SCENE XII
Le Petit-Rouciu, puis Madame Le Petit-Roneiu puis Mariette
Le Petit-Roneiu, seul. — Toute réflexion faite, je vais lui écrire... C'est plus digne ! {Allant à la table.) Un père !... Elle c|ui me disait encore, hier soir, que je lui avais révélé l'amour!... (S' apprêtant à écrire.) Quelques mots seulement... mais bien sentis.
Madame Le Petit-Roneiii, entrant du fond, à elle-même. — Ma foi, tant pis... il faut que je lui parle !... Je n'ai pas le courage d'attendre jusqu'à ce soir... (Apercevant de dos Le Petit-Roncin, à part.) Mon mari... Tiens, il écrit... A qui?
(Elle se penche par-dessus son épaule et lit au fur et à mesure qu'il écrit.)
Le Petit-Ronein, écrivant. — Madame, vous pouvez aller chez votre mère, et y rester jusqu'à la fin de vos jours... Vous m'avez trompé avec le Baron de Mérinville.
Madame Le Petit-Ronein, poussant un cri et redescendant vivement. — Ah !
Le Petit-Roiiein, se retournant. — Ma femme 1 {A part.) Sapristi ! (// veut cacher la lettre.)
Madame Le Petit-Roncin, tombant à genoux. — Pardonnemoi, Adolphe !
Le Petit-Roneiu, ahuri. — Qu'est-ce qu'elle dit?
Madame Le Petit-Ronein. — Il était monté dans le compartiment des dames seules... et c'est la faute de l'orage.
Le Petit-Ronein, ne comprenant pas tout d'abord. — Le compartiment des dames seules?... La faute de l'orage?...
Madame Le Petit-Rouein. — Mais oui... dans le chemin de fer... Versailles... le Baron de Mérinville...
Le Petit-Ronciii, poussant un cri. — Quoi! l'inconnue... c'était toi?
Madame Le Petit-Roneiu. — Gomment ! Tu ne le savais donc pas?... Et tu m'écrivais? {Elle se lève.)
Le Petit-Roncin, vivement et très digne. — Si, Madame, je le savais... mais je tenais à entendre de votre bouche l'aveu de votre faute.
Madame Le Petit-Rouein, prolestant. — Ma faute !
Le Petit-Roneiii, à part, furieux. — Il s'est aussi offert ma femme !
Madame Le Petit-Roneiu. — Je ne suis pas coupable... C'est l'orage... Et puis, dix-neuf ans... il y a prescription.
Le Petit-Roneiu. — Pas pour ça. Madame, pas pour ça 1
Madame Le Petit-Rouein. — J'étais sans connaissance.
Le Petit-Roneiu. — Sans connaissance avant, mais vous en aviez une, après !
Madame Le Petit-Rouciu. — Adolphe ! Dodolphe !
Le Petit-Rouein. — Il n'y a plus d'Adolphe... et encore moins de Dodolphe... (A part, allant sonner.) Ah! il s'est offert aussi... Il faut que je m'offre sa peau.
Madame Le Petit-Rouein. — Que veux-tu faire?
Le Petit-Rouein, sonnant. — Prier le Baron de Mérinville de venir. {S' interrompant.) Ah ! que je suis bête, il est sorti!... Mais je saurai bien le trouver... (Avec rage.) J'aurai sa peau! (// sort vivement par le fond.)
Madame Le Petit-Roneiu, poussant un cri d'effroi. — Ah ! mon Dieu !...
Mariette, entrant. — Madame désire?
Madame Le Petit-Roneiu, affolée. — Il veut sa peau!... Mais je le sauverai! (Elle remonte.)
Mariette. — Il veut sa peau?
Madame Le Petit-Roneiu, sortant par le fond et s'adressant à la cantonade. — Adolphe... Ecoute-moi, Adolphe...