‹ Le compagnonnage, son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses ritesChapitre 86 sur 107 · Mémoires d'un compagnon, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires d'un compagnon, t. I, p

partir devra en avorlir les premiers en ville, pour qu'ils lui délivrent en présence d'un membre du comité sa carte de départ qui portera ses nom, prénoms, lieu de naissance, nom de province et de département et la date du jour où il partira. Les premiers aspirants, après s'être informés auprès du Père et de la Mère s'il ne leur doit rien, devront y apposer le cachet de la société : l'aute de quoi il ne pourra être reçu dans la première ville où il se présentera. Le Père ne pourra réclamer que 3 francs pour chaque aspirant qui partirait sans payer '. »

Aujouixl'hui encore, on délivre aux partants un certificat constatant qu'ils ont accompli toutes leurs obligations envers la société de la ville qu'ils vont quitter. Ce certiticat fait corps avec le livret individuel dont chaque compagnon doit être porteur. 11 csl ainsi libellé :

Nous compagnons soussignés, certifions tiuc le nommé X...

est arrivé dans notre ville le

19 et en est parti le 19

disant se rendre à

Délivré à

Faisant pour tous :

Le premier en ville (sa signature).

Le parlant a levé son acquit envers son patron et la société. 11 fait ses visites d'adieux et annonce à tous ses camarades qu'il quittera la ville tel jour, à telle heure. Ce départ était jadis, il est encore de nos jours, mais très exceptionnellement, l'occasion d'une cérémonie qui n'a pas peu contribué à attirer sur le compagnonnage l'attention publique et qui revêt un caractère particulièrement symbolique et solennel : nous voulons parler de la conduite ^.

1. Chovin 1)1-: DiK, Le Conseiller des comjitii/nons, p. 1C5.

2. Notre manuscrit secret indique dans quels cas on a droit à une conduite en règle ou battant aux champs. « Un compagnon reçu, y est-il dit, a droit à quatre couleurs qui sont la blanche, la bleue, la rouge, la jaune. Quand il arrive dans une Cayenne, on lui donne une faveur, ruban plus étroit que les couleurs. Voilà pourquoi celui qui a beaucoup voyage porto un assez grand nombre de rubans et quand il part, on lui appose un cachot sur son affaire. Celui qui, à la lin de son Tour de France, en possède six a

FIN DU TOUR DE FRANGE 2bS

« Quand un compagnon arrivé part de la ville, ditPerdiguier', on lui fait la conduite en règle, c'est-à-dire que tous les membres de la société l'accompagnent avec un certain ordre. Le partant et le rouleur, portant sur son épaule la canne et le paquet de celui qui s'en va, marchent en tête. Tous les autres compagnons armés de cannes, parés de couleurs, chargés de verres et de bouteilles de vin, suivent sur deux rangs et forment une longue colonne. La conduite s'en va en chantant loin de la ville. Là on s'arrête, on fait une cérémonie qui n'est pas la même pour toutes les sociétés. On hurle ou on ne hurle pas; mais dans tous les cas, on boit, puis l'on s'embrasse et l'on se quitte. Le partant s'éloigne et la conduite revient en ville. »

Le même auteur décrit ailleurs les rites de la conduite des compagnons maréchaux. « Ils étaient dans un champ à côté de la route... Leurs cannes sont plantées à terre; des rubans rouges, blancs, verts flottent à leurs boutonnières. Coude contre coude, ils forment une immense circonférence... Un des leurs portant dans sa main droite un verre de vin se met à courir, fait le tour extérieur de cette circonférence en criant, hurlant et se rapproche de la place 011 le partant l'attendait, lui aussi le verre en main. Ils se regardent fixement, font des signes, s'avancent, s'inclinent sur le côté, passent leur bras droit l'un dans l'autre, portent chacun son verre à la bouche et boivent en même temps -. »

Chez les tanneurs et les cordonniers (d'après notre manuscrit), le rouleur appelle trois fois le partant, puis il met un genou en terre en élevant une main en l'air. On apporte une corbeille renfermant du pain, du vin, du fromage, une serviette et quatre verres; on place ces divers

droit à une conduite générale, mais il doit savoir par cœur ce qu'on appelle grand battant aux champs d'après les tanneurs (les paroles et rites de la conduite dos tanneurs), et savoir danser comme les tondeurs. » Chez les boulangers, pour avoir droit à une conduite en règle, il faut avoir travaillé six mois dans une même Cayenne, avoir été six mois premier en ville ou avoir fait le pèlerinage de la Sainte-Baume. Faute de remplir l'une do ces conditions, on n'a droit qu'à la conduite ordinaire.

\. Livre du Compagnonnage, t. I, p. 64.

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