Voir infra, livre Ht, cliap. ii, le sens de ce mot
3. C'est-à-dire pour avoir conservé l'argent paye par un aspirant comme droit d'embauchage, au lieu de l'employer à payer à boire aux compagnons.
jaloux, fidèles jusqu'à rintransigeance à leurs amitiés, comme à leurs préjugés ou à leurs rancunes.
Une des mentions précitées mérite d'être retenue. L'un des compagnons est puni d'une amende [)Our être arrivé trop tard à la messe. Il est certain, en elTet, qu'en dépit de la sentence édictée contre eux en 1655 par la Faculté de théologie, les compagnonnages étaient animés des sentiments les plus religieux. C'est ainsi que le règlement des compagnons serruriers de Mâcon renferme une clause aux termes de laquelle les compagnons seront tenus de faire dire et célébrer la sainte messe le jour de la Sainte-Anne avec grande solennité, « tous les compagnons sont requis d'assister à la messe à peine d'une amende de 5 sols ». Ces dispositions n'ont rien qui doive surprendre. Avant 1789, le peuple était encore franchement catholique. La propagande des encyclopédistes et des philosophes, si puissante sur l'aristocratie et sur la haute bourgeoisie, demeurait sans influence sur le paysan et l'artisan. Comme tous les Français de leur classe, les compagnons d'alors étaient sincèrement chrétiens. Les censures delaSorbonne avaient été du reste beaucoup moins inspirées par la défiance de l'autorité ecclésiastique qu'accordées aux sollicitations des maîtres. Ces condamnations ne furent du reste pas renouvelées, et loin de lier sa cause désormais à celle des communautés, le clergé continua à prêter son ministère aux sociétés de compagnons et h ouvrir ses églises à leurs confréries.
in. Correspondance entre les Caycnncs. — Rivalités entre les diverses sociélés. — Rixes et batailles. — Rôle du compagnonnage dans les conflits entre maîtres et ouvriers. — Grèves, coalitions, mises en interdit, atteintes à la liberté du travail; violences contre les ouvriers indépendanls.
Correspondance. — Nous avons déjà fait allusion piécédemment à la correspondance qu'éciiangcaient les compagnons p(jur se tenir au courant des événements susceptibles de li's intéresser. Il existait pour ces correspon-
ilances un véritable protocole; elles débutaient par uik; formule de style : « Salut et bénédiction à tous les jolis compagnons de... » Les rédacteurs de la lettre s'enquéraient ensuite de la santé de leurs correspondants et donnaient des nouvelles de la leur. On entrait ensuite en matière, on exposait l'objet de la missive que tous les compagnons, ou tout au moins tous les compagnons finis réunis à cet efTet dans la chambre du Devoir, revêtaient de leurs signatures. La lettre n'était-elle pas rédigée conformément à l'usage, ceux qui la recevaient la retournaient aux signataires, ainsi qu'il arriva aux vitriers de Tours, comme en fait foi l'épître suivante [Archives du Loiret, B, 1988) 1 :
De Tours, lo 16 juin HôS.
Salut et Ijénédiction à tous les jolis compagnons vitriers de la ville et faubourgs d'Orléans, particulièrement à vous, l'ancien.
Nos camarades.
Celle-ci est pour faire réponse à la vôtre par laquelle vous nous marquez que vous êtes en parfaite santé. Nous en sommes charmés. Pour à l'égard des nôtres, elles sont bonnes. Dieu merci. Nous vous dirons qu'au sujet du Bourdelais il n'est plus à Tours, et nous avons eu la peine d'y travailler, attendu qu'il n'y avait aucun compagnon à Tours, nous avons passé à Orléans, dont nous avons été surpris de n'y pas trouver de compagnons. On nous a dit que vous étiez en campagne. Il est cependant du fait d'un joli compagnon de laisser les affaires entre les mains d'un compagnon menuisier ou serrurier quand on part pour aller en campagne. De même nous vous ferons dire quand vous viendrez à Tours. Du surplus, nous tous, compagnons vitriers, en chambre du Devoir avons juge à propos de vous renvoyer votre lettre, attendu qu'elle n'est point faite à la manière accoutumée. Nous vous dirons que nous avons reçu compagnon le nommé Bourguignon La Fidélité, finy le 11 de ce mois, et, le 16, avons reçu le nommé Bossevon le Bienvenu pigeonneau. Autre chose n'avons à vous mander pour le présent sinon que nous sommes tous enfants de Maître Jacques, qu'estimons mieux battre aux champs que de souffrir aucune hàcheté.
