SCÈNE II Robert, puis Nicole
Robert, seul, regardant la porte de droite, l^r plan. — Elle est là, ma Nicole, elle est là ! Et voilà deux nuits que je passe à arpenter ma chambre en me demandant si je ne suis pas le jouet d'un cauchemar efîroyable... Ma femme est ma fille! Ma fille est ma femme!... Je nage en pleine tragédie antique ! Et la voix du sang reste muette ! Elle devrait hurler depuis quarante-huit heures... et elle ne dit rien ! J'ai beau lui crier : « Mais va donc, voix du sang, éveille-toi, sacrédieu ! C'est ma fille, entends-tu bien, c'est ma fille! " Ah ])ien, oui, sourde et muette!... C'est épouvantable ! Heureusement c(ue Madame Monicourt arrive aujourd'hui... Et, dès qu'elle sera là... {Se tournant vers la porte de droite, 1^^ plan.) Mais que doit-elle penser de moi, la pauvre enfant, que doit-elle penser?
\ieole, entrant de droite, l"' plan, en déstiabillé du matin. — Tiens, tu es là?
Robert, à part. — Elle !
Xieole. — Il y a longtemps C[ue tu es levé, mon chéri?
Robert, très gêné. — Depuis dix minutes.
(7/ se dirige vers la gauche, 1" plan.)
Xieole. — Eh bien ! où vas-tu?
Robert. — Finir de m'habiller... Tes parents arrivent en auto à onze heures, je ne peux pas rester en pj-jama.
Xicole. — Il n'est pas huit heures et demie ! Tu as bien le temps.
Robert. — J'aime autant m'habiller tout de suite.
Nicole. — Et tu ne m'embrasses pas?
Robert. — Ah! si... Pardon!... {Il l'embrasse chastement sur le front.) Là !...
Nicole, à part, désappointée. — Sur le front !
Robert, à part. ■■ — Le baiser d'un père !
Xieole. — Robert...
Robert. — A tout à l'heure ! {Sortant vivement à gauche, !«■■■ plan, et à part.) Du Sophocle! C'est du Sophocle!...