice, si vraiment il eût été ordonné et souffert.
Légende de Maître Jacques. Sa vie et sa mort. — Tandis que le compagnonnage du Devoir de Liberté se glorifie d'avoir eu pour fondateurs Salomon et Hiram, le compagnonnage du Devoir (ou du Saint Devoir de Dieu comme on le nomme parfois) prétend avoir été créé par un personnage fabuleux nommé Maître Jacques. Mais ici la légende bifurque et nous avons le choix entre doux versions différentes que nous retracerons tour à tour.
D'après la première version, admise par Perdiguier et présentée par lui dans son Livre du CompaijnonnarjC {p édition, tome I, p. 3"j et suivantes), Maître Jacques, l'un des premiers maîtres artisans de Salomon et collègue d'Iliram,
serait né à Carie (qui serait aujourd'hui Saint-Roniili, localité impossible à identilierj et aurait appris dès son enfance à tailler la pierre. Il aurait voyagé dès l'Age de quinze ans, visitant successivement la Grèce, l'Egypte, la Palestine, puis serait arrivé à Jérusalem à l'âge de trente-six ans après avoir voyagé vingt et un ans de sa vie. Il y travailla, dit-on, à la construction du Temple et bâtit deux colonnes dodécagones : la colonne Vedrera et la colonne Macaloe. Sur ces colonnes étaient sculptées diverses scènes de l'Ancien Testament : la chute d'Adam et Eve, le songe de David ainsi que des épisodes de la vie de Maître Jacques lui-même. Il fut nommé maître des tailleurs de pierre, des maçons et des menuisiers.
Le Temple achevé, Jacques quitta la Judée en compagnie d'un autre maître, Soubise, avec lequel il se brouilla bientôt et dont il se sépara. Le navire qui portait Soubise aborda à Bordeaux. Jacques débarqua à Marseille ' avec ses treize compagnons et ses quarante disciples. Il voyagea encore trois années pendant lesquelles il eut à se défendre contre les embûches des disciples de Soubise qui un jour l'assaillirent et le jetèrent dans un marais; il parvint à se cacher derrière des joncs. Ses disciples arrivèrent et le secoururent.
Enfin Jacques se retira en Provence dans l'ermitage de la Sainte-Baume. L'histoire de sa fin paraît avoir été calquée sur le récit de la Passion du Christ. Un de ses disciples, l'infâme Jéron (que d'autres nomment Jamais), le trahit. Un malin, alors qu'il était en prières dans un lieu écarté (tel Jésus à Gethsémani), Jéron vint le trouver et lui donna le baiser de paix. C'était le signal convenu. Cinq assassins se jetèrent sur Maître Jacques et le percèrent de cinq coups de poignard -. Il vécut cependant encore quelques heures et put, avant d'expirer, faire ses adieux aux
1. Perdiguier lui-même reconnaît qu'il y a ici un anachronisme évident. Marseille n'a été fondée que 600 ans et Bordeaux 300 ans avant J.-C. c'est-à-dire bien postérieurement au siècle de Salomon.
2. Maître Jacques était alors, d'après la tradition, dans la 47'' année do sa vie.
compagnons tardivement accourus. « Je meurs, dit-il, Bieu Fa voulu. Je pardonne à mes ennemis, je vous défends de les poursuivre; ils sont assez malheureux. Je donne mon âme à Dieu mon créateur, et à vous, mes amis, je ne puis rien donner, mais recevez mon baiser de paix. Lorsque j'aurai rejoint l'Être suprême, je veillerai sur vous. Je veux que le baiser que je vous donne, vous le donniez toujours aux compagnons que vous ferez, comme venant de votre père; ils le transmettront de même à ceux qu'ils feront. Je veillerai sur eux comme sur vous tous, pourvu qu'ils soient fidèles à Dieu et à leur Devoir et qu'ils ne m'oublient jamais. »
Lorsque Jacques fut mort, ses disciples lui ôlèrent sa robe et trouvèrent un petit jonc qu'il portait toujours en souvenir des joncs qui l'avaient sauvé alors qu'il était tombé dans le marais. Les compagnons placèrent le corps sur un lit qui fut transporté dans une grotte. Il y resta exposé pendant deux jours tandis qu'un feu alimenté par de l'esprit de vin et de la résine brûlait autour du sarcophage improvisé. La dépouille mortelle de Maître Jacques fut ensuite portée processionnellement par les compagnons jusqu'à un lieu proche de Saint-Maximin oii il fut enseveli après l'accomplissement de tous les rites consacrés K
La garde-robe de Jacques fut partagée. On donna son chapeau aux chapeliers, sa tunique aux tailleurs de pierre, ses sandales aux serruriers, son manteau aux menuisiers, sa ceinture aux charpentiers et son bourdon aux charrons.
