‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 79 sur 107 · Premier parrain · texte numérisé non relu

Premier parrain

2. Après avoir donné la traduction do Va/faire, qui dans sa relation précède roriginal, l'auteur do notre manuscrit ajoute l'avis suivant à l'adresse du lecteur qui, dans sa pensée no pouvait être qu'un compagnon, un pays : c Ce passeport porte les 6 cachets des principales villes. Pays cette affaire que vous venez d'entendre n'est pas si bien lisible sur le papier que nous allons vous donner, car il est en initiales que tous les compagnons savent très bien lire; do même nous aussi nous espérons que vous les a|)prendrez; les voici. >■ Suit le cryptogramme que, par interversion de l'ordre suivi dans le manuscrit, nous avons donne avant sa traduction.

Muni de ces affaires *, l'arrivant se présente donc chez la Mère. Il se fait avant tout reconnaître d'elle et du rouleur.

En entrant chez la Mère, on salue en prenant son chapeau avec la main gauche par le côté. Le faire passer de la main gauche à la droite, le pouce cl le premier doigl formant le zéro sur le bord du chapeau, le tenant ainsi le temps nécessaire i)our qu'un compagnon ail le temps de s'en apercevoir. Alors le C*. qui s'en aperçoit doit se passer sans précipitation la main gauche sur l'oreille droite et la main droite sur l'oreille gauche, s'approcher de l'arrivant et lui présenter la main gauche, le pouce ouvert et les trois doigts et le petit séparés des autres. L'arrivant fait la même chose et doit vous presser la main avec le pouce et vous lui rentlez ce signe en pressant fortement le petit doigt sur la main.

Nous sommes également en possession du texte, écourté il est vrai, de la reconnaissance des vitriers du D.*. (document inédit jusqu'ici) : « Mon ancien, j'arrive, dit le nouveau venu (la pression d'un coup). L'ancien. Par quelle voie venez-vous? (il frappe deux coups). L'arrivant. De Jérusalem (trois coups). — D. Que nous apportez-vous? — Le mot mystérieux de l'antiquité. — D. Comment se prononce-t-il? — Il ne se prononce pas, il s'épèle », etc., etc. L'entretien se termine ainsi : « Quels sont les noms mémorables des compagnons vitriers finis? — L'arrivant. Ilirain. — L'ancien. Salomon. — L'arrivant. Jakhin. — L'ancien. Hommage à leur mémoire, à l'honneur et à la gloire. — L'arrivant. De tous les jolis compagnons vitriers du Devoir de Maître Jacques. » (Ils s'embrassent par trois fois.)

Arrivons à l'entrée de chambre -, c'est-à-dire aux rites

1. Dans les dossiers do police conservés aux Archives A'ationdics sous la cote F', 1236, il se trouve des lettres saisies chez les compagnons cordonniers qui renferment de fréquentes allusions aux a/fain'it. « Ciiers pays et frères, écrivent par exemple les compagnons d'Angers le 20 décembre 1812, la présente est pour vous informer île l'état de nos santés, et pour vous prier do nous faire passer Va/faire du ])ays Manceau, l'ami du Devoir, vu que voilà deux ou trois mois qu'il travaille à Angers sans monter en chambre, vu qu'il n'a pas son affaire. »

■î. L'entrée de chambre est do règle dans tous les corps du compagnonnage. " L'entrée de cliambre, dit l'art. 102 du règlement intérieur des compagnons boulangers, ne sera accordée cju'à fout coinp.-. ]Josscssour do

usités préalablement à l'admission définitive de l'arrivanl, qui vient de remettre au premier en ville son passeport compagnonnique.

Noire manuscrit nous retrace dans les termes suivants le récit de cette cérémonie secrète tel qu'elle est réglée chez les cordonniers et les tanneurs.

Le rouleur, revêtu de ses insignes, frappe un léger coup de canne par terre. Le premier reçu parmi les assistants se lève et le suit. Ils arrivent à la porte de la cliambre. Le rouleur frappe un coup à la porte. Le premier en ville y répond en frappant un second coup sur la table. L'arrivant frappe alors trois coups sur la porte : un coup lent et deux coups précipités.

Le troisième en ville entr'ouvre la porte et dit :

« Qui êtes-vous?

R. Un honnête compagnon enfant de Maître Jacques.

D. Votre mot de passe?

R. Dites-moi le vôtre. Je vous dirai le mien.

D. Jaquin. Premier mot de passe.

R. Boos. Deuxième mot de passe. -

Puis le rouleur ouvre la ])orte. L'arrivant met un genou en terre à trois pas de la table et élève la main droite en l'air.

Le premier en ville lui demande : « Que venez vous faire ici?

— Me faire reconnaître vrai compagnon du Devoir.

— Que demandez-vous?

— La permission de faire mon entrée de chambre. » Le premier lui répond : « Permis ».

