‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 29 sur 62 · SCÈNE IX Nicole, puis Mariette, puis Hermiiiie, puis Mouicourt · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Nicole, puis Mariette, puis Hermiiiie, puis Mouicourt

Nicole, seule, très nerveuse. — Il me laisse encore ! Hier, c'était pour un nommé Dupont, avant-hier pour un Monsieur Dubois, aujourd'hui pour ce Chambourdin.

Mariette, enjtrant vivement par le fond. — Madame, Madame, c'est Monsieur et Madame Monicourt !

Nicole. — Comment! à cette heure-ci?

Mariette. — Ils sont partis deux heures plus tôt pour éviter la chaleur.

Nicole. — Ah! la bonne idée! (Indiquant le plateau sur la table.) Enlevez ça.

Mariette. — Bien, Madame. (Elle emporte le plateau pendant la réplique suivante et sort par la gauche, 2« plan.)

Ilerminie, entrant du fond. — Ma fille! Où est ma fille?

Nicole, se précipitant au-devant d'elle. — Maman !

Hcrillinie, la pressant dans ses bras. — Ma Nicole ! Ma mignonne !

Nicole. — Maman, ma chère maman !

Hermiiiie, avec effusion. — Ah ! ma chérie ! si tu savais combien tu m'as manqué! Je t'aime tant. Tu le sais bien, n'est-ce pas?

Nicole. — Oli ! oui, maman !

Hermînie, même jeu. — Tu le sais bien que, depuis que tu es au monde, je n'ai jamais eu qu'un seul but : ton bonheur?

Nicole. — Je le sais, maman. Mais pourquoi me dis-tu ça?

Herminie, vivement. — Ne fais pas attention... je suis un peu émue. Deux grands jours sans te voir, sans t'embrasser ! (Paraît Monicourt par le fond, en costume d'auto, avec une casquette.) Ce que le temps m'a paru long ! C'est à croire que les jours cfue nous passons loin de nos enfants ont au moins quarante-huit heures.

Nicole, émue. — Ma chère petite maman !

Herminie. — Viens, que je t'embrasse encore 1

Nicole. — Oh ! oui, maman î

(Elle se jette dans ses bras.)

Monicourt. — Herminie, laisse-m'en un peu !

Nicole, allant au-devant de son père et se jetant dans ses bras. — Papa !

(Herminie pose sur la table du milieu un petit sac qu'elle tenait à la main.)

Monicourt. — Ah ! ma Nicole ! ma chère petite Nicole ! (Après l'avoir embrassée.) J'ai cru que ces deux jours ne finiraient jamais... (Bas.) Il m'a semblé qu'ils avaient soixante-douze heures : vingt-cjuatre de plus que ta mère I

Nicole. — Mon cher petit papa ! Et vous avez fait un bon voyage?

Herminie. — Excellent 1 (Elle va sonner.)

Monicourt. — Un peu de poussière seulement !

Nicole. — Vous ne voulez rien prendre en attendant le déjeuner? Quelques biscuits?

Monicourt, avec gourmandise. — Tiens, oui, un biscuit 1

Herminie. — Non, non, merci. Je n'ai pas faim, ton père non plus.

Monicourt, résigné. — Je n'ai pas faim, ma chérie ! (Paraît Mariette par la gauche, 2^ plan.)

Herminie, qui a ôté son chapeau et son paletot, les donne à Mariette. — Tenez, prenez ça I

Moiiicourt, à Mariette, donnant son paletot et sa casquette. — Tenez, prenez ça, et occupez-vous des bagages.

Herminie, à Monicourt. — Si tout le monde donne desordres ici, cette fille ne s'y retrouvera pas. Monicourt, à part. — Patience I Herminie. — Occupez-vous des bagages, Mariette. Mariette. — Bien, Madame. {Elle sort à droite, 2^ plan.} Monicourt. — Ah ça, mais je ne vois pas ton mari. Herminie. — C'est vrai, où est-il?

Nicole. — • Il vient de sortir; nous ne vous attendions qu'à onze heures.

Monicourt, passant au milieu. — Dis-moi, pendant qu'il n'est pas là, toujours heureuse?

Nicole, avec une nervosité contenue. — Heureuse I

Monicourt, étonné. — De quel ton dis-tu ça?

Herminie. — Vous seriez- vous disputés?

