‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 55 sur 62 · SCENE XIX Les mêmes, Isabelle · texte numérisé non relu

SCENE XIX Les mêmes, Isabelle

Isabelle, entrant par la droite; elle est en costume de voyage. — Voilà une heure que je l'attends devant la î:îare...

Robert, à part. — La Comtesse !... Sacrédieu ! (// fait semblant de s'évanouir.)

Isabelle, apercevant Mme Le Petit-Roncin et descendant à droite. — : Tiens ! une dame !

Madame Le Petit-Ronein, fouillant dans son sac. — Je n'ai pas mon flacon de sels.

Isabelle, apercevant Robert — Oh! évanoui!

Madame Le Petit-Roiieiu — Ça lui a pris tout à coup, je vais sonner. (Elle remonte.)

Isabelle. — Inutile, Madame; j'ai des sels. (Elle tire un flacon de son petit sac.)

Madame Le Petit-Ronein. — Ah ! Madame, je n'ai pas l'honneur de vous connaître, mais vous arrivez bien.

Isabelle. — J'arrive toujours comme ça... (Lui donnant le flacon.) Voici, Madame... C'est la chaleur, sans doute.

Madame Le Pctit-Rouciii, mettant le flacon sous le nez de Robert. — Non, Madame, c'est l'émotion... la joie de partir avec la femme aimée.

Isabelle, ravie. — Ah ! il vous a dit?...

Madame Le Petit-Ronein. — A l'instant même.

Isabelle. — Pauvre chéri, va, je te rendrai heureux !

Madame Le Petit-Ronein. — Comment ! Vous le rendrez heureux? (Elle va vers Isabelle.)

Isabelle, très aimable. — Pourquoi vous le cacherai-je. Madame? La fenmie aimée avec laquelle le Baron de Mérinville doit partir, c'est moi-même.

Madame Le Petit-Roncân, sursautant. — Vous dites?

Robert, qui a ouvert un œil. — Aïe ! Aïe !

Isabelle, même Jeu. — Je dis, Madame, que c'est par amour pour moi qu'il divorce.

Madame Le Petit-Roiioin. — Par amour pour vous? . (Pendant les répliques suivantes, Robert se' glisse, sans être vu, tout doucement sous la table.)

Isabelle. — Il est fou de mon corps !

Madame Le Petit-Ronein, se contenant. — Je crois, Madame, que vous faites erreur.

Isabelle. — Erreur?

Madame Le Pelit-Roiieiii. — La personne pour laquelle il divorce est une de nies amies... une amie d'enfance... et je ne sache pas, Madame, cjue nous ayons été au couvent ensemble.

Isabelle, très impertinente. — Dans tous les cas, Madame, nous n'eussions pas été dans la même classe.

Madame Le Petlt-Roiiein. — Madame !

Isabelle. — Madame !

(A ce moment, Robert a disparu complètement sous la table.)

Madame Le Petit-Ronein. — Du reste, le Baron de Mérinville vous dira lui-même... (Elle se retourne et pousse un cri en voyant la place vide.) Ah ! il n'est plus là !

Isabelle. — Comment?

Madame Le Petit-Ronein. — Parti !

Isabelle. — Ah ! par exemple, il s'est sauvé !

Madame Le Petit-Ronein. — Pendant que nous avions le dos tourné.

Isabelle, à part. — Oh! oh!... comme dit maman, ça embaume le lapin !

Madame Le Petit-Ronein. — Qu'est-ce que ça signifie?

Isabelle. — Ça signifie, ma chère, c|ue si votre amie d'enfance et moi filons le parfait amour avec le Baron, ce sera à la saint Glin-Glin.

Madame Le Petit-Ronein, à part. — Et moi qui ai tout avoué à mon mari !

Isabelle. — Seulement, si l'on peut se payer mon corps... en y mettant le prix, je n'aime pas beaucoup qu'on se paye ma tête...

Madame Le Petit-Ronein. — Comment?

Isabelle. — C'est une profession de foi... .Te suis la Comtesse de Balancourt... des Folies-Bergère... poses plastiques.

Madame Le Petit-Roiieiu. — Ah! oui...

Isabelle. — Il ne doit pas être loin... et je ne serais pas fâchée de lui dire...

Madame Le Petit-Roiieiii. — Et moi donc!..,

Isabelle. — Comment?

Madame Le Petit-Ronein. — Au nom de mon amie!...

Isabelle. — Allons-y ensemble, voulez-vous? Madame Le Petit-Ronein. — Volontiers.

{Elles remontent. )

Isabelle, l'arrêtant. — ■ Un instant... {D'un ton mysiérieu.v.) Si, par hasard, nous rencontrions Monsieur Le Petit- Ronein... pas un mot devant lui... C'est mon amant sérieux.

Madame Le Petit-Ronein, .se maîtri.sant. — Monsieur Le Petit-Ronein?

Isabelle. — Oui... Il est fou de mon corps, et il doit m'ofîrir une villa.

Madame Le Petit-Ronein. — La villa Adolphe !

Isabelle. — Tiens ! vous connaissez son prénom?

Madame Le Petit-Ronein, trè.s calme. - — Si je le connais? C'est mon mari !

Isabelle, suffoquée. — Vous êtes Madame Le Petit-Ronein?

Madame Le Petit-Ronein. — Je n'en suis pas plus fière cjue ça ! Et merci du renseignement.

Isabelle. — r Madame, je...

Madame Le Pctit-Roncin. — Oh ! ne cherchez pas à vous repêcher.

Isabelle, souriant. — Vous avez raison. Je vous salue, Madame.

^ladamc Le Petit-Ronein. — Et moi, souffrez que je m'en dispense.

Isabelle, remontant. — C'est ça !... Au revoir, Madame... (A part.) Deux villas de fichues!... En voilà une journée! {Elle sort par le fond.)

Madame Le Petit-Rouciii. — Il avait une maîtresse!... Nous sommes quittes!... C'est égal, j'ai eu tort de lui avouer... (Frappée d'une idée.) Oh! je vais lui dire que je n'ai avoué que par vengeance... parce t^ue je savais qu'il me trompait avec les poses plastiques... (Remontant.) Et dire c^ue j'ai failli avoir des remords !

(Elle sort vivement par le fond.)

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