‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 17 sur 62 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

Herminîe, puis Le Petit-Ronein

Herniînie, descendant en scène, indignée, à l'adresse de Monieourt. — Et voilà un homme pour lequel je me suis sacrifiée toute ma vie ! Ah ! tu peux crier : « Vive l'armée ! » Quant à l'autre, ah ! le misérable, le bandit, le fourbe, le menteur, l'hypocrite, le lâche, l'ignoble individu 1... Mais un être comme ça est capable de tout, de tromper sa femme, de la battre!... Ah! mais non, je suis là... Le bonheur de ma fille avant tout, et il est encore temps !...

Le Petit-Ronein, entrant de droite, 2^ plan. — Chère Madame, je viens prendre congé de vous, et vous renouveler toutes mes félicitations.

Herminie. — Vous êtes bien aimable... Asseyez- vous. (Elle indique un fauteuil.)

Le Petit-Ronein. — C'est que je suis un peu pressé... elle m'attend.

Herminie. — Qui ça, elle?

Le Petit-Ronein, vivement. — Mon étude... Je suis avoué, chère Madame.

Herminie, le faisant asseoir dans un fauteuil et s'asseycmt à droite. — Eh bien! votre étude attendra... J'ai un renseignement à vous demander.

Le Petit-Ronein. — Un renseignement?

Herminie. — Oui! Il s'agit d'une de mes amies... une amie d'enfance, qui m'est très chère et qui a marié sa fille aujourd'hui même.

Le Petit-Ronein. — Tiens 1 le même jour que vous .'

Ilcrininie. — Le même jour, et qui vient d'apprendre, €U sortant de l'église, que son gendre était le dernier des misérables.

Le Petit-lloiiein. — Sapristi I

Hcrininie. — Alors, affolée, elle m'a téléphoné à l'instant, me priant de vous demander quel est le meilleur moyen, le moyen le plus rapide de rompre ce mariage.

Le Pctit-Uouciii. — Mais c'est impossible, chère Madame.

Hcrniiiile. — Impossible?

Le Petit-Roiu-iii. — On ne rompt pas un mariage comme ça ! A moins que le gendre de votre amie n'ait subi une condamnation infamante...

Henniiiie. — Une condamnation infamante?

Le Petit-Ronein. — A-t-il volé?

Heniiinie. — Pis que ça !

Le Petit-Ronein. — ■ Assassiné?

Hermiiiie. — Pis cjne ça, pis que ça !

Le Petit-Ronein. — Bigame, peut-être? ^

Herminie. — ■ Pis que ça, pis que ça, pis que ça !

Le Petit-Ronein. — Pis que ca? Qu'est-ce c^u'il a donc fait ?

Herminie. — Ce qu'il a fait!... Il a... (S' arrêtant.) Non, je ne veux pas vous le dire, j'ai promis le secret. {Elle se lève et gagne le milieu.)

Le Petit-Ronein. — - Enfin, si ce cpi'il a fait n'est pas prévu par le code, je ne vois aucun moyen...

Heriuinie. — Aucun?

Le Pelit-Ronein. — Un mari a des droits.

Herminie. — Plus forts que ceux d'une mère?

Le Petit-Ronein. — Imprescriptibles.

Herminie. — Alors, une pauvre femme qui apprend que son gendre est une canaille et qu'il rendra sa fille malheureuse, n'a pas le droit de lui dire : « Allez-vous en, je garde mon enfant ! >>

Le Petit-Ronein. — Non, la canaille a la loi pour lui.

Herminie. — Ah ! elle est jolie, votre loi, et on voit bien que ce sont des hommes qui l'ont faite.

Le Petit-Ronein. — Croyez l)ien que je suis désolé pour votre amie.

Hcrminie, à pari. — Ali! que faire pour la tirer de ses srifïes.

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