CHAPITRE II
ORIGINES DU COMPAGNONNAGE (siite)
Vhisloire. — Obscurité des origines du compagnonnage. Il n'apparaît dans des textes authentiques qu'au commencement du xvi" siècle, bien qu'il semble avoir été très antérieur à cette époque. — Il procède vraisemblablement des confréries formées du w" au xui" siècle par les ouvriers constructeurs d'églises. — Renaissance artistique et industrielle du xii" siècle. — Affranchissement des communes. — Élan des populations et concours enthousiaste donné par elles aux travaux d'édification des monuments religieux. — Les corporations de métiers. — Les frères pontifes. — Les Templiers ont-ils été les initiateurs des compagnons? — La franc-maçonnerie à Strasl)ourg au xV siècle. — Ses affinités avec le compagnonnage. — Évolution du régime corporatif au xv" siècle.
Nous en avons fini cavec la légende et il est temps d'interroger l'histoire. Elle ne nous apportera pas, il est vrai, une solution claire et précise du problème qui nous occupe : la détermination des origines du compagnonnage. Elle ne dissipera pas complètement les ténèbres qui enveloppent encore plus qu'à demi le berceau de cette institution. Mais elle nous permettra de circonscrire le terrain sur lequel devront porter nos reclierclies et de nous former une opinion, puisqu'il n'est pas possible d'acquérir une certitude. Nous pourrons ainsi cheminer jusqu'à des temps plus proches (le xvi« et le xvn° siècle) où les sociétés de
compagnons sans doute déjà plusieurs fois séculaires se dégagent peu à peu des brumes du passé et apparaissent sous un demi-jour faible encore, assez lumineux cependant pour qu'il soit donné à Thistorien de distinguer leurs contours et de se rendre compte de leur structure générale.
II serait superflu d'examiner ici les récits (à peine moins fabuleux que les légendes de Salomon, de Jacques et de Soubise), d'après lesquels le compagnonnage, de même que la franc-maçonnerie, aurait été fondé à une époque très antérieure à l'ère chrétienne. Malgré sa lucidité d'esprit et son intelligence remarquable, Agricol Perdiguier, — compagnon zélé et fier de ce titre — • s'est laissé entraîner à prétendre que le compagnonnage a existé dans l'antiquité et à l'idenlilîer avec les sectes religieuses des Thérapeutes, des Pharisiens, des Sadducécns, des Esséniens : « Quel que fût, dit-il, le nom dont se paraient ces initiés, ils constituaient le vrai compagnonnage K » Perdiguier croit qu'il suffit d'établir que les Juifs, les Grecs ou les Égyptiens ont eu leurs rites occultes et sacrés, leurs sociétés secrètes, pour qu'il soit avéré en même temjts que le compagnonnage n'est pas moins ancien et qu'il perpétue les mêmes mystères. La faiblesse de ce raisonnement n'a pas besoin d'être démontrée. Le mystère est aussi vieux que le monde. Dans la Bible, le Seigneur ne se manifeste pas à tout le peuple hébreu, mais aux seuls prophètes. Toutes les religions antiques ont eu leurs arcanes, leurs cérémonies interdites au vulgaire, leurs prêtres et leurs initiés, leurs sibylles ou leurs pylhonisses. Mais quel lien historique, quel rapport de filiation peut-on établir entre ces manifestations religieuses ou superstitieuses et les rites des sociétés de compagnons qui se sont conservés jusqu'à nos jours? tout rapprochement ici est purement arbitraire, jusqu'à preuve contraire, et cette preuve n'a jamais été fournie.
L'opinion d'après laquelle il existerait un lien entre les com|iagnonnages et h.'S collèges d'artisans fondés par