CHAPITRE XIII
UeQçontre d*an ancien ami dn père Jean* — Repas chec deux DégociaiM français.
En entrant dans la ville d'Amsterdam, un homme habillé en brun, portant une petite perruque ronde , accourut sauter au cou de père Jean , rembrass.-! trois ou quatre fois ^ et lui dit : Est-ce bien toi , mon cher Jean! comment te portes-tu 9 et qu'as- tu fait de ma femme? A ce mot père Jean s'ëcria : Par la fressure de notre saint-père le pape, c'est mon ami Vitulos! ma foi f je me porte comme le Pont-Neuf; pour ta femme, le diable sait où elle est ; le père prieur des grandscarmes de Rome me l'a soudQee comme je te l'avais escroquée. Que le c>el soit béni ! j'ai éprouve dans cette occasion la vérité du proverbe , qui dit que nous serons mesurés de la même mesure dont nous mesw*ons les autres; mais j'en suis tout consolé, -r— Et moi je n'eu ai jamais été at;tristé ^ dit Vitulos , tu m'as défait d'un fardeau qui me pesait terriblement sur les bras ; si tu ne m'avais point enlevé cette sorcière à tous les diables f je l'aurais uojéh un jour ou Vautre. Vive la communauté ^1 toute chose. Morbleu! le droit de propriété est un droit inventé par Béelzebuth pour faire enrager les hommes : la possession d'un bien tourmente, fatigue f ennuie le possesseur , ou tente y ou fait tort à . celui qui ne le possède pas. — Oh ! oh! dit le compère, monsieur est philosophe , à ce que je vois? — Oui dà , répond Vitulos , et ae la plus fine espèce , même. Ce n'est pas ce dont il est question pour le présent ; où allez vous loger? — A la yille de LjoUj^ dit le père Jean. — fortoien^ reprit Vitnlos^ j'j snislogé ausM. AIIobs,
tau LE convins
fiartoDS ; ce soir je yotis mène tous souper dans la meileAre compagnie du monde j où la liberté ^ renjoâmeut et le plaisir le disputent iiyec la bonne chère; car je Auppose que ces messieurs qui accompagnent mon ancien camarade sont de ses amis. -<* Vertu de froc! dit père Jean ; crois^tu que je yojage avec mes ennemis? Ce joli drôle que tu vois est mon neveu , c'est Tarc-boutant du bon sens et le restaurateur de la philosophie : voilà son compatriote et compère Jérôme; ce long flandrin efflanqué y avec sa physionomie de brebis y est le seigneur Diégo-Arias-Fernando de la Plata , y Mendoça ^ y Rioles, y Bajaloz , gentilhomme Espagnol , qui prie plus Dieu dans uu jour que nous n'avons fait pendant tout le temps que nops avons été capueîns ; en ^'néral , ce sont mes intimes , mes bpns amis, mes associés , et qui seront aussi les tiens , lorsque tu le voudras. — Vitulos , enchanté , poussa un cri de joie, et, sans regarder s'il était au milieu de la rue , il nous félicita et nous embrassa tous l'un après l'autre , ce qui fit bien rire les gens , et surtout un boulanger vis-èh-vis de la boutique duquel nous étions.
LiOrsque nous fûmes arrivés à l'auberge , Vitulos nous conta qu'il était à Amsterdam pour certaines affaires qui concernaient la philosophie ; qu'il avait des liaisons fort étroites avec un nommé M. Dominus^ qui était l'agent des révérends pères jésuites dans ce payslà ; que quant nux personnes chez lesquelles il voulait nous mener souper , c'étaient deux négocians français demeurant ensemble, ay^nt chacun une trè»-joUe femme , chez lesquels il s'était introduit sous le manteau de la franche-maçonnerie , et che2 qui il avait la liberté^ de mener deux, trois o^ quatre amis, toutes les ibis qu'il y étnit invité.
L'heure do souper étant venue, Vitulo»nous mena chez ces messieurs, qui nous reçurent le plus afifectiieu-
HAtlXIÈU. 121
sraieat du nrainde , aitm que «Bcsdamt» leurt ëpotrsts ; trois autre» oobvî^ qui »e «rmivnidirt là tions "firent aussi beaucoup de politesse; bref, l'on servft, cl depuis long-temps je n'ai vu une table si ddicatenient fourme ni un repas où régnait plus de gaîie', où il se dit plus de bons mots, plus de saillies, enfin où l'esprit et 1 enjoûment se trouvèrent si parfaitement feunis.
