C.VnicilIS.ME DE COMPAGNON
]). ]"Ues-vous compagnon?
R. Oui, je le suis.
LINITIATION
D. Comment avez-voiis été reçu compagnon?
H. Par l'équérre, la lettre G et le compas.
D. Dites-moi le mot de compagnon?
11. Je ne puis le dire qu'en épelant. Dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde.
D. Comment avez-vous été re(;u compagnon?
U. Avec la pierre carrée, l'équérre et le compas.
D. Qne signifient le J et le B sur les deux colonnes?
R. Sur la première un J qui veut dire Jakhin et qui signilie préparation, et sur la seconde un B qui veut dire Booz et qui signifie force.
D. Pourquoi?
R. Parce que les apprentis recevaient les salaires à la colonne Jakhin et les compagnons à la colonne Booz.
D. Que signifie ce mot B?
R. En Dieu est ma force.
D. Que veut-il dire encore?
R. C'était le nom de l'autre colonne d'airain qui était à la porte du Temple de Salomon et auprès de laquelle s'assemblaient les compagnons pour recevoir leur salaire.
Les analogies frappantes que nous venons de constater entre les rituels compagnonnique et maçonnique se retrouvent encore si, gravissant un échelon de plus dans la liiérarchie de la franc-maçonnerie, on consulte le Catéchisme du grade de Maître.
Rituel du devoir de MAnuE Jacques. Catéchisme de compagnon.
D. Èles-vous compagnon?
R. Éprouvez-moi.
(Instruction.) D. Quel âge avez-vous?
R. Sept ans et plus.
D. Par quoi vous a-t-on fait compagnon?
R. Par la lettre G.
Rituel maçonnique.
Catéchisme de Maître.
D. Ètes-vous maître?
R. Examinez-moi,approuvezmoi, ou désapprouvez-moi, si vous le pouvez, l'acacia m'est connu.
D. Quel âge avez-vous?
R. Sept ans et plus.
D. Où avez-vous travaillé?
R. Dans la chambre du milieu.
D. Que signifie la lettre G? 1). Quand vous y êtes entre
(]u'ave/-vous vu?
R. Gloire, grandeur ou bien 11. Une grande lumière dans géométrie, cinquième science. laquelle j'ai apereu la lettre G.
I). Que signifie celle lettre?
H. Une chose plus grande que vous.
I). Quellepeutètre cette chose plus grande que moi qui suis iranc-maçon et maître?
R. God, qui veut dire en anglais : Dieu '.
Il ne faudrait pas conclure, des nombreuses analogies que nous avons mises en évidence, à une identité absolue entre les deux rituels; sur bien des points, il y a divergence entre les textes. Il n'en est pas moins certain qu'il y a entre les catéchismes des deux associations une similitude très frappante. Si, après les nombreuses citations qui précèdent, il était encore besoin d'établir l'étroite analogie des deux formulaires, nous trouverions cette preuve supplémentaire, et à notre avis du reste, supcrdue, dans l'identité des mots de passe et d'appel des deux associations. Les mots d'appel des grades d'apprentis et de compagnons francs-maçons sont ces deux mêmes mots : Jakhin et Booz, qui sont indiqués par le catéchisme des compagnons comme ayant été le mot d'appel des apprentis et des compagnons de Salomon. Le mot de passe du grade de compagnon dans la maçonnerie : Schibolclh, est également le mot de passe des compagnons du Devoir. Enfin, le bizarre mot de passe qui, d'après le rituel de Maître Jacques, aurait été en usage pour le grade d'apprenti : Culbutiez, n'est très probablement qu'une déformation
1. On lie doit pas s'étonnor do trouver iii ce mot anglais. L(! riiuol rnaçouiiiquo auquel nous empruntons ecs extraits, et qui était celui (l'une logo d'Auvergne, date do HOO. Or, l'on sait que la Iranc-maçonncrio un du moins l'association qui s'ost perpétuée jusqu'à nos jours sous co nom est d'origine anglaise. On est d'accord pour faire remonter l'origino do la franc-maçonnerie moderne à la fondation do la (irande Loge de Londres (21 juin Mil). Il existait déjà antérieurement en Angleterre et en Allemagne des confréries maçonniques, mais l'esprit et l'organisation de ces associations étaient très différents.
L'iNlTIATrON 223
populaire, ]ieut-être ua anagramme incomplet du nioL de passe des ap|»rentis franes-niarons : Tubakain.
On pourrait se demander si ces analogies entre les deux rituels sont révélatrices d'une identité d'origine des deux sociétés; il serait, à notre avis, téméraire de raffirmer. Les rituels de réception décrits en 1635 dans la sentence de la Sorbonne semblent avoir un caractère original et ne pas avoir été modelés, comme les rituels modernes, sur ceux des maçons, du moins sur le texte de ces derniers formulaires tel qu'il s'est conservé jusqu'à nos jours. Nous inclinons à penser que les rituels du compagnonnage moderne ainsi que l'Instruction et le Catéchisme ont été calqués au commencement de ce siècle sur les formulaires similaires de la maçonnerie, formulaires sans doute rédigés au commencement du xviii'^ siècle par les loges anglaises et adoptés par la suite par les loges du continent. On sait, en effet, par le témoignage de Perdiguier dans yiîhtoire tfiine scission, que, sous le premier Empire, la maçonnerie a commencé à exercer sur le compagnonnage, tout en le tenant du reste à distance, une certaine influence, qui s'est traduite notamment chez les Gavots par la création d'un nouveau grade réservé aux compagnons francs-maçons. Si l'action maçonnique, comme il est permis de le supposer, s'est fait sentir également dans le Devoir de Maître Jacques, il est fort possible que la maçonnerie ait transmis aux Cayennes de ce Devoir le dépôt de ses formules et de ses rites, facilement adaptés à leur destination nouvelle.