‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 23 sur 28 · LS COMPÈRE · texte numérisé non relu

LS COMPÈRE

Lersqise je fus dans ce palais , tm iiansîer de la chambre me fit entrer chez Lucifer. Ce moiAirque ne parait pas si vieux qu'on le fait'; ii potirrait «léme passer pour joli y s'il n'avait une verrue an bout du nez (i).

(i] G« portrait f« tranre bien diffôrent d« oelai qo*on nous fait ordinairement de Lucifer. Je crois qa'ii-n'y a qoe Ie«6al Diego qui l'ait fait si beau. Les théologiens, les peiiltres et les poètes semblent avoir enchéri les uns sur les autres dans leurs efforts à nous rendre ce prince des ténèbres hideux et épouvantable: mais ils n'ont puisé les traits da portrait qu'ils en font que dans leur imagination échauffée. L'Espagnol dit: Ce prince ne paraît pas si vieuœ qu'on te fait ; il pourrait même passer pour joli, s*H n'avait une verrue au bout du ne*. Si ia aature est simple y si la vérités est naïve et pure, c'est bien dans ces quatre mots qu'on les reconnaît l'une et l'autre» et non dans tout ce 4]tie l'on nous débite à ce «ujet.

«Je vis tin monasque d'une taiUe!piodigîeuee, assiaenrim » trône immense, ayant le front ceint d'un bandeaa 4e feu, » ayant la poitrine gonflée, le visage bouffi, les yeux étince- > lans, les sourcils élevés et l'air menaçant; il avait les nari- » -nés -extrêmement larges, et deux grandes cornes sur la tête ; • il était.noir oomipe un.liaure ; il avait deux grandes ailes de •«chan¥e-flouris attachées. aux épaules, de larges^ pattes ideca- 9 nard, une queue de lion, et de loqgs|H)ils depuis La tête jus- ■ qu'aux pieds, etc. »

Voilà en substance ta description que Patingène foit de son Il^phnrgae, pvince des diables. 8i les portraits que les autres font de Luciter sont différens , ils nfen sont pas jaoîBs affreos; témoin celui qui se voitomr une médaille nue jlai entce.les mains, et dont voici la description. L'on voit d'un côté le buste du Sauveur avec cette légentie allemande : leh bin das.Lemlein 4âs der weit sund tregt. i/ohanesam I, Cap, -^ Neimant kumpt tu dem vater dûh durch mieh, Joam, XIF* De l'autre est le })U8te du pape avec cette autre léj^eude: So bin ieh dos Airnt der Verdhemus und der Sand. Sagt Sont Paul, in der //. Epistel mn

* «>e suis l'agneau de Dieû qui efface les péchés du monde , «le.

— - Pennuie ne peut aller à meo'pèfe que par moi , etc. •

VAVRZftU. 5i

Il c^tnit sur son trônç j et «avironné de toute sa cour ; il était vêtu d'une simarre de ras de Saint- Maur , doof» blee de -ferblanc et avec des paremens de faifioce^ il avait sur la tête une couronne de buis , et tenait à la maiu un sceptre de fer : son trène était iiutceCbis À*ov massif; mais depuis qu'il a perdu une somme considérable en jouant aux cartes ^ ce^ône n^at plus que de bois de nojer. Ce prince est d'un appétit extraordinaire; il tnange lui seul autaiit^e tous ses sujets ensemble ; il lui faut annuellement plus de quinze cent mille aunes de boudin ^ et «nviron six millions de q^ûntaux de poivre^ ce qui fait que cette denrée est si chère ^n enfer; il dort au moins cinq mois de l'anpée ; le reste , il ne fait que végéter. Il est extraordinaireroent simple et crédule; il n'y a point de*jour qu'on ne lui fasse accroire que les vessies sont des lanternes, et ceux qui ont intérêt qu'il demeure tel, lui disent que sa bêtise est débonnaireté. Mais se^ officiers ne lui ressemblent pas ; ce sont bien les plus malins y les plus déterminés coquins qui aient jamais existé : parmi ces officiers je remarquai les dia- Ides Moria ^ Misia , &ual , Jabes Ënac et Ja^'an ;

Item, les diables Rebla, Bezec, Borithon, Bêla et Uriel;

Item, les diables Achaïan, Corrœos, Easas et Béel* zebutbj

tiie Tettahnîeher**, Satan a les deux p^attes de derrière sur Jes les épaales dn Sainr-Fère, et le coiffe d'uiM tripte coufoniie. lie prince des ténèbres est ici représenté avec le corps d*aoe harpie, les pattes d'an vantoar^ la queue d'an serpent, ies ailes d'an drogon , les testicules d'un taureau, la tête d'un co* chon et le capucb<'Q .d'un Biotare.

**4i Je suis cet homme de perdition, cet enfant de.péché etc. »

5a LE coHPàiE

Item 9 les diables Acàos^ CedoD, Cas, Armer et Is* bosetb ;

Item y les diables Apbron, Rammon, Oreb| Ur et Ramessès;

Item y les diables Avod^ Boanei^on , Siba , Sicbor et Lapidotb;

Item , les diables Cinoth et Astaroth , qui fut pourfendu en disputant mon ame contre Jabel , etouie'tait déjà aussi parfaitement guéri que s'il ne lui mt rien arrivé.