Lorsque le dessert fut servi, l'mi de «los hôtes nous dit ; Messieurs , je Vous prie de nmiS excuser si vous n avez point fait meilleure chère. Cependant je remercie le ciel de ce qu'il ne nous a point fait naître trois rotlleans çlus tôt ; car , si l'on en croit le bonhomme Homère , le tneiBeuir cuisirîief de ce temps-là n'était jwnat capable de feïrè une saucfe-roben. Tout ce que nous «tissions pu vous lâomet alors êÛt e'ié' un taureau bouiUi, ainsi que fit Ajax à Agamemnon , ou deux cachons rôtis, comme fit Eumee lorsqu'il rdgala Ulysse ^Monsieur a bien des homëBêk Di^go,]e prie saini B»rrhe... — Monsieur a bien des bontés, assurément, interrampitpère Jean : mais si nous en voulons croire le bonhomme Homère, il vous en contera bien d'autres Ou diable avait41 appirô ce qm afe sei^ait uur k table des grands, lui qui était un poète , et par conséquent SI gueux qu il n a peut-être jamais mangé que des oignons, des fèves et des pistaches ?- fout beau, mon confrère, dit Vitulos, ûf0z meillcui^e opinioti de tees- 3ieurs les poètcs; s Hg pe«ve«t ignoi^eif par état ce qui se sert sur la tabfe^es grands, ih ont le priviléire de le savoir par inspii^ation; J'enthousiasme dont ils sontpossedes quelquefois, les élève aurang dé ces intelligences célestes, qui connn«sént miHe chômes sans le slcours des sens, et dont les lumières étehdltés ont quelque chose de divin. Homère^ par exemple, n'a Das «înm toute la Méditerranée, et je ne s^^ Linf otTaTt jamais vu de tenipéte : void toutefois ^ tfbelfc façon
ii en, dëcrit une au viurtièrae livre de son Iliade. Comme la compagnie n entend point le grec y je me servirai de la traduction de ce passage :
L'enfer s'émeat au broit de Neptaoe en furie» Fluton sort de son trône , il pAlit, il s'écrie 1 Il a peor qae ce dieu , dans cet affreux séjour, D'un coup de son trident ne fasse entrer le joar; Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fasse voir do Styz la rive désolée ; Ne découvre aux vivans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.
Si Duffuay-Trouiu vivait encore ^ je lui défierais de peindre du moindre de ces traits les orases qu'il a essu jës dans le cours de ses expéditions (i^. Toutefois ,
(i) Et moi je défierais Honërcet son prônenr Vitulos de décrire , soit par inspiration ou autrement, non pas une tempête, mais certains petits morceaux de chair qui nous pendent sous le nez , aussi admirablement que Lazarelli led a dépeints dans le sonnet suivant :
Gran sostegni del Mondo, almi Gonglioni Del Geleste Fattore opère ingegnose ; Da caricare i piccioli caononi , Ond' armato va V huom, Palle giocose ,
Robn^tiy ancorche teneri , Palloni,
Gon cui giuocan tra lor Mariti « e Spose 9 Del corpo bumân spermaticî Ëmbrloivi* De' Venerei, Placer Font! amorose ,
Magazxeni vitali , ove Natora
h' human semé riposto , a i figli «aoi . P' assicurar la succession procura :
Ma la gloria maggior, che tutti oscura or inclili preci vostri , è T esser voi Delmio Don Giccio Ârchetipo, e figora.
Cieceid, Sonn* i85.
mon cher oamarude^ les vers que je vieas de reciter ne sont qu'un faible échantillon du passage original.
