‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 76 sur 107 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. — Définition du tour de France. — Ses limites géographiques. ^L'arrivée dans une ville. — h'affaireou passeport conipagnonnique. — La reconnaissance chez la Mère. — Ventrée de chambre. — Rituel de l'entrée de chambre chez les cordonniers et les boulangers.

Le compagnonnage et le Tour de France sont trop étroitement liés pour qu'il soit possible de les étudier séparément. Pendant des siècles et jusqu'à une époque récente, la principale, sinon, l'unique raison d'être du compagnonnage a résidé dans la nécessité d'assurer au travailleur une direction et un appui pendant les années où il voyageait pour parfaire son éducation professionnelle. Ce fut longtemps pour le jeune ouvrier sortant d'apprentissage une véritable obligation morale et sociale que d'aller de ville en ville s'initier aux méthodes de travail et aux procédés de fabrication alors très variables d'une province à une autre. Dans nombre de métiers, on n'eût pas été réputé bon ouvrier, artisan expert dans son état, si l'on n'eût accompli ce pèlerinage.

Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu

dit le fabuliste. Nos pères pensaient avec lui qu'il importe à un homme, à son début dans la vie active, d'élargir son

horizon intellectuel, de faire l'apprentissage de sa liberté et de sa responsabilité, d'être pour quelques années soustrait à rintluence bienfaisante sans doute, mais quelque peu débilitante, du milieu familial et professionnel dans lequel il a vécu, de voir d'autres cieux, d'autres hommes, d'autres aspects des choses et de la vie. De là cette coutume du Tour de France dont un écrivain célèbre * nous a laissé cette belle définition : « Le Tour de France, c'est la phase poétique, c'est le pèlerinage aventureux, la chevalerie errante de l'artisan. Celui qui ne possède ni maison, ni patrimoine, s'en va, par les chemins, chercher une patrie sous l'égide d'une famille adoptive qui ne l'abandonne ni durant la vie, ni après la mort. Celui même qui aspire à une position honorable et silre dans son pays, veut tout au moins dépenser la vigueur de ses belles années et connaître les enivrements de la vie active... Il reprendra plus tard la lime ou le marteau de ses pères ; mais il aura des souvenirs et des impressions; il aura vu le monde, il poun^a dire à ses amis et à ses enfants combien la patrie est belle et grande; il aura fait son Tour de France. »

Quel était autrefois l'itinéraire suivi par le compagnon qui entreprenait son tour de France? Cet itinéraire avait tout naturellement pour point de départ la ville où était domicilié le compagnon. Un compagnon parisien se rendait d'abord à Melun, puis à Sens, à .Joigny, à Auxerre, à Autun, à Dijon, à Chalon-sur-Saône et à Mâcon. De Lyon il gagnait Vienne, Valence, Monlélimar, Orange, Avignon, Aix et Marseille. Il allait généralement en pèlerinage à la Sainte-Baume (Saint-Maximin) et quelquefois ne s'arrêtait dans cette direction qu'à Toulon. Ses principales étapes étaient ensuite Arles, Aix, Nimes, Alais, Uzès, Montpellier, liéziers, Narbonne, Montauban, Toulouse, Bordeaux. De cette ville, il avait le choix pour atteindre Nantes entre deux routes : ou les Cliarentes par Rochefort et la Rochelle, ou le Limousin et la Vendée par Limoges et Niort. Enfin, après un sé-jour à Nantes, il achevait son Tour de France par

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