Je vis encore les diables Sin, Acbas, Alez^ AsmodeeetBëclpbégor ;

Item, les diables Kajan^ Boobra^ Paliui Urthos et Grevianan ;

' Item y les diables Sarotb , Faîthros , Molabi et Cosbi f qui se brûla les griffes en éclairant saint Domini-

Gomme depuis celte aventure ce G>sbi est demeure manebot, et que par conséquent il n'est plus propre à grand cbose , il est cbargé de montrer le palais aux étrangers , et de satisfaire à leurs questions sur l'état et le gouvernement de l'enfer.

(i) Saint Dominique était un homme qai travaillait, qui liitit , qui priait sans cessé. Le diable , quoique jaloaz des ▼ertus éminentes du saint homme, le laissait assez tranquille pendant le jour; mais lorsque le soir était venu, il lui ftiftait mille niches, et se plaisait surtout à lui souffler sa chandeUe. Le saint supportait cela avec beaucoup de patience; mais an jour qu'il était occupé à lire rEcrilurc sainte, Gosbi, dont je Tiens de parler, vint éteindre sa lumière; Dominique s'impatienta et dit au diable : Puisque tu éteins ma phandelle pour ton plaisir, tu la tiendras préseçtt^ent pour le mien , aussi long-temps que j'aurai fini ma lecture. Le diable obéit, et la chandelie étant venue à sa fin, il fdt obligé de U tenir encore , et de se laisser brûler les griffes plutôt que de la l&cber. V sa Vie.

MATHlSn. 53

Lorsque j'eus assez contemplé le seigneur Lucifer, et que j'eus parcouru les principaux appartemens de son palais y Cosbi , qui m'accompagnait y m'en ûl voir les environs. Le premier objet qui s'offrit à ma vue fut l'empereur Gharlemagne y ramant des pois sous la direction d'un Bostangi bachi. Saxon d'orisine, qui toussait les épaules a sa majesté toutes les mis qu'elle ne travaillait point à son gré: comme j'ai toujours respecté ce grand homme, je n'osai lui demander qui l'avait réduit à une condition si basse et si méprisable ; mais je me doutai bien que c'avait été son ambition démesurée f et le zèle un peu trcm apostolique qu'il avait fait paraître dans la plupart de ses expéditions. Plus loin f je vis le pape Sixte-Quint à l'afïut sur un saule, et guettant un lièvre sur lequel il fondait son souper et celui de quinze enfans qu'il avait de la reine Elisabeth sa femme. Ayant aperçu sa sainteté, je me jetai à ge-* noux pour lui demander la bénédiction ; mais le saintpère ^e coucha en joue pour me doiiner un coup de tusil, ce qui fit que je me relevai au plus vite et que je me sauvai à toutes jambes. Un peu plus loin je vis.... ah! mes chers amis! lorsque je pense à ce que je vis, peu s'en faut que je ne remeure de douleur et ae tris-' tesse : je vis mon ancien maître , l'éminentissime cardinal 'Tongarini , jusqu'à la ceinture dans un ruisseau bourbeux, ayant une chemise bleue, dont les manches étaient retroussées jusqu'aux épaules, une toque de laine crasseuse sur la tête , le visage aussi noir que celui d'un charbonnier, et mâchant du tabac comme un Ecossais, je vis, dis-je , un si saint homme réduit à pé> cher des eerevisses pour gagner sa vie. Je voulus embrasser mon doux mattre, mais une puissance invisible m'empêcha d'en approcher. Je lui parlai ; mais il était devenu si'bègue qu il me fut impossible d'entendre ce qu'il me répondit* Je commençai à pleurer; alors il se

54 I-E COXPÈRE

mît à beugler d'une force si terrible^ qu'un troupeau de vaches qui passait près de là s'enfuireutet se precipitèreat dans un lac profond, où elles se noyèrent toutes, excepta un yeau qtfe le vacher retint par la queue. Lorsque j'eus quitté son éminence , je demandai à Cosbi pourquoi un prëlatd'uAe si haute qualité, si sage, si veffu««Z/ se trouvait dans un état si pitoyable. — C'est ^ répondit Cosbi ^ qu'il a fait comme ceux qui mançeut leur pain blane avant le bis. Il fait ici à peu près le même métier que saint Pierre faisait sur la terre, tandis que ce saint est aujourd'hui an grand seigneur daHS le ciel. Il ne se trouverait cependant point réduit Si bas s'il eût pif se compotter comme un honnête daMfttté; ear lor^'il aririva dans ce piays-^ci , on le fit diaftMf d'école à la réquisition de la signera Ltvia Pot^ tJidciaint, qui a grand crédit à la eour; mais indépendammettt de sd crasse tguonlnce^ qui lui aurait fait perdre son emploi un jour ou Vautre , au bout de trois semaines il avait tongariuiséles trois quarts de ses écoliers^, ce qui fit qu'on le chassa, et que Lucifer jura par sa barber qtlt de sa vie aucun office de ce genre là ne serait donné aux prélats italiens. -^ Cosbi parlait encore lorsque nous nous trouvâmes près d'une 'tour d'une hauteur prodigieuse, au pied de laquelle il y aivait un diable tout dislot|ué qui demandait la charité (f ).

