‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 54 sur 62 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Madame Le Petit-Ronein, puis Robert

Madame Le Petit-Roncin, seule, avec émotion. — Il me cherche! Peut-être est-il déjà derrière le Casino!... (Avec terreur.) Si mon mari passe par là, il va le tuer !

Robert, entrant par le fond. — J'ai oublié mon nécessaire de toilette...

Madame Le Petit-Roiiein, poussant un cri de joie. — Ah 1 lui 1 C'est lui !

Robert, se précipitant. — Madame Le Pctit-Roncin !

Madame Le Petit-Roneiii. — Robert!...

(Elle tombe dans ses bras.)

Robert, ahuri. — Eh bien!... Qu'est-ce cjui lui prend?

Madame Le Petit-Ronein, d'une voix mourante. — Toi I... C'est toi I...

Robert, ahuri, à part. — Elle me tutoie!...

Madame Le Petit-Roncin. — Enfin, je me retrouve donc dans tes bras !

Robert. — Madame Le Petit-Roncin !

Madame Le Petit-Ronein. — Appelle-moi Pulchcrie I

Robert. — Pulchérie?...

Madame Le Petit-Roneiu. — Tu en as le droit I

Robert. — Le droit?

Madame Le Petit-Ronein. — C'est vrai, je sais cjue c'est toi; et, toi, tu ne sais pas encore cfue c'est moi.

Robert, ahuri. — • Madame Le Petit-Roncin !

Madame Le Petit-Ronein, l'interrompant. — Appelle-moi

Pulchérie !

Robert. — Pulchérie! Pulchérie!... (A part.) Elle est piquée !

Madame Le Petit-Roncin. — Ainsi, toi non plus, tu n'avais pas oublié, et ton cœur battait toujours en pensant à elle?

Robert, à part. — Complètement piquée !

Madame Le Petit-Ronein. — Eh bien ! tu n'as pas encore deviné?

Robert. — Ah! c'est une devinette?

Madame Le Petit-Ronein. — La femme mystérieuse... l'inconnue de l'Ouest-Etat... sur la ligne de Versailles, dans le compartiment des dames seules...

Robert, vivement. — La femme mystérieuse? Ouest- Etat?... Versailles?... Dames seules?...

Madame Le Petit-Ronein. — C'était moi !

Robert, bondissant. — Qu'est-ce que vous dites? Madame Le Petit-Roueîn. — C'était moi.

Robert. — Vous? Vous ! ! {Avec force.) Pulchéric ! . Madame Le Pctit-Roueiii. — Robert !

Robert. — Pulcliérie, jure-moi que ce n'est pas une blague.

Madame Le Petit-Roncin, indignée. — Une blague?...

Robert. — Vous?... C'est bien vous c£ue je... sur la banquette?...

Madame Le Petit-Ronein. — C'est moi que tu... sur la ban([uelle... et comment!

Robert. — Alors, la lettre?...

Madame Le Pelit-Ronein. — Signée : « L'inconnue de l'Ouest-Elat? » C'est moi qui te l'ai envoyée.

Robert, avec une joie folle. — Toi !... C'est toi !... Elle I... C'est elle !...

Madame Le Petît-Roneiii, à part. — Sa joie me fait du bien !...

Robert. — Mais alors, si c'est toi... ce n'est donc pas...

Madame Le Petit-Roiiein. — Qui ça?

Robert, gagnant la gauche. — Personne.

Madame Le Petit-Roneîn. — Personne?

Robert, à part. — Mais pourquoi la mère Monicourt?...

Madame Le Petit-Rouein. — Et maintenant, écoute : mon mari sait tout... il faut fuir... et tout de suite.

Robert, qui, tout à ses pensées, n'a pas écouté ce que lui a dit Mme Le Petit-Roncin, poussant un grand cri. — Ah ! I !

Madame Le Pelit-Ronein, effrayée. — Ah ! mon Dieu !

Robert, poussant un nouveau cri. — Ah ! ! 1

Madame Le Petit-Ronein. — Qu'est-ce ciue vous avez?

Robert. — Je commence à comprendre.

Madame Le Petit-Ronein, stupéfaite. — II n'avait pas encore compris?

Robert, à part. — - Elle aura appris que je voulais la mater... et, pour se venger... (Avec une émotion croissante, d'une voix mourante.) Ma femme n'est pas ma fille... ma fille n'est pas ma femme... je ne suis pas son père I

Madame Le Petit-Roucin, qui ne comprend pas. — Qu'est-ce qu'il dit? (Voyant Robert qui se laisse choir sur le cctnaffé.) Il défaille!...

Robert. — C'est l'émotion... la joie...

Madame Le Pctit-Roueia, à pari. — Comme il m'aime I

{Elle prend vivement son petit sac et elle fouille dedans.)

Page 1