Monicourt. — Déjà !

Nicole. — Pour se disputer, il faudrait au moins se voir... Et pour ce que nous nous voyons I

Monicourt. — Comment, pour ce que vous vous voyez?

Herminie. — Que veux-tu dire?

Nicole. — Le jour, il n'est jamais là.

Monicourt. — Il n'est jamais là?

Herminie. — Et où va-t-il?

Nicole. — Il prétexte des rendez-vous d'affaires... des visites... que sais-je?... Et, la nuit... il couche dans cette chambre... (Elle montre la gauche.) et moi, dans celle-ci.

(Elle montre la droite.)

Monicourt, stupéfait. — Chambre à part?

Nicole. — Voilà trois jours que nous sommes mariés, et... (baissant les yeux) et je ne suis pas sa femme.

Monicourt. — Ah I par exemple !...

Herminie, à part, triomphante. — Ali ! j'étais bien sûre qu'il n'oserait pas y toucher.

Nicole. — Dès qu'il m'aperçoit, il se sauve; on dirait qu'il a peur I

Monicourt. — Peur de quoi?

Nicole. — Je ne sais pas... Tout à l'heure, j'ai voulu avoir une explication avec lui.

Herminie. — Eh bien?

Nicole. — Je lui ai rappelé nos fiançailles; il était si tendre, alors, si amoureux 1 Je lui ai tendu mes lèvres... il s'est penché vers moi... quand, tout à coup, il a poussé un cri... et il est parti !

Monicourt. — C'est inouï !

Herminie, faussement étonnée. — Stupéfiant !

Monicourt. — Et il ne t'a donné aucune explication sur ce changement subit?

Nicole. ■^- Non... Il est agité, fébrile!

Monicourt, vivement. — Agité, fébrile?

Nicole. — Oui, il m'a dit que l'air de la mer le rendait nerveux I

Monicourt, frappé d'une idée. — Ah 1 je comprends tout !

Herminie, à part. — Hein !

Nicole, éclatant en larmes. — Il ne m'aime plus !

Monicourt, gaînient. — Au contraire, il t'aime trop !

Herminie et Nicole, ensemble. — Trop?

Monicourt, même jeu. — Mais oui, ma chérie; c'est un phénomène nerveux qui arrive souvent les premiers jours du mariage ! C'est bien connu ! Demande à ta mère !

Herminie. — Bien connu?

Monicourt. — Voyons, Herminie, souviens-toi. Les six premiers jours de notre mariage... (A Nicole.) Ta mère m'intimidait. J'ai même été consulter un pharmacien.

Herminie, voulant le faire taire. — Monicourt î

Nicole. — Un pharmacien, pourquoi faire?

Monicourt. — Mais pour lui demander...

Herminie, l'interrompant. — Tu ne vas pas raconter devant ta fille...

Monicourt. — C'est juste I (A Nicole.) Ne cherche pas|à comprendre, ma chérie; sèche tes larmes et aie confiance en ton père.

Nicole, vivement. — Oui, papa. Et toi, maman, tu crois aussi que c'est parce qu'il m'aime trop?

Herminie, gênée. — Je ne sais pas, mon enfant !

Moiiieourt. — J'en suis sûr, te dis-je î Du reste, je lui parlerai.

Herminie, vivement. — Pardon ! C'est moi qui lui parlerai !

Monieourt. — Tu ne vas pas parler de ça avec un homme?

Herminie. — Pour une belle-mère, un gendre n'est pas un homme.

Monieourt. — Qu'est-ce que c'est, alors?

Mariette, entrant de droite, 2^ plan, à Herminie. — Les bagages sont montés. Madame.

Herminie. — J'y vais. {Mariette sort. A Nicole.) Viens me montrer ma chambre.

Nicole. — Oui, maman 1

Herminie, — Passe devant, ma chérie !

Nicole, sortant 2^ plan droite, à elle-même. — Je n'aurais jamais cru que, lorsqu'on aimait trop...

Herminie, allant à Monieourt. — Je te prie, tu m'entends bien, je te prie de ne plus t'occuper de tout ceci...

Monieourt. — Cependant, le bonheur de ma fille...

Herminie. — Ne regarde que moi !

Monieourt, radouci. — Oui, ma bonne amie, oui...

Herminie, à part, sortant 2^ plan à droite. — J'ai eu tort de l'emmener !

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