(i) CTéfait apparemoient le diable qui servit antrefois de reoe à fa charrette de saint fiernard , et dont voici l'histoire :

Saint Bernard étant un }our en roule sur une charrette, et non en c'arroese comme les abbés d'aujourd'lini, un disdble s'ftvisa d'en casser la roue et de faire culbuter le saint homme; mais celui-ci, irrité de l'audace, ordonna ft Salan de plier son corps en foritte drcufaire , de se fnef tre à la place de cette rone, et de l'aidef ainsi à le conduire an lieu de sa destinationr» Gomme cette tTentore aniia k long, d'un chemin inégal «I

Etàtti monté snr celte tour, je découvris à Tentour de mm un port de mer admirable , m pays mmenae , aussi StfïîAey aussi peuple que les voUecs de Tempe (ir), un pays tel que le seraient les terres- de la dominotioii du pape I sllarait le nrtdKeur d'être huguenot y un pays enfin tel que serait la. France si tous les malt&tiersetaiest pendus. Cosbi, remarquant mon ëtonnement sur tout ce que je icoyais, me dit: Monsieur 1'^, Feiifet n'est rien moins qiTun gomlfire de feu et de flammes dévorantes ^ ainsi qu'on vous Ta fait accroire- au pays d'où vous venez ; Fon n'y est point couché sur des matelas d'airainj hérissc^s de pointes de fer brâlant ; Ton n'y est point rëgalé de plomb fondu , ni de soufre et de bitume enflammé; l'oki n'y est point étourdi de» hurlemreBs épouvantables des damnés et des bêles féiroces ; ni des continuels miaulemeusdes chats; l'on n'y est pointplonffé dans des cuves remplies de serpens, de couleuvres , de vipères et de crapauds ^ il n'y a point de ver qui ronge lecœur I le fibîe , la: rate à personne ; l'on n^ est point plongé dans des chaudières d'huile bouillante ou de poix fiondoe ; l'eo n'y marche point sur des charbons 4wdensy et Y<m n'y reçoit point des clystèt^s d'eau forte ; mais l'on y souffre des maus; terribles de tout autre genre.

rahoteiu » U diable ctit tellciMDt U corps fraoMaé, ^'û n'en périra de sa vie.

Ouvrez la Medula vitœ saneii Bernardi, édit. Ajalwerp.* ann. ï653, în-4" : vous y verrez les autorités respectables dont t» y appuie ta vérité de cet événement, et l'estampe édifiante ob l'on ieiaarf|q4i saint Bernard conraDt au graitd trot dao» sa charrette^ et le diable y servant de roue.

(t) Les vallées de Tempe çn Tbessaiie, qui se trouveot entre le inont Ossa et TOlympc, arrosés par le fleuve Penée , ont tolifourépassé dans l'ûpinkm des anciens pour les liea& les plus délicieux de la Grèce.

56 UE coifpjniii

Nous autres diables sommes tourmentes d'une passion plus insupportable que le feu le plus dévorant: c'est la jalousie inexprimable du bonheur de toutes les autres créatures ; comme de celui des saints , qui n'ont autre chose à faire qu'4 se diTertir en paradis ; de celui des hommes y qui ^ étant encore sur la terres ont la libertif de parvenir à la même félicité ; enfin de celui de tous les animaux , qui , s'ils n'ont rien à espérer après leur vie ^ n'ont aussi rien à craindre. Indépendamment de cette jalousie; le chagrin cuisant que nous ressentons lorsque les peines que nous nous sommes données pour attirer quelqu'un dans notre nasse sont vainesi lescoups^ les blessures ; les eslropiades (i) que nous attrapons de temps en temps , sont encore autant de surcroîts à nos maux. — A propos d'estropiades, dis-jeà Cosbi^ d'où vient que votre confrère Âstaroth ^ qui a été pourfendu par Jahel; est parfaitement guéri; et que vous êtes demeuré manchot? C'est , répondit Cosbi y que, lorsque nous nous battons avec les anges , qui sont toujours ar* mes de pied en cap, le combat étant inéeal, il n'est pas juste que nous soyons estropiés de nos blessures, mais lorsque nous avons affaire aux hommes , que nous pouvons attaquer désarmés, il est très raisonnable que nous demeurions invalides à jamais, soit qu'ils trouvent le moyen de nous estropier par force ou par adresse. Ab! mon cher e1u , si j'avais tordu le cou à saint Dominique la première fois que l'envie m'en prit , je ne serais point dans l'état où vous me voyez ; mais j'ai toujours éle trop bon, et ma bonté estla cause que ce maraud-là, ainsi que bien d'autres que j'ai eus entre mes pattes, est làhaut dans It fin fond du paradis, où il s^ moque de

(1) Ge mot peut-être Q«ité eo eofer, maîa il ne l'est pokit dans ce monde-ci.

moi ) avec juste raison. Voilà pour ce qui nous regarde.

Quant aux damnés 9 continua Gosbi ^ vous saurez qu'il y a ici autant de royaumes 9 de provinces y de villes et de sortes de climats qu'il s'en trouve sur la terre. Chacun de ces royaumes , chacune de ces provinces ou de ces villes, sont destinées à recevoir les damnes qui viennent de l'endroit de la terre qui leur correspond ; mais comme chaque damné, en conservant les mêmes mœurs y les mêmes inclinations qu'il avait pendant sa vie, est contraint de subir pendant toute ime éternité précisément le contraire de ce qui a causé sa damnation, qu'il pense sans cesse au monde qu'il regrette , au paradis qu'il a perdu , et qu'il est privé de la consolation qilie les diables oni d'aller de temps en temps tenter quelque saint en paradis, ou posséder quelque religieuse sur la terre , le sort de ces créatures est en quelque sorte plus malheureux que le nôtre. Par exemple , ces femelles sensibles et délicates , .si sujettes aux évanouissemens, aux syncopes, aux vapeurs^ tombent régulièrement du haut mal toutes les fois que quelque sujet désagréable affecte leurs sens ou leur petite cervelle, et au lieu d'une scène ridicule qu'elles donnaient autrefois, elles deviennent ici l'objet d'un spectacle aussi sale que dégoûtant.