1. M. Germain Martin, à l'obligoance duquel nous devons la communication do cette lettre, en a cité les dornières lignes dans son livre les Asso-^ dations ouvrières au XYUI" siècle, y. 1.09,
En foi (le quoi nous avons tous sifj;nc en chambre du Devoir des compagnons vitriers.
Langevin de IJonnc Volonté, compagnon vitrier ancien.
Benois la Tranquillité, compagnon vitrier fini.
BoL'BGL'iGNON la Fidélité, vitrier compagnon fini.
Bkaucerox le Bienvenu, compagnon vitrier.
Adresse :
A la Mère des couipwjnons vilrkrs, nu/n'iv/lsle demeurant au Signe de la Croix, proche le Marlroi au Marché à Orléans.
Les lettres ainsi rédigées faisaient leur tour de France, c'est-à-dire qu'elles étaient adressées à toutes les chambres de la même société. Après en avoir pris connaissance, ces chambres (ou Gayennes) en accusaient réccplion en émettant un avis sur la proposition qui leur était soumise ou sur l'afTaire au sujet de laquelle elles étaient consultées. Le refenndum a été en efîet de tout temps en usage chez les compagnons, les sociétés de compagnonnage formant une véritable république fédérative. Il est facile de comprendre quelle force les Devoirs puisaient dans ces échanges de vues qui préparaient et faiililàiciil puissamment l'action commune.
Rivalités entre Devoirs différents. Rixes et batailles. — Si les compagnons d'un même rite étaient unis par les liens d'une étroite fraternité, il s'en fallait malheureusement que la même harmonie régnât entre les sociétés des dilTérents rites. Il serait d'autant plus oiseux d'entreprendre ici rénumération des rixes et des batailles entre compagnons que nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet dans une autre partie de cet ouvrage. Nous nous boi'nerons quant à présent à citer deux documents caractéristiques.
On n'a pas oublié cette amende infligée à un compagnon serrurier de Bordeaux, François le Gatinais, pour avoir fréquenté les Gavots (Archives de la Gironde, G, 3708). .Mais l'animosité qui séparait les Gavots et les Dévorants éclate surtout dans le document suivant publié par M. Antoine Du Bourg dans son Tableau de l'ancienne organisation du travail dans le midi de la France.
A vous MM. les capitoiils de Toulouse,
Supplient humblement les jurés, gardes du corps des maîtres menuisiers de cette ville, et ont l'honneur de vous exposer (|u'il s'est formé, depuis très longtemps, dans Toulouse, comme dans plusieurs autres villes du royaume, des associations parmi les compagnons qui se sont divisés en plusieurs corps : l'un composé des jeunes gens de toutes sortes de pays et reconnus entre eux sous le nom du Devoir appelés Dévorants ou bons drilles et l'autre de Gavots; que ces deux partis continuellement en guerre s'assemblent chez des particuliers qu'ils appellent leurs mères, lorsqu'ils ont quelque projet à concerter; qu'indépendamment de ces assemblées illicites, ils en forment souvent d'autres dans les auberges ou cabarets qui presque toujours sont suivies de rixes et de querelles dont l'ordre public est sans cesse troublé; que la plupart des compagnons errent de ville en ville et se placent chez différents maîtres sans certificat et sans aucun titre pour constater leur lieu de naissance. Les suppliants ont cherché plusieurs fois à remédier à ces désordres et à les prévenir, mais toujours inutilement, puisque la plupart de ces compagnons ont porté la méchanceté jusqu'à s'attrouper au nombre de cent environ armés de bâtons et de cannes, et marcher en corps tant dans le dehors que dans l'intérieur de la ville pour faire la recherche de ceux qu'ils regardent comme leurs ennemis (janvier n83).
Ces divisions entre compagnons se sont malheureusement perpétuées jusqu'à nos jours. Nous verrons dans une autre partie de cet ouvrage qu'elles ont été l'une des causes de la décadence aujourd'hui irrémédiable du compagnonnage.
