‹ Le compartiment des dames seules; pièce en trois actes [par] Maurice Hennequin & Georges MitchellChapitre 6 sur 62 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les mémos, Mme Dupontin, Mme Lebrunois, le Marquis, Mme Méridol, Mme Ladurel, puis PhUippe, Mme Le Petit-Ronein et enfin Herminie.

Madame Dupontin, entrant et regardant autour d'elle; elle a la figure très rouge. — Que de fleurs ! Ce n'est plus un appartement, c'est une serre !

Robert, allant à elle, très empressé. — • Chère Madame, je vois, à votre pâleur, que vous tombez d'inanition ! (Lui offrant le bras.) Permettez-moi de vous conduire au bufîet?

Madame Dupontin. — Avec plaisir !

Robert, sortant anec Mme Dupontin par la porte de droite, 2^ plan, resiée ouverte; à part. — En voilà toujours une qu'on ne reverra pas !

Madame Lebriinois, enlranl, suivie de Mme Leridol et de Mme Ladurel. — Ah ! mais la voilà, cette chère Nicole !

Xieole. — Madame Lebrunois ! '^--^i

Madame Lebrunois. — Tous mes vœux de bonheur, ma chère mignonne ! (Elle l'embrasse.) Je suis arrivée en retard à l'église... Une panne en pleins Champs-Elysées.

Xieole. — Rien de grave?

Madame Lebrunois. — Non, une crevaison de pneu. On crève toujours au moment où l'on s'y attend le moins ! (Au Marquis, qui vient d'entrer et s'approche.) N'est-ce pas, Marquis?

Le Marquis, s' approchant. — Chère Madame?

Madame Lebrunois. — On crève toujours au moment où l'on s'y attend le moins !

Le Marquis, à pari. — Eh bien ! elle est gaie, celle-là ! (// lai tourne le dos et remonte.)

Madame Lebrunois, étonnée, à elle-même. — Qu'est-ce cjuil a?

Xieole, à Mme Lebrunois. — La corbeille est dans le petit salon... Venez, je vais vous conduire...

(Elles sortent toutes les deux par la gauche, 2« plan; Mme Ladurel et Mme Méridol se sont assises à droite.)

Madame Méridol, à Mme Ladurel. — Délicieuse, la robe de Nicole !

Madame Ladurel. — N'est-ce pas? La mode d'aujourd'hui est si seyante.

Madame Méridol. — Vous rappelez- vous, jadis, les manches bouffantes?

Madame Ladurel. — Et les petits crevés !

Le Marquis, s' approchant. — Madame Ladurel... {Voyant qu^elle cause avec Mme Méridol.) Oh ! pardon, Mesdames !...

Madame Ladurel. — Vous pouvez rester. Marquis; vous n'êtes pas de trop.

Madame Méridol. - — Nous parlions de crevés...

Le Marquis, .';ursaiitant. — Vous aussi? (Sortant, à mivoix.) Elles sont lugubres, ces bougresses-là ! (// sort par la droite, 2® plan.)

Madame Méridol, étonnée. — Qu'est-ce qu'il a dit?

Madame Ladurel. — Je ne sais pas !

Madame Méridol. — Dites donc, pendant que nous sommes seules... est-ce vrai, ce qu'on raconte?

Madame Ladurel. — Que raconte-t-on, ma chère?

Madame Méridol. — Que le Baron de Mérinville a 37 ans...

Madame Ladurel. — C'est exact; mais il ne les paraît pas... Il est très chic, très élégant...

Madame Méridol. — En effet.

Madame Ladurel. — Ex-offîcier de dragons, il a donné sa démission pour faire valoir ses biens.

Madame Méridol. — C'est égal, dix-neuf ans de plus cjne sa femme !

Philippe, entrant de droite, 2^ plan; il est en train de manger un gâteau et tient à la main une assiette pleine de gâteaux. — Ah! Mesdames!...

Les Dames. — Qu'avez-vous?

Philippe. — Ah! je suis bien malheureux, vous savez... mais je suis venu tout de même... pour ne pas avoir l'air... Dire qu'on m'a préféré Monsieur Robert de INIérin ville... parce qu'il est baron. Vingt ans de plus c^ue sa femme !

Madame Méridol. — Pardon! dix-neuf...

Philippe. — Cette année-ci; mais l'année prochaine, ça fera vingt ans ! Je sais compter.

( // finit de manger son gâteau et en prend un autre sur l'assiette.)

Madame Ladurel. — Peut-être ne vous serez-vous pas montré assez souple avec la mère.

Madame Mcridol. — C'est Madame Monicourt qui mène tout, dirige tout. (

Madame Ladiirel. — C'est à elle qu'il fallait faire la cour !

PhUippe, la bouche pleine. — Mais je la lui ai faite, chère Madame, je la lui ai faite !

(Mme Lebrunois paraît par la gauche, 2^ plan, el Mme Le Petit-Roncin par le fond.)

Madame Lehniiiois. — Ah ! Madame Le Petit-Roncin î Madame Le Petit-lloneiu. — Bonjour, chère amie ! Madame Lebrunois. — Votre mari n'est pas avec vous? IVÎadame Le Petit-Roiieiu. — Il a été retenu au Palais, il viendra tout à l'heure.

Î^Ladame Ladurel, qui s'e.st levée, ainsi que Mme Lebruj^ois^ Maître Le Petit-Roncin est l'avoué le plus occupe de Paris !

ALidame Lehruuois, à Mnie Le Petit-Roncin. — Et quand partez-vous pour votre propriété de Versadles?

Madame Le Pctit-Ronein. — Nous n'irons pas à Versailles cette année.

!^Iadame Méridol. — Comment?

Madame Le Petit-Roncin. — Le docteur a ordonné à mon mari l'air de la mer, et nous partons demain pour Deauville !

Madame MéridoL — Quel dommage ! Moi qui viens de louer tout près de Versailles, à Saint-Cyr !

Madame Le Petit-Ronein, à part. — Saint-Cyr ! {Elle chancelle légèrement et tombe assise sur le canapé.) Madame Lebrunois. — Eh bien I chère amie, qu'avezvous?

Madame Le Petit-Ronein, vivement. — Rien, rien, un léger étourdissement.

{Paraît Herminie, par le fond.)

Madame Ladurel. — Ah ! voici Madame Monicourt ! Herminie. — Excusez-moi, j'étais allée Ôter mon chapeau...

Madame MéridoJ. — Madame Le Petit-Roncin vient d'avoir un étourdissement.

Herminie. — Ah ! mon Dieu !

Madame Le Petit-Roriciu, vivement. — C'est passé, ne vous inquiétez pas; un peu de fatigue !... {Elle se lève.)

Herminie. — Voulez-vous prendre quelque chose? Je vais vous faire apporter un consommé ! (A Philippe, qui mange tonfours.) Monsieur Thomery, allez au buffet.

Philippe, montrant son assiette. — Je vous remercie, chère Madame, j'en ai encore !

Herminie. — Mais je ne vous demande pas...

Philippe. — Ah 1 pardon I...

Madame Le Petit-Roncin, à Herminie. — Inutile, chère amie; je préfère y aller moi-même...

Philippe. — En ce cas, permettez-moi de vous offrir le bras ! {Sortant avec Mme Le Petit-Roncin.) Je suis bien malheureux, vous savez !

{Ils disparaissent par la droite, 2» plan.)

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