Cette quantité prodigieuse de femmes tendres et douillettes, sont condamnées à s'asseoir six heures par jour le cul nu sur un roc de glace , en butte à la furie du vent du nord , des grêles et des giboulées, ou aux rayonSyd'un soleilaussi ardent que celui de Gingiro (i).

Ces mères inhumaines et marâtres sont obligées d'aimer, d'élever, de veiller, de bercer, d'allaiter leurs

(1) Boyaame de la cafrerie^ loiif la ligne.

58 LE coMriftK

enbns f au rîtqne d'avoir le teint aussi ridé qn'ui»e vieille vessie i et le^tetoDs iaits oonme la. besace de frère Lubin de TruxiUo.

Ces punds seigneurs y ces faiseurs de lié à part , sont contraints de coucher avec madame , de faire eux^^mémes leurs eo&ns ^ et de faire aussi bon ménage que Garot et sa femmc^

Ces prélats orgueilleux | ignorans ou ftiuatiques, sont obligés de catéchiser éux-mémes leurs ouaiOe»; de les prêcher d'exemple ^ de jeûner au moins huit jours de carême y de savoir lire un peu de latin , d'être aussi tolérans qu'un HoUandab^ et aussi humbles que saint Alexis.

Ces sangsues publiques, ces maltôtiers impitoyables^ sont condamnés à être aussi pauvres que Guiilot de Blengj f à faire chaque semaine trois corv<^s sur les grands chemins ^ à ne manger que de la castagne et de la ribiole (i) f et à être mis au pilori tous les dimanches.

Ces abbés poupins et débauchés , ces fléaux de la virginité, sont condamnés à un satjriasis étemel , à coucher entre deux pucelles; et avoir autant de conti*^ nenoe que saint Adheime. .

Ces magistrats freluquets , ces animaux. ...

Cosbi allait continuer, mais une odeur de soufire se répandit tout-à*-coup autour de nous, la lumière 6t place en un instant à des ténèbres épaisses, un vent furieux se fit entendre, les cris des damnés , les hurlemens des animaux remplirent les airs , la mer mugit d'une force épouventable ; alors un coup de foudre qui ébranla la voûte des enfers me précipita aux aoti» podes.

(ij Des cbàtaîgnedet des raves.

Ayant perce la ef aute da la terre précisément entre lea janibes de Xantî^joi^fiou-cbi-eii ^ empereur du Japon ,i à présent régent ^ je gagnai les nues etFËther^ et le preaiier spectacle que j observai dans ma course rapide ) fut cet astre resplendissant, qui, spectateur tran^iUe du mouvement inégal ûes planètes qui Te»vironnettt, ainsi que de ktirs révolutions, ^especlives, dispense avec sagesse la chaleur, et la lumière à ces globes cirans, qui, gravitant les uns vers les autres, ^avitent tous ensemble vers le père du jour, lequel gravite à son tour vers eux tous. — Ici chacun de nous se mit à rire de l'enthousiasme avec lequel TËspagnal racontait cette avature singulière ; mais il ne prit point garde si nous riions ou si nous pleurions , et continua ainsi sa relation :

. Je questionnai le saleil snr sa grandeur, sa densité relative,, sur le degré de lumière et de chaleur qu'il contenait ; il satisfit à mes questions ; je m'informai de quelle matière il était composé ; il me répondit qu'il me le dirait une autre fois^ je lui demandai s'il était mâle ou femelle, il se mita rire et je passai outre. . En avançant vers cette région admirable, émaillée d'une quantité prodigieuse d'étoiles fixes qui nagent dan& un vide immense, je rencontrai im million de ces corps surprenans, composés de bitume et d'asphalte, . avec des queues de petrolœum (i) , occupés à décrire

(i) Pléeo parle, selon toute apparence, df^ comètes^ on de ces soBstançF? solides, compactes, fixes et durables, qui se fneuveat- âfliour du soleil^ )»ri)lent par la lumière de ses raywas qo'eiiefl réfléchissent , et qui, venant. è «n approcher , , s'échauffent si prodigieus«metit^ que la matière onctueuae qu'elles exhalent s'enflamme et forme ou une queue ou des rayons semblables à des cheveux ; d*oii viennent les noms de comète enfiforme, de comète barbue, de comète chevahie , etc. '

autour du soleil des orbes plus ou moins excentriques, et dans des périodes plus on moins longues; k mesure <pie j'avançais , je vis des soleils sans nombre entassés les uns sur les autres , environnés de leurs planètes , de leurs comètes» de leurs lunes, et le tout dans la même analogie, dans le même ordre, dans la même proportion^ dans le même nombre que le premier système solaire que j'avais rencontre'.

Jusque là je n'avais parcouru que le vacaam pk-num; j'entrai enfin dans le vacuam perfectam, que je traversai sans rien voir, puisqu'il ne contient rien, et j'arrivai au faubourg du paradis.

