‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 13 sur 62 · SCÈNE X Isabelle, puis Robert · texte numérisé non relu

SCÈNE X Isabelle, puis Robert

Isabelle, seule, soupirant. — C'était un bien gentil garçon. (Elle s'assied sur le canapé, à gauche.) Nous nous sommes aimés un an !...

Robert, entrant de droite, 2^ plan, et, à part, apercevant Isabelle. — Tiens! il y en a encore une... (Se précipitant.} Chère Madame, voulez-vous me permettre de vous conduire au buïïet?

Isabclle,fsourian/. — Je vous remercie... je ne suis pas de la noce.

Robert. — Oh! pardon!...

Isabelle. — Je suis la propriétaire de la villa que Madame Monicourt a louée à Deauville... Elle est allée chercher le montant de la location...

Robert. — Ah ! parfaitement.

Isabelle, se levant. — La Comtesse Isabelle de Ballancourt, des Folies-Bergère.

Robert. — Ah! mais oui, je vous reconnais... Je vous ai applaudie !

Isabelle. — ■ Et vous me reconnaissez, tout habillée? C'est flatteur !

Robert. — C'est tout naturel.

Isabelle, à part. — Joli garçon !

Robert. — Quand on vous a applaudie, ne fut-ce qu'une fois...

Isabelle. — Trop aimable. Qu'est-ce que vous faites ce soir?

Robert. — Ce soir?

Isabelle. — J'ai quelques amis à souper...

Robert, souriant. — Impossible !

Isabelle, engageante. — Même en insistant beaucoup?

Robert. — Même en insistant énormément : je suis le marié !

Isabelle. — Oh ! pardon ! je vous prenais pour un garçon d'honneur.

Robert. — • Je ne suis plus garçon depuis ce matin, mais ça ne m'empêche pas d'avoir encore de l'honneur.

Isabelle. — Je retire mon invitation.

Robert. — Je ne vous en remercie pas moins.

Isabelle, avec intention. — Je la retire... pour aujourd'hui.

Robert, très aimable. — Pendant que vous y êtes, retirez la aussi pour plus tard... J'aime mieux vous le dire tout de suite : je serai un mari fidèle.

Isabelle. — On appelle, à Paris, un mari fidèle] le mari qui est assez habile pour tromper sa femme sans se faire pincer.

Robert. — Moi, je ne la tromperai pas du tout. {Geste incrédule d'Isabelle.) Vous ne me croyez pas?

Isabelle. — Non... Je connais si bien les hommes!... Je les connais... comme leurs poches...

Robert. — Je vois qu'ils n'ont pas de secrets pour vous ! Mais s'il n'y a qu'un Parisien qui ne trompe pas sa femme, je serai celui-là...

Isabelle. — ■ Tant pis !

Robert. — Trop aimable!... Mais excusez-moi, je pars dans quelques instants et il faut que j'aille revêtir mon costume de voyage.

Isabelle. — Faites, je vous en prie.

Robert, saluant. — Comtesse !

Isabelle. — Monsieur !

Robert, sortant, à lui-même. — Elle ne perd pas son temps, la propriétaire !

(// sort par la droite, l^r plan.)

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