Mais ne reculons point jusqu'à Homère ; n'allons point si loin, de crainte de nous fatiguer. Ne voyonsnous pas parmi les poètes de nos jours (qui, par parenthèse, ne sont que des poétereux, en comparaison des anciens) , ne voyons-nous pas, dis-je, parmi nos poètesy les uns perches au coin d'un mauvais grenier, décrire en vers pompeux l'ordonnance , la régularité , la magnificence , la majesté d'un palais qu'ils n'ont jamais vu? la distribution, la proportion, le goût , la richesse des appartemens où il ne sont jamais entrés ? la perspective riante, les chefs-d'œuvre de marbre, de ]aspe, de bronze, les bosquets, les terrasses, les canaux, ies fontaines, etc., qui embellissent les jardins dont ils n'ont jamais approché? N'en voyons-nous pas d'autres, tapis dans leur galetas^ et plus poltrons que le Sosie d'Amphytrion, tracer d'un crayon terribjie l'ébranlement de deux armées prêtes à se décharger, la violence de leur choc, le brint des armes, le hennissement des chevaux, les cris des combattans joint au tonnerre du canon et delamousqueterie, l'assemblage épouvantable de fumée, de poussière et de feu, le. spectacle horrible d^ morts, des mourans, des corps et des membres pal-
Homère , dans la description qu'il fait de là mer en tune , n'a en besoin , comme le dit fort bien Vitnlos, qne d'inspiration, on plutôt de son imagination vive et impctneose. Mais le poètB Italien lénnit ici l'i|nagioation la plus brillante à ce gue l'esprit a de plus profond ,' de plus exact, de plus poéti> que, de pins fin et de pins élégant. Ceci soit dit sans faire tort à ce que VitnIoiB entend prouver k frère Jean; mais jeTeaz faire voir en passant qne Hmagination est un faible avantage pour un poète , sans l'esprit on le «eoliment,
NoU du révérend père gardien des capucins de Nèauffle*
pitans; en tm mot l'achcrneraent des vainqneun , 4a rage, le désespoir des tiiiiie«« , tMrtes les barreurs du carnage, et la suite dm comlMi!t êatÊ^ reffroyabk tableau ttacé par des vers dignes d'un tel sujet , ùàt autant d'effet sur notre ame émue ^jœ si nous étions les spectateurs de Faction même. D'autres, couches sur un grabat, plus transis qu'amourevx , nous peignent dW pinceau lëger, mais plein de feu , les tendres discours , les baisers amoureux , les plakirs Yi£i et deux, les ra« vissemens délicieux de deux jeunes amans, à cjui le hasard vient d'accorder pour la première fois une nak tranquiUe, une nuit favorable à leurs désîm et à leurs amours. En voil assez, je crois, pour prouver à l'univers entier qu'en vertu du privilège de la poésie, radteuf de l'Iliade pouvait savoir, par une espèce, d'inspiration > ce qui détruit avoir été servi sur U table d'Eumée et d'Ajax, quoiqu'il vécût plus de trois cents ans après ces héros. — L'ami , dit père Jean , tu Isras bien de boire un coup, car tu vas t'enroner ; après 'quoi tu me diras si dans ces temps-là la nature n'avait point aussi abondamment pourvu qu'au) ourd%ui les cbaoïf», lés rivières et les bois , de tous les «nimanûC'^ de toutes les productions de la tenre , dont nous «avons si bien garnir nos tables.
Vitulos , au lieu de boire un coup , en but deux , et continua ainsi :
La nature a été de tout tenips aussi abondante , aussi vttîée dans ses productions qu'elle l'esit aujourd'hui. Il y a de tout temps des gens riehes, et même des gourmands , puisqu Esau vendit son patrimoine pour unpkt de lentilles; indépendamment des gens riches et des gourmands , il y eut aussi des cuisiniers , mais ces cuisiniers étaient ttmt at^i plus des marmitons en comparaison des cuisiniers français d'aujourdiini , surtout de ceux dès ecclésiastiques et des maltô tiers , race
de gens qui xte vivent que du malheur d'aMtmi , ainsi <pie les m^decinsj le& apotbiooiFes ^ le» avocats | les procureurs I et tant d'autres qui ont la conscience aux talons et les ongles crochus comme les éperviers.