Ce fauboui^ est habité par des âmes qui n'ont fiiît ni assez de mal pour être damnées , ni assez de bien pour être sauvées, c'est-à-dire que leurs mérites et leurs démérites se contrebalancent : ces âmes occupent donc l'endroit que je viens de dire , et tiennent toutes auberges ; c'est chez elles que l'on prend son logement en attendant que l'on puisse entrer dans le paradis^ lequel ne s'ouvre que trois fois la semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi; comme le jour que j'arrivai était un jeudi , je dus. prendre gîte. Etant entré dans une de ces auberges, l'hôtesse me regarda fixeinent et me sauta au cou ,n en faisant des exclamations si extraordinaires qu'elle mit tout le voisinage en idarme : cette femme était ma mère ; elle avait été de son vivant la sacristine des carmélites de Bilbao ; elle me conta que mçn père était le sous-gardien des révérends pères cordeliers, à la porte desquels l'on m'avait trouvé deux jours après ma naissance \ eUe ajouta que> j'avais trois frères et quatre soeurs, dont deux vivaient encore, quatre étaient en enfer et uiren paradis.

Il est inutile de me demander quelle fut ma joie de voir pour la première fois celle qui m'avait donné le jour, et si je fus fêté , régalé pendant le court espace

MATHIEU. 6i

de temps que i'avàis à demeurer chez elle .Tout ce que j*ai à aire y c est ^ue , le lendemain étant arrivé ^ la porte du paradis s'ouvrit à l'heure ordinaire ; je pris congé de ma mère , et je partis pour la gloire étemelle.

An ! mon cher maître ! ah! mes chers compagnons ! ou trouverai-je des termes suffîsans pour vous exprimer ce que j'ai vu dans ce séjour de délices ? L'esprit du père Henao de Salamanque, la rhétorique de Garamuel d'Orviedo, et la langue de sainte Colette d'Avi* Jès, réunis dans la personne d'Hurtado de Penaflour, suffiraient à peine pour &ire une esquisse des merveilles que le paradis contient.

J'entrai d'abord dans une rue prodigieusement l^rge, bordée de palais et de jardins si magnifiques, que lorsque je les examinai d^ près , je ne doutai nullement que l'art et -le goût les plus «parfaits n'eussent concouru à Tenvi pour former ces lieux délicieux.

L'on ne remarque dans l'architecture extérieure de ces palais ni cette stérilité , ni cette richesse indiscrète que Ton voit dans les bâtimens construits de la main des hommes^ non plus que ces décorations ridicules « produites par imagination bizarre des architectes modernes. L'ordonnance générale , Téléganee* des proportions, leur harmonie, forment un tout qui vous saisit de respect et d'admiration : l'intérieur de ce palais n'est pas moins bien entendu que le dehors ; l'on n'y voit point cet assemblage confus d'ornemens capricieux et d'attributs placés sans choix : chaque objet correspond à l'usage de la pièce dont il fait partie ^ et ces pièces sont distribuées de façon que l'on ne peut rien désirer de plus, tant pour la commodité que pour la satisfaction particulière de ceux auxquels elles S€jnt destinées.

Les jardins sont dignes de ces demeures charmantes : si on les considère tout d'un coup ^ la perspective

62 LE OOUVàAE

la plus rîaDte , la plu.^ agréaUe , k plot najêstiiese , se pnfaentcà la vue; si on les considère en détail , l'on voit d'un oôtë les pierres et les métaux les plus précienx emplorés par k main des saffes à former des 'figures si par&itesy qve k plus beUe natnre n'en approche pomt pftas que la carcasse d'Esope ne ressemble à la Venus de Médieis 1 d'un autre c6té ^ oe sont des ram^ pesy des bonlingrins ^ des terrasses ^ dont le gazon est un duvet charmant , ou du velours de toutes couleurs ; d'un autre cdté , ce sont des canaux , des cascades , des jctsni'eau, des fontaines d'eau claire^ de kit, de miel, d'hydromel et de ratafia; d un antre , ce sont des palissades y dés berceaux y des charmilles en pastiliagesy des arbres , des arbrisseaux dont le corps est d'or pur, les branches d'argent , les feuilles de cristal y et les fruits des perles , des diainans , des saphirs, des rubis, des émeraudes, aussi mangeables, et mille fois plus délicieux que les ananas et les topinambours; enfin tout ce que le génie, l'art, le goût^ la magnificence peuvent réunir de plus sublime , de mieux entendu , de plus somptueux se trouve rassemblé en ces lieux avec autant de sagesse que de profusion.

Si les jeux promurent à l'ame un plaisir infini par un spectacle si charmant, les autres sens ne lui en procurent pas moins par les sensations qui leur sont propres. L'air semble être rempli des odeurs de toutes les toilettes de Paris et de tous les parfums de FA^ie. Les chiens j aboient en musique , les boeufs y beuglent en faux-bourdon; tous les oiseaux, jusqiiaux coq»d'Inde et aux autruches , y chantent le plus mélodieu*> sèment du Inonde, ainsi du reste ^ comme vous Tap-^prendrez par la suite.

Jusque-là je n'avais encore vu personne, mais je ne tardai guère & revoir Jdbel; lorsqu'il fiit »rivé, il me tneM dans une de ces maisons ^e j avais vues à

«A.TBIEU. 63

moD BTt'itéef et dans laquelle je ne fus pas peu surpri» de voir lea différentes fictions de ma vie reprësentëcs sttr des tapisseries autant au-dessus de celles des Gobe» lins, que la nature est au-dessus de Tart. Jabel me dît que cette maison était le lieu qui était destine de toute éternité pour ma résidence ^ que tout ce que j'y pourrais souhaiter me serait accordé; qu'à cet effet je n'au* rais qu'à tirer le cordon d'une sonnette qui» pendait a cdté xLe moi 9 et qui m'accompagnerait partout oè j'irais.