Le compagnon qui est à genoux se relève, prend son chapeau de la main droite, trois doigts sur les bords et le pouce en dessus, la main gauche sur le cœur, se découvre en portant son chapeau sur l'épaule gauche, se traverse le corps {sic) jusqu'à la hanche droite et reste immobile (c'est le signe). 11 attend qu'on le questionne.

Le phemier en ville. « Que demandez-vous? Qui êtes-vous?

R. Honnête compagnon, enfant de Maître Jacques.

Le phemier en ville. D'oii venez-vous?

R. De Paris.

Le premier. Comment vous appelez-vous? »

Ici l'arrivant doit dire la ville qu'il vient de quitter et son nom de compagnon.

Le premier en ville. « Que demandez-vous?

ses affaires (passeport), et do son livre d'acquit eu règle. Tout comp .-. doit toper en règle les arrivants et les reconnaître par l'attoucliement des mains. »

R. Li permission de passer auprès de vous devant la taldo pour y déposer un gage sacré.

Le l'UF.MiRu EN VILLE. Periiiis. ••

Alors l'arrivant fait trois jias en avant en ronietlant son chapeau sur sa tête, avance le pied droit dessous la table et incline son corps en avant, son coude du I)ras droit appuyé sur la table et tient l'alTaire au milieu des deux doigts de la main droite et la présente au premier en ville en disant :

■- Gloire à Dieu! Honneur à Maître Jacques! Hespeet à tous les braves compagnons! »

Le premier en ville lui dit :

« Pays, faites votre devoir. ■>

L'arrivant se recule de trois pas. 11 met son chapeau contre l'oreille droite, sa main gauche sur le ca^ur en inclinant son corps du côté droit et dit :

« Par la permission de mon premier, de mon second et de mon troisième, qu'il me soit permis de rester en chambre tel que je suis. »

Le PRE.VIER EN VILLE. <• Pcmiis.

L'ahiuvant. Qu'il me soit permis de passer devant la table et la boite de Maître Jacques, et de tous mes pays en général, sans être condamné à aucune amende.

Le premier en ville. Permis.

L'arrivant. Permis de parler.

Le premier en ville. Permis.

L'arrivant. Permis de poser mon chapeau.

Le premier en ville. Permis.

L'arrivant. Que le routeur maniue ma place.

Le premier en ville. Oii désirez-vous être placé?

L'arrivant. Au rang des bons enfants.

Le premier en ville. Houleur, faites votre devoir. •

Le routeur présente une chaise à l'arrivant el le ]ilace devant la table, et puis on fait l'écriture de l'afTaire dont il est porteur.

Nous n'avons rien voulu rotranclier de ce lY'cit caractéristique. Il est une preuve nouvelle du formalisme rigoureux el traditionnel qui se conserve pii'cicusement dans le compagnonnage. 11 n'est pas, à coup sûr, besoin de I iiit lie mots pour s'assurer que rariivimt est bien compagnon, mais il s'agit ici moins d'un mode de reconnaissance que d'un rite jiropre à celle religion (|u'('sl le compagnonnage.

En ce sens les l'oiulaleuis de ces sociétés ont l'ait [ircuvc

d'une intelligence du cœur humain et d'une profondeur de vues remarquables. Assurément le ritualisme n'est pas la religion; mais cependant le rite est indispensable au maintien du lien religieux, à la cohésion et à la discipline d'une Église. Sans rite une religion se perd et se fond en une vague philosophie qui chez chaque fidèle s'individualise et se différencie. Cet émiettement, cette dispersion, cette altération de la croyance ont été longtemps prévenus chez les compagnons parles pratiques mystérieuses en l'observance desquelles ils communiaient, telles que l'entrée de chambre ou la conduite.

Ventrée de chambre des compagnons boulangers ne diffère que par certains détails de celle des cordonniers et des tanneurs ci-dessus décrite. L'arrivant frappe trois coups à la porte avec le bout de sa canne, répond à diverses questions et donne le mot de passe qui est Jéhova. 11 pousse ensuite cinq plaintes auxquelles le premier en ville répond par cinq autres. Après l'échange de divers signes et de certains gestes, l'arrivant est interrogé sur son nom de compagnon, sur le lieu de sa réception, sur la signification du compas, de l'équerre, des couleurs, etc. Il nomme les quatre saints que vént^re la société : saint Pierre, saint Luc, saint Mathieu, saint Honoré. Des plaintes sont encore articulées. L'arrivant pose sa canne sur la pointe de son soulier droit et frappe trois coups avec le talon. Il s'avance vers le premier en ville, tous deux font le signe de la croix et se donnent le baiser fraternel.

II. Crédit ouvert chez la Mère. — La société garantit à la Mère jusqu'à concurrence d'une certaine somme le paiement des dépenses de l'arrivant. — Les brûleurs (mauvais payeurs). — Mesures prises contre eux. — Surveillance réciproque. — Mise en tutelle des prodigues.

Le compagnon cependant s'est fait reconnaître du Père, de la Mère et du rouleur; il a fait ou il fera le soir même son entrée de chambre. Il lui est permis alors d'aller se reposer ou, s'il le préfère, de prendre quelque nourriture

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