La cuisine dea anciens n'approcha donc jamais de la nôtre. Pour le prouver, je commence par Abrahav» , qui n'était certainement point pauvre, puisqu'avec son monde seul| il battit le roi Chodorlahomor et ses trois confrères, qui avaient eu l'audace de s'emparer des biens et de la personne de Loth son neveu : or, ce par Iriarche ne donna pour récompense aux trois anges qui vinrent lui reâdre visite dans la vallée de> Maabre , qu'un veau grillé , cinquante- six livres de pain cuit sous la cendre et quelques pintes de botermelk. De t^ls hôtes méritaient certainement bien un régsd plus honnête et phis délicat; mais Abraham, tout hospitalier, tout généreux qu'il était,; ne put faire l'impossible (i). (iCS Egyptiens n'étaien.t vraisemblablemeg^t point gueux 9 puisqu'un de lenrs rois fit délivrer pour près de quatre millions de florins d'ails ^ d'oignons et de poi^ S09UX aiu oi^vriers q;ui bâtirent )a grande pyriwnide flrae l'on voit encore a^iourd'hui à quelques lîeues du QraiidhCaire^ A en juger pas une dépense si extraoïdlaaire pow u^ sujet si peu ijpjportant en soi , je répète donc que les l^gjptiens devaient être des gens à leur jise , maift qui faisaient très'n^uvaise chère. Us avaient îkil des dieux de plusieurs animaux mangeables , ainsi que des légumes les plus nécessaires à la marmite, d'où il résulte encore une grande diminution sur la variété,
(i}Le» Israélites, postérîenrs à ce patriarche, ne forent point, meilfears cnihiniers qnelai. L'on ne voit dans leur repas ni sauces ni ragoûts ; leurs plus grands délices étaient le lait et le roieJ.
yGoOgfë
sur la multitude des. mets; c<'ir les animaux et les plantes qui avaient le bonheur d'être inscrits dans le catalogue de ces dtenx , étaient sacrés , et Ton n'y pouvait toucher. Il s'est même vu des occasions , au rapport d'Hërodolc et de Diodore , où la disette ftit si grande, que les Egyptiens se mangèrent les uns les autres ; plutôt que de mettre une de leurs divinités au pot ; de sorte que dans ce paj^s là il valait mieux être un boeut' qu'un homme.
Pour les animaux dont les Egyptiens pouvaient manger I ils en rsjetaient la tête : autant de diminue encore. Le cochon était réputé immonde ; de là point de hure pour eux y point de jambons , point d'oreilles ; de là , ni langues fourreVs , ni boudins , ni saucisses , ni andouilles, ni cervelas; point de pieds de cochons à la sainle Menehould, point de carré au petit lard, point d'échinées en côtelettes , point de poulets piqués , bardés , lardés ; point de mets enfin , soit rôtis , soit à lu braise , soit en ragoût où le lard entre aujourd'hui pour le tiers de l'assaisonnement.
Après avoir parlé du patriarche Abraham et des Eçyptiens , je viens aux Assyriens ; ces peuples passaient leur vie dans la sensualité et les délices de leurs sérails: Pour peu que l'on ait lu, on se ressouviendra des galanteries de Sémiramis , de la mollesse de Ninias et de ses descendans ; leurs bâtimens étaient de If dernière magnificence : le faste > le luxe , les environnaient de toutes parts ; pour leurs repas , il y régnait plus de profusion et de confusion dans le service ; plus d'emportement et de dissolution parmi les conviés , que ae délicatesse et de civilité ; témoins ce qu'en rapportent plusieurs auteurs , et nommément le prophète Daniel , lorsqu'il parle du festin que Balthazar donna à tonte sa cour.
Quant aux Mèdes , Ton voit dans la Cyropédie de
XenophoD que leur table ressemblait assep à ctlle des Babyloniens.
Pour les Greç^ , il est prouve que dans les siècles héroïques ils n'avaient ni cuillers , ni fourchettes ^ ni nappes, ni serviettes ; ils mangeaient avec les doigts comme le bon père Adam ; et s'essuyant à leur barbe comme Mathusalem. Il n'était point question dans ce temps là de gibier , de volaille , ni d'œufs ; Ton n'en voit pas même sur la table des amans de Pénélope , qui étaient bien le» plus friands coquins du temps, il en est de même des fruits et des légumes. Quant aux poissons, ils les méprisaient tellement, que, dans l'Odys^ sée , Ménélas s'excuse d'en avoir mangé , parce qu'il était réduit à la dernière nécessité. Aujourd'hui l'on fait glerire d'avoir sur sa table un bon esturgeon.