Comme j'avais soif , je tirai ce cordon ; à l'instant un carillon mélodieux se fit entendre ^ et quatre anges habillés en femmes y ajant les cheveux en tresses et du linge d'une finesse extrême y parurent avec difiFérentes sortes de rafraîchissemens , lorsque j'eus vidé un gobe* let de vermeil rempli d'un orgeat exquis > et mangé quelques dragées à la célestine , les quatre anges me tondirent) me lavèrent depuis la tétc jusqu'aux. pieds ^ me revêtirent d'une robe de lin , blanche comme la neige , ftie ceignirent d'une ceinture de tissu d'or, me mirent un bonnet aussi pointu que celui du roi de Siam , et m'armèrent d'un sabre aussi tranchant que celui de Mahomet II .

Cette cérémonie étant achevée , Jahel me dit : Mon cher pupiUe , voilà les quatre domestiques qui seront désormais à vos ordres. La robe dont vous êtes revêtu est la robe d'élection ; il n'y a que les personnes qui ont passé leur vie dans quelqu'ordre monastique qui soient habillées ici comme elles Tétaient sur la terre : la raison de cette distinction est que les séculiers , tels^ que vous, n'ont porté que des habits profanés, et que les religieux ont porté un uniforme sacré qui fut agréable aux yeux deUieui et dont il veut qu'ils soient éternellement revêtus.

Lorsque Jahel eut achevé son discours | il me mena

64 LK COMPÈBB

dans une assemblée où il y avait plus de quatre mille saints qui se rëjouisaient. L*on voyait d'un côte des bains d eau rose où un grand nombre d'^us de tout sexe nageaient péle-méle comme des harengs (i); d'un autre côté , Ton voyait des femmes qui chantaient , des hommes qui jouaient à colin-maillard , des enfans qui fouettaient leur toupie ; plus loin c'étaient des chanoines qui dormaient, des curés qui buvaient, et des religieuses qui jouaient au tric-trac avec des moines. Mais qu'elle diversité , grand Dieu ! dans les accoutremens ae ces derniers ! il y en avait de tondus, de chevelus^ de chauves, de pelés, de barbus, de rasés, de chaussés, de pieds-nus, de culottés et de culs-nus ; il y en avait avec des cocluchons , des capuchons longs , courts^ larges , étroits , ronds , carrés , pyramidaux , pointus , cylindriques, blancs, noirs, bruns, tannés ou gris, ainsi qu'avec des robes, des tuniques, des manteaux plissés I unis , de drap, de serge, de ratine, de bure ou

(i) Le père Henriqaez , jésuite , dit dans son Ii?re de l'Occapation des saints dans le cîel,qa'ily aura un sonverain plaisir à baiser et embrasser les corps des bienheureux ; qu'on f e baignera à la Tue les uns des autres ; quUl y aura pour cela des bains très agréables, où l'on nagera comme des poissons ; que les saints chanteront aussi agréablement que les calandres et les rossignols, que les anges s'habilleront en femmes « et qa'ils paraîtront aux saints avec des habits de dames , avec les cheTeux frisés , des jupçs à vertugadins et du linge le plus riche; que les hommes et les femmes se réjouiront avec des mascarades, des festins et des ballets ; que les femmes chanferont pins agréablement que les hommes , afin que le plaisir soit plus grand; qu'elles ressuciteront avec les cherenx pins longs ^ ;et qu'elles se pareront avec des rubans et des coiffures, comme on fait dans le monde; que les gens mariés se baiseront comme en cette vie , et caresseront leurs petits mignons d'enfans, ce qui sera avec un grand plaisir. Y. le premier vol. de la Morale pratique, p. S74, etc.

de moletoii : l'on en voyait aTec des bas, des bottes , des souliers I des socques, des sandales, des pantoufles ou des savates : 1 on en remarquait avec des cordes de fil, des ëcharpes de laine , des cordons de soie, des lisières de coton ou dVcorce d'arbre ; d'autres avec des ceintures de peau, des tresses de cuir, des boucles de bois, des boutons de cuivre , des agrafes de fer et des bilboquets de corne... Je n'aurais jamais fait^ mes chers amis, si je voulais. faire une enumëration com«> plète des accontrcmens de cette classe de bienheureux.

Le divertissement étamt fini , Ton chanta le miserere en trois parties pour le repos de Tame du pape Léon X , que Ton tâche ae tirer de l'enfe^ , pour faire cesser le scandale qu'il j cause par ses querelles continuelles avec Luther et Jean Hus. Après cet acte de piété , il 86 fit des parties de quatre, de six, de quinze , de vingt personnes et davantage , pour aller souper ensemble.

Comme j'étais un nouveau venu , et que l'on ne se pique point trop de politesse en ce pays-là , je serais vraisemblablement demeuré seul, si Jahel ne m'eût introduit dans une compagnie de vieux saints qui se disposaient à aller souper chez Saint-Christophe, qui régalait ce jour-là •

Lorsque nous fûmes arrivés chez le saini, Jahel me dit : Mon cher Diego ^ en attendant l'heure de se me^ tre à table, je veux vous faire voir l'arsenal du paradis ^ où l'on conserve par vénération les principales choses

3ui ont servi à la gloire des saints et à la piopagation c la religion sur la terre.

Le premier objet qui s'offrit à ma vue en entrant dans cet arsenal, fut la machine avec laquelle les anges transportèrent la maison de la Vierge de la Judée à Lorette.

66 LB COMFEftE

Puis le cabriolet dans Icmiel sainte Marg^rîte venait rendre visite à Jeaana d'Ace (i)..

Le mëtier sur l»qw\ ou fit r«ciflanme.

