SCÈNE PREMIERE Mariette, puis Firmiii, puis Robert
Au lever du ridecni, la scène est vide. Paraît Mariette par la droite, l^r plan.
Mariette, s'adressant à la cantonade. — Le déjeuner pour huit heures et demie; bien, Madame.
Firmin, rentrant de gauche, l^r plan, et s'adressant à la cantonade. — Oui, Monsieur, la chambre de Monsieur et Madame Monicourt est prête.
Mariette. — Dites donc, Monsieur Firmin?
Firmin. — Mademoiselle Mariette?
Mariette. — - Vous êtes bien sûr que Monsieur et Madame de Mérinville ont fait un mariage d'sfmour?
Firmin, — Si j'en suis sûr !
Mariette. — Et, depuis trois jours qu'ils sont mariés, Madame couche là {elle indique la droite) et Monsieur ici ! {Elle indique la gauche.)
Firmin. — Je vous répète que c'est à n'y rien comprendre.
Mariette. — Et, dès qu'il aperçoit Madame, Monsieur se sauve comme s'il vovait le diable.
Firniin. — Et il est d'une humeur ! Quand je suis entré dans sa clianibre, il se promenait de long en large, les bras au ciel, en disant : « C'est du Sophocle ! ("/est du Sophocle !
Mariette. — Du So... quoi?
Firmiii, avec importance. — Du Sophocle.
Mariette. — Qu'est-ce que c'est c^ue ça, du Sophocle?
Firmin. — Je ne sais pas... mais, à l'air qu'il avait en prononçant ce nom-là, ça ne doit pas être un type bien rigolo !
Mariette. — C'est égal, Monsieur Firmin, ce n'est pas ainsi cju'on comprend l'amour, en Normandie.
Firmin. — Ni en Bourgogne, dont je suis ! Ainsi, à supposer que vous soyez Madame Firmin, je vous fiche mon billet que nous ferions dodo ensemble ! Et comment !
(// la prend dans ses bras.)
Mariette. — Eh ! Monsieur Firmin !
Firmin. — Ah! Mariette! ma petite Mariette!...
(// l'embrasse; paraît Robert par la gauche; il a un veston d'intérieur.)
Robert, les voyant s'embrasser, furieux. — Ah ! non, pas devant moi ! je vous en prie, pas devant moi !
Mariette, poussant un cri. — Oh !
(Elle se sauve vivement par le fond.)
Robert, à part. — "Voir des gens s'embrasser, dans la situation où je suis !
Firmin, penaud. — Mes intentions sont pures.
Robert. — Qu'elles soient pures ou non, je m'en fiche ! Allez vous embrasser où vous voudrez, mais pas sous mes yeux, ou je vous flanque à la porte tous les deux ! C'est compris?
Firmin. — Oui, Monsieur le Baron.
• Robert, passant ci droite. — Madame n'est pas encore sortie de sa chambre?
Firmin. — Non, Monsieur le Baron, mais Madame ne peut tarder. Il est huit heures vingt. Je vais servir le petit déjeuner.
Robert. — Vous direz à la cuisinière de me faire une infusion de camomille.
Firmin, étonné. — De la camomille?
Robert, agacé. — Oui, de la camomille ! Vous ne savez pas ce que c'est?
Firmin. — ^.Pardon, Monsieur!
Robert, même jeu. — Eh bien ! alors, allez et ne répliquez pas !
Firmin, à pari, sortant par la gauche, 2^ plan. — Qu'est-ce qu'il a?