Archives d'Indre-el-Loire, E
SON ORGANISATION SOl'S L'ANCIEN RKGIME 57
De même quils président au i)lacom('nl du compagiiDii, les Devoirs veillent à ce qu'il ne (juilte son maître iiue lilne de tout engagement et quitte de toute lesponsabiliti'' envers i<^ dernier. Cette coutume se nommait le Icvaye d'acquit.
'( Sil y a, dit l'article 21 du règlement des menuisiei-s de Màcon, quelque compagnon qui se fasse embaucher avant que d'avoir réglé son conq)te avec son maître, il paiera la somme de 10 sols. » Et l'article 20 ajoute : ■< Sil y a quebine compagnon qui désire s'en aller, il avertira le rouh iir qui sera obligé de lever sou sac, de s'inTormer du niailre s'il est content.... »
Les compagnons s'entr'aidaiciit en toute occasion. I/arlicle 12 du même règlenuMit impose à tous les compagnons valides d'une ville rid)ligalion daller à l'hôpital visiter ' liacun à Iriii idu leur confrère malade; le visiteur doit lui remettre la valeur de 5 sols à .ses -frais. — « S'il y a quelque compagnon que Dieu appelle de ce monde en l'autre, les compagnons seront tenus de le faire enterrer et d'assister à son enterrement, de faire prier Dieu pour le repos de son dme, ensuite d'écrire de ville en ville pour faire prier Dieu pour lui (art. 13). »
La conduite des compagnons était strictement surveillée. Celui d'entre « eux qui se battait chez le Père ou chez le maître, celui qui jurait le saint nom de Dieu ou se [irenait de vin jusqu'à le rendre par la bouche payaitunc aiin n de de 10 sous. Quiconque était reconnu pour flatlcar ^du maître) était passible de la même amende (art. 10 et 17).
Mais il était des fautes que le compagnonnage punissait avec une rigueur particulière; c'était celles (jui entachaient l'honneur du délinquant, les abus de conliance, les escroqueries, la grivellerie, la filouterie. Le seul fait pour un compagnon de quitter uue ville sans avoir payé ses dettes l'exposait à des pénalités très sévères. Il était déclaré brûleur et comme tel exclu de la société, mis en quarantaine, pourchassé partout où il se rendait. Nous retrouverons cette coutume lorsque nous étudierons plus en détail les rites et les usages du compagnonnage au .\i.\° siècle.
Pour la mémo rni^nn nous nous borm'rons (|uant à pré-
o8 LE COMPAGNONNAGE
sent à signaler sous l'ancien régime l'existence d'une coutume qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours : la conduite ou cérémonie en usage lorsqu'un compagnon quittait une ville*. 11 importe de ne pas confondre cette conduite, manifestation des plus honorables pour celui qui en était l'objet, avec la conduite de Grenoble, sorte d'exécution publique avec accompagnement de huées, d'invectives et de coups que l'on infligeait aux traîtres et aux voleurs. Un des couplets de la chanson du Père Intrépide citée par M. Levasseur et dont l'original se trouve aux Archives de Màcon (HH, n" 18) marque bien la différence qui existe entre ces deux conduites sur lesquelles nous aurons l'occasion de nous expliquer plus en détail dans un autre chapitre de cet ouvrage. F/auteur de la chanson, gavot zélé, s'adresse à un fanatique, terme de mépris par lequel il entend désigner quelque ennemi de sa société, peut être un ancien gavot passé au compagnonnage du Devoir.
Oses-tu bien, phanalique, {sic) Oses-tu te transporter Chés notre perre hitrépide; La conduite demander, La conduite de Grenoble?
On pourrat {.sic) te l'accorder, Car il n'y en a point d'autre Pour toy qui soit destiné.
Alons, tambours et trompette, Faites retentir vos airs, Et gavots prenés courrages Etvenés tous aux consert, Pour conduire ce phanatique.
Ce renégat aprouvé Et luy donner la conduite Comme il l'a bien mérité.
1. M. LicvASSEUn a public dans les Mihiiuire de l'Acwlémie des sciences morales et politiques, 1809, un récit do la conduite des compagnons menuisiers (gavots) de Màcon extrait des Arcliivcs de cette ville, 1111, n" 'JO. Le partant et les compagnons portaient trois santés en buvant chaque fois un coup do vin. On formait ensuite le cercle et diverses phrases consacrées étaient échangées. Le partant reconnaissait son sac, puis en réponse à cette question : " Que regrettez-vous dans cette ville? » disait : « Je regrette les jolis compagnons, le Père, la More et son bon vin ». On buvait do nouveau avant de se séparer.
L'expulsion ou chassement ot la conduite de Grenoble constituaienl la pénalité suprême, l'ancienne interdiction romaine de l'eau et du feu. Les manquements d'ordre moins grave : infractions au règlement, fautes contre la bienséance, etc., étaient punis d'une amende. Le Tableau des f/rosses amendes infligées par les compagnons serruriers de Bordeaux du 9 octobre 1757 à la fête des Rois de l'année 1758 ^ donne une idée sufiisante de ce qu'était sous l'ancien régime la discipline intérieure du compagnonnage. On relève dans ce document des mentions telle que celles-ci :
Antoine Le Picard doit une grosse amende pour n'avoir pas aporlé les afaire - des compagnons 1 livre
François le Tourangeau doit une grosse amende pour n'avoir pas mangé l'embaucliage d'un aspirant •' 1 livre
Charles le Nantais pour avoir frappé un compagnon. . 2 livres
Dominique le Laurin pour avoir chanté avant le premier compagnon 2 livres
Antoine Issoudun pour s'avoir {sic) embauché tout seul 1 livre
Jacques le Guépin pour avoir déjeuné avec le Renégat. 2 livres
François le Gàtinais pour avoir fréquenté et rapporté les affaires des compagnons aux Gavots 1 livre
Jean le Nantais l'ainé pour avoir venu trop tard à la messe étant rouleur 1 livre
Baptiste Flament, pour faire du profit à Maître Jacques. 2 livres
Jean Pierre le Comtois pour n'avoir pas fait la fête.. 2 livres
Les divers caractères de l'institution du compagnonnage se révèlent mieux qu'en de longs textes dans ces brèves et populaires notations. Le compagnonnage nous apparaît tel qu'il était en réalité : une association d'ouvriers soumis à toutes les influences morales et sociales qui s'exerçaient sur la classe Inborieuse d'autrefois, mais en même temps fortement disciplinés, imbus d'un csiirit de corps très