La ruche qui fournit la.oire pour la sainte elhandeile d'Arras.

Le moulin qui a fait le papier sur lequel saint Pierre écrivit au roi rcpin (2).

L'anneau que Jésus-Christ donna à sainte Catherine lorsqu'il l'épousa (3)»

Le mouton qui fournit la laiae du scapulaire que la Vierge donna aux cannes (4).

La héquitte avec laquelle sainte Agnès chassait la goutte (5).

L'âne que saint Germain ressuseita (6)«

Le corheau qjui nourrit pendwat dix ans saint Paul ermite (7).

Le pigeon ^i apportait la conmamon à saint Elme(8).

L'oie qui. servit de guide aux croisés de Hongrie •(<)).

Les canards de saint Nicolas ^ qui adoraient le bon Dieu (10).

La mule qui prouva le mystère de la Transsubstan* tiation(ii), ^

if) MéEerai, Abrégé chrpD, 9) Mézerai, Abrégé chroD. *

(aj Vie de »ainte Catherine.

(4; Vinea Cctrmhii, Arc de S, Simon, Siâch, IS) Vaier^ S and, Feminarum, •

(6) Vie de saint Germain, évêqae d'Auxerre.

(7) Saint Hieronim. in Fità S, Paul, erem.

(&) Bleda» Tr^ilé de la confrérie du Saial-Saemm»

^] Lei croiaés de Hongrie s'étant égaré» de .lear roule y s'abandonnèrent à la conduite d'une oie que le ciel. leur envoya. T. leur hist.

Çio] D'Argentré hîst.de Bretagne, Uv. i,p. 63.

(1 1) Sarins, ad 4 deeem, item Novarini in Agno Eaeh, n, 8o3.

L'agiieau de saiâle Collette > qui s'agenouillait à la messe (1). .

Les six mois pendant lesquels saint Maeaire fitp^nitence pour avoir tué une puce (%\

Le soufQet que saint Hilariou donna à Satan dans le désert (3).

La réve'rcnce que la Vierge fit à saint Bernard (4)»

La corde avec laquelle sainKe M^rie de Tour» attacha le diable (5).

La chaudière dans laquelle on fit bouillir sainte Vé«iiérande sans pouvoir laiaire cuire (6).

• L'araignée qui sortit par la cuisse de saÎAt Frao^ oi» d'Ariano (7).

(1) Surias, ad sextam Martii,

(a) Vie de saint Macairele jeane.

(3^ Lezaana^ Ânnal., t. 2.

(4) Saint Bernard avait beaacoap de déroHon à la Yierge » et ne récitait jamniB le Salve Regina qo'il ne ftt trois gênaflexions à ces mots : d élément , ô pia , 6 duieis, vitgo Maria, Un |oar qa*il était à réciter cette antienne, loraaa'il vint à Vô clément^ lï fit sa |>remière géniiflezion, et l'ilnage de la Yierge y deTflOt Inquefle il était^ lai fit ane profonde révérence, en uii disant : Salve^ Bemarde, Le saint continaant dit : â pla, et fléchit derechef; la Vierge réitéra ie saint et répéta Salve, Bemarde, Alors l'homme de Bien dit : 6 dulctt virgo Maria, fléchissant pour la troisième fois; la Vierge qui ne voulait point être en retour de politesse envers son servitenr, triplsile Salve y Bernarde, MeduU Fit. S, Bernard, Item, Chtjsost. Henriq. m faseieuloBS. Ordîn, S. Bem,

(5) Valer. Sanctarum Feminarttm MtnoritaSiUôn i, capite 17.

(6) Sainte Vénéra n de fnt mise toute vive dans nne chaudière, où les païens tâchèrent par tons moyens de la faire cnire, mais ils n'en parent venir à bout ; elle en sortit aussi saine cpie Sidrach, Misach et Abdehago sortirent de la foamaise. Petrus de Natal. Epise, Equil.

(>)) Le frère François d'Ariano avala un jour une araignée en communiant; quelque temps après l*animt(I sortit par la cuisse du frère François, oart. Pis, LU, Gànform,

68 LE GOMViftE

Puis enfin la biche de saint Anogène (1)^ les hirondelles de saint Rcgalat (a); le renard de saint Boniface ^3); les moineaux de saint Vincent (4)i les poules de saint Ide (5)| l'aigle de saint Guislain (6\ le cochon de saint Antoine (7), le diable de saint Martin (B\.. Ma foi j'en aurais oien vu d'autres si la cloche n eât sonne pour le souper.

Lorsque nous fûides de retour, l'on servit. Sainte Claire et sainte Thérèse prirent le haut bout ; Jahel et iBoi filmes placés à côté de ces deux saintes ; saint François et le frère Massé , son compagnon , se placèrent ensuite , puis saint Poljcrone le portefaix (9); sainl Jean le manchot (lo), saint Cyrille le hargneux (1 1)1 saint Dominique le cuirassé (ta), saint Baradat le ra-

(0 W (5) (4) f 5) (6) (7) (8; L'on peot roir dans le Martyre loge romain, dans les fies 4dea «aiats, tant générale* qae particalières, ce qui regarde les saints et les animaux dont il est question dans ces différentes notes, ainsi qae la raison pourquoi ces saints et ctB animaux sont toujours représentés ensemble dans les églises» soit dans les chapelles particulières» soit au maitre-autel* où ils sont placés à côté du Saint-Sacrement, pour l'édification du peuple.

(9) Saint Polycrone ne priait point Dieu qu'il n'eût une grosse racine de chêne sur les épaules. V. sa rié.