De tous les Grecs postérieurs à ces temps héroïques , il n'y eut que les Athéniens qni débarbouillèrent un leti l'art de faire la cuisine j tout ce qu'on nous conte le leurs festins consistait toutefois plus dans l'appareil du service que dans le choix et la délicatesse des mets. Si quelque chose pouvait faire désiret à un galant homme de se trouver à leurs repas, c'étaient les conservations enjouées et savantes qui occupaient les convives ; mais par malheur il ne s'y trouvait point de femmes. — £hl peut-on trouver un repas agréable, s'écria tout à coup Vitulos, où ce sexe enchanteur ne préside pas! Convenez, mon cher père Jean^ que: quelque délicatement composé que soit un plat, ilnSest rien en comparaison de ce qu'il devient, lorsqu'il est servi par une main telle que celle de l'une ou de l'autre de nos deux charmantes hôtesses. Que de grâces, que de charmes dans la dissection , le choix, l'arrangement des morceaux : et dans la manière de les présenter ! O main blanche ! main mignonne et dodue ! continua-til en se jetant sur celle de la dame qui était à côté de
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lui 9 que TQtie vue est sédvitattte ! lorsifite ce qÊtdke daigne nous servir est accompagné d'un doux legard , d'un sourire aimable> de oes mots almabksyde ces mots obligeans,^ dç ces grâces enehiHtteresae&y qm sont la sause de toutes les sauieefty rélixir el la quinteseesee des ragoûts fea plus exquis que Tart des cuisiniers ait inventés depuis le délugejusqu^ànosjiOCHr&; oui^ charmante hôtesse n c'est de vécus que Ton poanrait dire :
lr«e mU«, r«ccoglleD«e> Ivotà è lyMuti- M odir son di vaghe^a» c leggiadria.; il suave parlar, et' alU sembianti , L» belta^e, iè vafor, la cortesia ; li^accno^eli oostitmi honevti'iè santi i: tat^9 |Hi«l «he di UiMkio» aw GoD quanto di TalorpioTatib* i dei S'accogtîe è fa sot' uoa Iode in lei.
El \euat, âkUJlf en a'advessonC à l'auto dame ; n'esta c« point de TOtre divine personne qu'Ottavxo Rinuccîni pMdait autnclsi» lersiqv'if disant 7
L'oro del crin , la macstàdel viso ;
j6a porpora de'labbri : il sol degfi occhi j;
De Fa fronie le rose , e'I bel narcîsq ;
Lfnieoi éel ciglio, cfete saete seecchi ;
Jda TQO« , q'1 9e«t«^ , e'I porframeato , el cîm ;
II guardo i coe ferisci» ovonque l^occhi ;
lia grazia saa , la sua virtu divioa ^
Fan dell' anime altrui doice rapina*
^ — Or 9a y dit père Jean, auEas*4iu bientèt tei?je crois fort que ces dames s'amusent plus des douceurs que tu kuff débite», que de tes rapsodîes sixr la* cmsine des anciens > mais sais- tu bien que voici kurs maFis^l qui pouri^ent fort bien ve point prendre ces gentillesses> su« le ntéme ton ? — Nos hôtes ajant <Ht à père Jea» qu'ib connaissaient le p^erin depuis lon^temp^y qn'ib ne s'effwouchaient point de tout ce qu'ail
ilA'ifliÉtr. i39
pouvait cùtktet à lenn fenmes, et ces daiàéft ajatit tésaoigQ^ que cela leur ferait plaisir de l'en tendre continuer à raisonner sur les anciens , Vituk>8 reprit sou f»^emier sujets et dit :
Puisque ces dames renient bien me permettre de eontinuer , je passe à la eui»ine des Lacëdëmoniens. Cette nation mangeait en public; les tables étaient difttryi^uécs par quinze personnes y auxquelles on donnail tous les deux jours un boisseau de farine , kuit mesures de vin , cinq livres de fromage y deux livres et demie de figues , et quelque peu de monnaie pour Ts^ prêt et l'assaisonnement. Ce ne sera certainement pas encore ces gens-là qui donneront gain de cause à ceux qui voudront soutenir que la cuisine des anciens l'emportait sur la nôtre. Des Lacëdëmoniens je retourne aux Athéniens | pour vous dire qu'après ceux-ci les Romains sont venus , qui renchérirent de quelque chose sur la cuisine des premiers ; mais encore n'é« tait-ce rien de la enisine des Romains en comparaison de la nôtre.
—• Savez- vous bieta^ M. Vitulos ^ dit le compère Mathieu , que vous pourriez bien vous tromper dsms votre calcul ^ et que l'on ne doit point tout-à-fait juger de la façon de manger d'une nation par quelques traits que Ton en rapporte y non plus que l'on ne devra juger un jour de la table des rois de Suède du dix-septième siècle par Celle de Charles XII?
