SCÈNE X Isabelle, puis Robert
Isabelle, seule, soupirant. — C'était un bien gentil garçon. (Elle s'assied sur le canapé, à gauche.) Nous nous sommes aimés un an !...
Robert, entrant de droite, 2^ plan, et, à part, apercevant Isabelle. — Tiens! il y en a encore une... (Se précipitant.} Chère Madame, voulez-vous me permettre de vous conduire au buïïet?
Isabclle,fsourian/. — Je vous remercie... je ne suis pas de la noce.
Robert. — Oh! pardon!...
Isabelle. — Je suis la propriétaire de la villa que Madame Monicourt a louée à Deauville... Elle est allée chercher le montant de la location...
Robert. — Ah ! parfaitement.
Isabelle, se levant. — La Comtesse Isabelle de Ballancourt, des Folies-Bergère.
Robert. — Ah! mais oui, je vous reconnais... Je vous ai applaudie !
Isabelle. — ■ Et vous me reconnaissez, tout habillée? C'est flatteur !
Robert. — C'est tout naturel.
Isabelle, à part. — Joli garçon !
Robert. — Quand on vous a applaudie, ne fut-ce qu'une fois...
Isabelle. — Trop aimable. Qu'est-ce que vous faites ce soir?
Robert. — Ce soir?
Isabelle. — J'ai quelques amis à souper...
Robert, souriant. — Impossible !
Isabelle, engageante. — Même en insistant beaucoup?
Robert. — Même en insistant énormément : je suis le marié !
Isabelle. — Oh ! pardon ! je vous prenais pour un garçon d'honneur.
Robert. — • Je ne suis plus garçon depuis ce matin, mais ça ne m'empêche pas d'avoir encore de l'honneur.
Isabelle. — Je retire mon invitation.
Robert. — Je ne vous en remercie pas moins.
Isabelle, avec intention. — Je la retire... pour aujourd'hui.
Robert, très aimable. — Pendant que vous y êtes, retirez la aussi pour plus tard... J'aime mieux vous le dire tout de suite : je serai un mari fidèle.
Isabelle. — On appelle, à Paris, un mari fidèle] le mari qui est assez habile pour tromper sa femme sans se faire pincer.
Robert. — Moi, je ne la tromperai pas du tout. {Geste incrédule d'Isabelle.) Vous ne me croyez pas?
Isabelle. — Non... Je connais si bien les hommes!... Je les connais... comme leurs poches...
Robert. — Je vois qu'ils n'ont pas de secrets pour vous ! Mais s'il n'y a qu'un Parisien qui ne trompe pas sa femme, je serai celui-là...
Isabelle. — ■ Tant pis !
Robert. — Trop aimable!... Mais excusez-moi, je pars dans quelques instants et il faut que j'aille revêtir mon costume de voyage.
Isabelle. — Faites, je vous en prie.
Robert, saluant. — Comtesse !
Isabelle. — Monsieur !
Robert, sortant, à lui-même. — Elle ne perd pas son temps, la propriétaire !
(// sort par la droite, l^r plan.)