Itôle du compagnonnage dans les conflits entre maîtres et ouvriers. — Grèves, mises en interdit, atteintes à la liberté du travail et violences contre les ouvriers indépendants. — Nous ne saurions songer à entreprendre de retracer ici l'histoire des conflits entre maîtres et ouvriers, mais seulement d'étudier le rôle du compagnonnage dans ces conflits qui, pour avoir été moins fréquents qu'à l'époque contemporaine, furent parfois cependant ti'ès violents. Il existe pourtant entre les grèves d'autrefois et celles d'aujourd'hui une différence essentielle. Les premières étaient, dans la grande majorité des cas, déterminées par des causes locales et particulières. C'étaient des mouvements populaires;
parfois laT'iiie insurrectionnels très limmlluoux, mais généralement sans profondeur et sans lendemain. Les secondi^s, au contraire, se succèdent et se relient les unes aux autres par tout un enchaînement de faits qui |iermellent de les considérer comme la conséquence d'un régime économique encore mal équilibré, comme autant d'épisodes d'une guerre sociale dont malheureusement la fin ne paraît guère prochaine.
La classe laborieuse avait cependant, dès le xyii^ et même dès le xvi« siècle, de légitimes sujets de plainte. Le plus grave de ces griefs lui était fourni par l'évolution qui tendait de plus en plus à transformer la corporation en une oligarchie mesquine et jalouse. L'espoir de parvenir à la maîtrise, de devenir patron à son tour, cet espoir que pouvait légitimement entretenir l'artisan du temps de saint Louis ou de Philippe le Bel, est interdit à l'ouvrier sous le règne de Louis XIV ou do Louis XV. Comment pourrait-il, en effet, se frayerun chemin jusqu'à la maîtrise? Les droits de réception sont trop considérables : 1800 livres chez les charpentiers, 1700 chez les maçons, 1500 chez les bouchers, les charrons, les selliers. Certaines communautés décident de ne pas recevoir de nouveaux maîtres pendant une période de dix ou vingt années; d'autres n'admettent plus que les fils de maître '. La tolérance assez large dont bénéficiaient au xiii° siècle nombre de compagnons exerçant en fait un métier sans avoir été reçus, a complètement disparu. On pourchasse les compagnons qui tentent de se créer des ressources indépendantes en se fixant sur des terres privilégiées ou en se livrant au colportage.
Il ne semble pas toutefois que cet ostracisme, dont les compagnons d'alors étaient les victimes, ait déterminé, même indirectement, des grèves. La classe laborieuse était alors incapable de s'élever h une conception générale de ses intérêts et de ses droits. Les ouvriers ont bien pu individuellement avoir conscience du tort qui leur était fait, resscnlii' l'injuslire d'un étal snri.il qui les condamnait h
l, Maht(n Saint-Léon, flisfoire des cornoratinns do métiers, p. 421,
servir éteriiclleineul chez autrui; mais leur action collective ne s'est guère exercée que pour la poursuite de tins immédiates et pour la conquête d'avantages tangibles. Les grèves des imprimeurs parisiens et lyonnais en 1539 semblent bien, il est vrai, le résultat d'une entente conclue enlre les compagnonnages de ces deux villes; et les réclamations des grévistes avaient trait non seulement à une augmentation de salaires mais encore à la limitation du nombre des apprentis, c'est-à-dire à une réforme inspirée, semblc-t-il, par des considérations d'un ordre assez élevé. Mais un tel fait était exceptionnel et l'on en citerait, croyons-nous, peu d'exemples.
La grève proprement dite, c'est-à-dire la cessation concertée, simultanée et prolongée du travail par les ouvriers d'un ou de plusieurs ateliers, paraît du reste avoir été assez rare sous l'ancien régime. Les ouvriers avaient recours plus volontiers à la mise en interdit ou damnation d'un atelier, c'est-à-dire qu'ils s'entendaient pour refuser de travailler chez tel ou tel maître qui se voyait dans l'impossibilité d'embaucher aucun compagnon jusqu'à ce qu'il eût composé. Cette tactique était assez habile; car si la brusque interruption du travail et la rupture d'un engagement généralement conclu pour un certain temps pouvait jusqu'à un certain point exidiquer l'intervention des autorités en faveur des maîtres, il était plus difficile de sévir contre des ouvriers qui, libres de tout engagement, se refusaient à en contracter un nouveau et à servir chez tel patron. Dans la plupart des cas, au surplus, qu'il y eût grève ou mise en interdit, .le principe de l'organisation militante des forces ouvrières sous l'ancien régime paraît avoir résidé dans le compagnonnage.
L'ordonnance suivante du procureur syndic de Dijon ' nous montre le compagnonnage intervenant dans les rapports enlre patrons et ouvriers et lixnnt le taux des salaires.
Jacques Guillier, procureur à la cour et sindic de la ville de Dijon, sca voir fait que ce jourd'huy, t6" de juillet 1717 environ
]. Archiver municipales de Dijon., G, -200.