— Je sais cela aussi bien que vous y monsieur le philosophe f répondit Yitulos ; il y a trente ans que j'ai lu dans les l<amprides , dans Ammien Marcellin et autres, que des empereurs romains ^ tels qu'un Trajaa, un Alexandre Sévère , un Julien , se contentaient souvent 4 leurs repas, lorsqu'ils étaient à l'armée, d'uu plat de pois ou de bouiUic » et je n'ai point jugé pour cela que l'on ne mangeât alors qne des pois ou dEe la bouillie;
i3o LE COMPiftE
non plus que je n'ai juge de U bonne chère des Italiens du seizième siècle ^ par le pape Adrien YI qui ne mangeait que du stokfiche.
De tout cela enfin , je reviens à dire qu'il j a trois mille ans , ainsi qu'auparavant , Ton se contentait de grosses pièces et de bon appëlit pour sauce (i). Mais pour gagner ce bon appctit^ Ton travaillait ^ et aujourd'hui tous ceux qui mangent splendidement ne travaillent pas. Je sens que Ton va me demander si les anciens riches travaillaient; je repondrai qu'oui, et . cela depuis le sceptre jusqu'à la houlette : Rebecca allait fort loin chercher de Teau dans une cruche qu'elle portait sur ses épaules, et cette Rebecca était la bellefille de cet Abranara dont j'ai parlé tantôt > «t qui était un maître gars , comme disent les Normands. Les enfans du roi Priam tirèrent eux-mêmes de la remise le char qui devait porter ce prince au camp des Grecs , j attelèrent les mulets et les chevaux , et chargèrent dessus le coffre qui contenait la ren^on d'Hector. L'on voit encore les fils d'Acinoiis, roi des Phéniciens^ dételer les mulets du char de la princesse Nausicaa , leur sœur, et celle-ci partir de là avec ses femmes pour aller laver ses robes à la rivière. A ces trois exemples, j'en pourrais joindre trois cents autres (a); mais j'espère que ce que je viens de dire suffira pour cette fois^
(i) Le cochon rôti dont Vitnlosaparlé ci-devant, était un cochon de cinq ans, et le régal de cinq personnes, Homi Odyss.
(a) Tels qae celni de Sattl, qui reçue la nouvelle du péril où était la Ttlle de Jabès en Galaad, lorsqu'il était occupé à conduire une couple de bœufs. Reg, i^, 5.
Celui de Jacob, qui fut de fiethsabée à Haran (distance de plus de deux cents lieues}, seul, à pied, un bfttoa à la main, qui couchait où la nuit le surprenait, et mettait une pierre sotts sa tête pour lui seiTir d'oreiller. Cm, Sa, i^i.
MATHIEU. i3l
— Bois un coup , Robin-migaon , dit père Jean , tu Qs de Tcsprit comme un sorcier aujourd'hui. Où diable as-tu péché la litanie que tu viens de nous débiter ? Si tu étais demeuré capucin, tu serais aujourd'hui général de Tordre.
— Il me semble y dit une des dames, aue M. Vitulos a dit tantôt que les poètes d'aujourd hui n'étaient que des poètereaux en comparaison des anciens. J'ai toutes les peines du monde à croire cela ; je voudrais bien entendre le grec pour en juger.
— Madame, dit Vitulos, il ne faut point entendre le grec pour cela; il ne faut que comparer quelques traductions des pièces qu'ils nous ont laissées avec ce que nos poètes ont fait de meilleur, et vous verrez la différence. Sans parler du fameux épitbalama qui fait partie des livres saints, sans parler de quantité d'autres morceaux qui valent cent fois mieux , qui approche au^^ jourd'hui du divin Anacréon dans la manière de prendre l'amour tel qu'il est, c'est-à-dire tel que nous ne le connaissons guère? Les ouvrages de ce poète charmant ne sont que des grâces, ne sont que des fleurs. Quelle aisance ! quelle délicatesse! quel naturel dans la poésie de la tendre Sapho, écoutons-la exprimer la violence de son amour, dans la faible traduction d'un passage des précieux restes que nous avons d^elle :
Heureux qbiprës de toi, etpoor toi seul soupire, Uai jouit du plaisir de t'eutendre parler, ytti te voit quelqefois doucement lui sourire : Les dieux, daussou bonheur, peuvent-ils l'égaler T Je sens, de veine en veine, une subtile flamme
Celui d'Eumée, qu'Ulysse trouva faisant des souliers, et qui avait lui-même bâti les étables pour les troupeaux qu'il nour-
! Cédéon> de Bath, d'Elysée, d'Ulysse, ctc«
iSs! lE COUFSBÈ
Courir partout mon corp»,iîtôt que je te voif;
Et daiM les doux transporta où s'égarent mon «ne,
Je ne saoïais trouver de langue m de voix.
