‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 7 sur 62 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Herminie, Mme Lebrunois, Mme Méridol, Mme Ladurel, puis Auguste

Herminie, allant s'asseoir sur le canapé. — Ah ! mes toutes belles, je suis brisée !

Madame Lebrunois. — Brisée, mais heureuse !

{Elle va s'asseoir à gauche d'Herminie; Mme Ladurel s'assied à droite; Mme Méridol reste debout, à droite du canapé.)

Herminie. — Oui! Mon gendre est un garçon charmant, que j'apprécie chaque jour davantage. Et dire que j'avais hésité avant dé permettre à Nicole de penser à lui î

Madame Ladurel. — Non?

Herminie. — Le cœur de ma fille ne se serait pas permis de battre sans ma permission. Et je pensais : un ancien officier... il doit avoir des idées arrêtées; il voudra n'en faire qu'à sa tête, et deux têtes dans la même famille...

Madame Méridol. — C'est une de trop !

Herminie. — Eh bien 1 il ne voit que par mes yeux, et il attend de connaître mon opinion pour ouvrir la bouche !

Madame Ladurel. — Admirable 1

Herminie. — Ainsi, pour leur voyage de noces, c'est moi qui ai tout décidé... et à sa demande ! Ah ! j'en ferai quelque chose de ce garçon-là !

Madame Méridol. — Et où les envoyez-vous? Madame Lebruiioîs. — En Suisse?

Madame Ladurel. — En Italie?

Herminie. — Non 1 aller d'hôtel en hôtel... comme nous l'avons fait il y a vingt ans, Monsieur Monicourt et moi... être le point de mire de tous les domestiques.

Madame Ladurel. — Comme vous avez raison !

Herminie. — Sans compter les portes ([ui sont percées de trous comme des écnmoires, au point que, le soir, quand on rentre, on est obligé d'éteindre et de se déshabiller à tâtons ! Non ! non !... Je leur ai loué une villa à Deauville.

Madame Lebrunois. — Excellente idée !

Herminie. — Ils y seront délicieusement, et j'irai les y rejoindre dans deux jours. Il faut bien que j'organise leur ménage !

(Herminie se lève, ainsi que Mmes Lebrunois et Ladurel.)

Madame Méridol. — C'est juste !

Herminie. — Ils n'auront cju'à se laisser vivre, à se laisser dorloter... comme mon mari! Je n'ai ({u'un but dans ma vie : le bonheur de ceux qui m'entourent. A eux toutes les joies, toutes les satisfactions; à moi tous les soucis, tous les tracas, toutes les responsabilités.

Madame Lebrunois. — Vous êtes l'ange de la famille !

Herminie, à Auguste, qui paraît par la gauche, 2^ plan. — Eh bien! Auguste, où allez- vous?. Je vous avais dit de ne pas quitter le petit salon 1

Auguste. — C'est Monsieur qui m'envoie en course.

Herminie. — Malgré l'ordre que je vous ai donné?

Auguste. — Je n'ai pas dit à Monsieur...

Herminie. — Vous avez eu tort... Retournez d'où vous venez et sachez, une fois pour toutes, que, quand je donne un ordre, j'entends qu'on l'exécute...

(Sort Auguste par la gauche, 2^ plan.)

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