Le traître Jéron eut la même fin que Judas. Dévoré de remords et désespérant de la miséricorde divine, il alla se jeter dans un puits qui fut comblé. Soubise fut accusé d'avoir été l'instigateur du meurtre de Jacques. Mais cette accusation, qui entretint longtemps la désunion entre les compagnons des deux rites, fut jugée injuste par nombre d'enfants de Maître Jacques eux-mêmes. Soubise, d'après
1. Pour plus do détails sur cette légende, voir PEnnicuiER, LiiTC du Compai/noniHu/e, 3' édition, t. I, p. 30 et suiv.
cet antre récit, versa des larmes a mères sur la tombe de son ancien ami et flétrit énergiqueraent son assassinat.
Une seconde version veut que Maître Jacques, loin d'avoir été un simple artisan contemporain de Salomon, soit tout uniment le même personnage que Jacques de Molay, le dernier grand-maitre des Templiers, brûlé par ordre de Philippe le Bel. Les Templiers, fait-on observer, étaient de grands constructeurs d'églises; ils avaient été initiés en Orient à maintes pratiques secrètes qui furent révélées au cours de leur procès. Jacques de Molay a donc pu donner une règle aux ouvriers maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, etc., qui travaillaient pour le Temple, et les grouper en sociétés de compagnons. Cette version, à première vue moins invraisemblable que la précédente, ne repose, ainsi que nous le verrons, sur aucun fondement sérieux; l'existence de relations entre les Templiers et les confréries ouvrières d'où est sorti le compagnonnage, n'est pas, en soi, impossible, mais demeure purement conjecturale, aucun fait, aucun indice même ne permettant d'apporter aucune affirmation à cet égard '.
Légende de Soubise. — La légende de Soubise est impli-
1. Dans un ouvrage, au surplus dépourvu de toute valeur, et qui n'est le plus souvent qu'un assez plat démarquage des récits autrement pittoresques et colorés d'Agricol Pcrdiguier, M. Simon (auteur d'une Etude historique et morale sur le Compagnonnage, Paris, Capclle, 1853) a adopté cette version et pense la justifier en démontrant que les principales circonstances énumérées dans la légende classique de Maître Jacques, architecte du temple do Salomon, s'appliquent à merveille à Jacques de Molay. M. Simon établit, en effet, le rapprochement suivant : 1" Maître Jacques (d'après la légende), serait né dans la Gaule méridionale ; Jacques de Molay était né en Bourgogne (nous nous demandons vraiment en quoi ce fait peut bien fortifier la thèse admise par M. Simon, à moins que cet auteur, peu versé en géographie, ait confondu la Bourgogne, province du Centre, avec la Gascogne, province du Midi); 2" Maître Jacques revient dans son paj's après avoir séjourné à Jérusalem; Jacques de Molay revient, lui aussi, de Palestine, pour prendre le gouvernement de son ordre; 3» c'est en embrassant Maître Jacques que Jéron donne le signal de son assassinat. De même, l'ennemi du grand-maître, Philippe le Bel, avant de le faire arrêter, l'appelle à Paris, le fîatte, l'endort de caresses {sic); 4° Maître Jacques fut, un jour, précipité dans un marais, et après sa mort, ses disciples jetèrent dans les flammes d'un bûcher ce qui avait servi à ses funérailles. Jacques de Molay périt sur un bûcher dans une petite île de la Seine, etc. Toute l'argumentation de M. Simon est de cette force !
citeraent contenue clans celle de Maître Jacques ci-dessus racontée. Soubise aurait donc été, lui aussi, l'un des architectes du Temple de Salomon ; tout d'abord ami de Jacques, il se serait, comme il a été dit, séparé de lui par la suite, et même, d'après certains — mais le fait est contesté — aurait été l'instigateur de son assassinat.
D'après un autre récit, Soubise aurait été un moine bénédictin, et aurait vécu à la fin du xiir siècle. C'est, en effet, sous le costume des religieux de Saint-Benoît que ce fondateur est ordinairement représenté sur les images aftlcliées dans les cayennes (loges de compagnons). Soubise aurait participé en même temps que Jacques de Molay à l'œuvre de la construction de la cathédrale d'Orléans (église Sainte-Croix). Le compagnonnage aurait été fondé à cette époque. Soubise aurait survécu quelques années au grand-maître des Templiers.