Un nuage confas ^e répand sur ma rue;
Je ne sens plus, je tombe en de doaces langoenrs.
Et pftie, sans haleine, interdite, éperdue.
Un frisson me saisit... je tremble.. . je me menrs.
Mais quand on n'a plus rien il faut tout entreprendre (i).
Quel ordre f qtiel admiraUe mélange de eireoBstanees et d'incideos! quelle hamoaie! quel tableau f Oii est ramante de nos jours qui sente et s'exprime ainsi? je dis plus, qui paisse comprendre tout le vrai^ toute sa délicatesse de ce que vous venez d'entendre ? Ah ! madame! il hmt avoir le cœur de Sapho pmir apprécier tout le mérite de chaque mot de ce chef-d'œuvre tel qu'il est dans l'original. J'y renvoie les curieux; ils le liront^ ils le trouveront peut-être froid et insipide. Ne vous étonnez paS; madame, il faut de grands mots aujourd'hui polir exprimer de petites choses ; mais de grands mots font ouvrir les oreilles , et c'est assez dans le temps où nous sommes. — Monsieur Vitulos, dirent ces dames en riant, il se &it tard; vous nous permettrez, ainsi que la compagnie, de nous retii*er ; d'ailleurs, votre acharnement contre nos pauvres poètes modernes pourrait nous dégoûter de lire leurs ouvrages , et ce serait un plaisir de moins. Bonsoir.
(i) L'original de cette traduction est une de plusbeUiSiOdes de Sapbo qae Longin nous a conaervée ; mais comme o4lle ode a passé par les mains de plnaieiiffs oofûsteset de diffère** crlti"
Îues^ elle a beaucoup souffert des uns et des autres. Le roi de 'rance en possède un manuscrit très ancien,* écrit sans distinction de vers, sans ponctuaHon, sans orthographe) l'on eût mieux foitde^nous la donner telle qu'elle est dans ce manuscrit, qu'avec tous ces retranchemens, additions^ tffq||^||||||&s, changemens qn'Isnao Yoesios et àntrea y ont faits^
MATttlEU i3^3
Lorsqoe cm dames furent parties , Vitulo& coBtÛMia, et nous dit : Le cœur des anciens était tellement fait pour sentir^ qu'ils exprimaient tout le feu dont leur ame sensible et yoluptueiise était capahle^ jusque dans les passions les plus injurieuses à la natinre et au beau sexe; si nous ouvrons Diogène de Laêrce, nous y voyons, de quelle façon le divin Platon s'exprime sur ce sujet dans le fameux distique qu'il a fait sur son cher Agathon. Gomme vous entendez vrarisemblableblement tous le latin, je vais vous rapporter la paraphrase que lun des amis d*Aulugelle en a faite :
Dum semibnlco suavio Meum puellum suavior, Dulcemqu^ florem spirittu Dfico es aperfe transite :
Animnla eegra et aaocia CoQCumt ad labias mibi Rictum que in oris pervium , Bt labra puelli uollia Riraa^o itineri transitos Ul eraiiMlirct nititiir:.
Tàm 81 morse qa|d pluacul»
Fuisset id cœta osculi :
Amoris igni parcieta Transisset, et me linqueret i "Et mira provsùm re^fiwet Ut «d-me fierem morttiiii> Ad puetiua at iatna virerem*
Tout le monde sait qu'à l'instar de ce philosophe/ et d'autres anciens qui lui ressemblaient , certaime nation de delà le s mon ts se pique quelquefois de s'érayer à ce jeu , eA !^ÊÊf^^ ^^^ ^^ sujet. Mais qud:le dinercncc entre lëSr poésie et celle que les aneiens o»t laisse dans ce ^nre! Voici comme Jean de la Casa, archevêché de Benévent, et gi»and pédéraste s'il en fut