(10) Le calife Hiocham ayant fait couper une main k saint Jean Damascéde, cette main fut miraculeusement remise à sa

5 lace la nuit suivante. Y. la Vie des Saints , et Moréri, au mot ean Damas, Mats si l'on en veut croire Fulbert de Bredenbâck, le saint en demeura un peu estropié.

(11) Le glorieux saint Cyrille^ patriarche d'Alexandrie, avait la bile un peu aisée à émouvoir; le saint homme querella tonte sa vie, et mérita à bon droit le titre honorable de patriarcne des intolérans, et de persécuteur d'hérétiques. Yoyes ce qu'en dit saint Isidore de Pelnse, son contemporain. S. IsidoiiOper. édit. Paris, i638, in-folio.

(a) Ce saint Oominiqueuétaii un ermite du onzième siècle.

bou^î (i\ saint Adhelme riiitrépide (a), sainte Dorothée réveillée r3\ Ambroise Paré, Ponce-Pilate, Rabelais etsaint Cbristopbe.

Ce repas , quoiqu'on me le dit être un des plus sim*

{)les que l'on ni en paradis, était bien le plus splendide, e plus magnifique que j'aie vu de ma vie , même chez M. de la Grapillardière , le fermier*général , que j'ai servi pendant dix-huit mois.

Indépendamment de toutes les viandes célestes dont je ne puis vous dire le nom , il me sembla que quelque pourvoyeur ailé avait parcouru les quatre parties du monde pour rassembler cette variété infinie démets, tant en viandes qu'en gibiers , qu'en poissons dont notre table fut couverte, et qui furent tous servis dans de grands plats d'or garnis de pierres précieuses. L'entremets et le dessert ne furent pas moins somptueux que les deux premiers services i led pâtés, les tourtes, les crèmes, les pâtes de toutes espèces, les fruits en tous genres, tant crus, secs que confits, ou différemment

Il TiTait sur l'ÂpeaniD, où il récitait par )OQr deux oa truis Psautiers en se doonaut quinze mille coups de discipline» ce qui arait fait de sa peau une espèce de croûte sur laquelle il mettait une cuirasse de fer pour emplâtre. Y. sa vît.

(i) S. Baradat se tenait d*june posture gênante dans une cage de fer si étroite* que son corps et ses membres se retirèrent d'une telle façon, qii'il ressemblait ni utOt à un pigeon à la crapaudine qu'il une figure humaine. Y. sa vie.

(2) L'inimitable saint Adhelme comptait tellement sur ses forces, que lorsqu'il sentait que le démon de la concupiscence le chatouiIlaitv> il allait se coucher au milieu de deux jeunes filles, od il défiait le diable de lui faire seulement remuer le bout du doigt. Y. sa vie, et le Dictionn. de Bayle, k la table , ^ au mot Adhelme»

(5) Cette sainte-lè eût été bonne pour Teiller les malades, car elle ne dormait jamais. Y. sa vie.

70 LE COMPibtE

préparéi ; les Ttns , les liqnean^ leA fmidaQS^ lesiïorciiaux y les excitattfii , les stomnchiqucs et les digestifs les plus exquis furent répandue avec profusion ; enfin tout ce que Kart de la euisiae peut exécuter de plus succiilent et de plus délicieux fut rëuui y «eloa moi , pour former ce repas admirable ^ ou si quelqu^ln trouve de la 8uperfluitë> c'est qu'il ignore que les saints ont meilleur appëtit que les nommes.

Le palais n'était point le seul organe du plaisir ; les jeux y le nez , les oreilles , et généralement toutes les parties de notre corps se disputaient à Tcnivi la gloire de procurer le plus de délectation à chacun de nos individus.

Une vapeur délicieuse qui sortit d'un platée boudin du premier service, charma l'odorat pendant tout le repas. Vingt-deux jexmes filles d'une beauté ravissante nous chatouillaient de temps en temps, la plante des pieds et le gras des jambes; trente-six autres , non moins belles , nous versèrent à boire jusqu'au dessert^ et nous essuyaient les lèvres avec une gaze légère qui voltigeait sur leur sein, fluit cors de chasse, ^ime trompettes -et seize tambours re;nplacèrent nés jeunes filles, et vinrent faire l'accompagnement delà plus belle voix du monde , qui nous chanta les prouesses de saint Georges-, la conversion de saint Bruno, et le risque que le Lazare courut sur la mor Méditerranée, en venant de la Terre Sainte à Marseille.

Mais rien ne me fit plus de plaisir qu'un moutardier de la grandeur d'un œuf d'autruche , ou environ : le

{)ied de ce moutardier était de rubis, et la coupe était e crâne d'un de ces mille . Philistins que Samson tua avec une mâchoire d'âne : cette coupe ét£Ûl enrichie de bas-reliefs admirables... si admirables, que je ne croij^ pas qu'il en existe de pareils dans le ciol entier. La composition , la disposition, la correction , le goût, Yé^

léganee | le otraotère ^ la variété ^ rexprevsion , la délieatefise , le fini 1 port^ au plus liant point ^ semblaieal étte réunis pour rormerce ckeM'flenvre aocompli ; on voyait d'un c6té les pamages de la Mep-Rouffe et da Jourdain par les laraâitês, ainsi que celui delà Man«ohe par le roi Jacques lovscpi'tl se sauvta eo France ; d'un autre ^ c'était la chuie des murs <de Jérioko ati bruit des cornets à bouquins des prêtres de l'anoieone lai ) et la démolition du temple de Chai^nton ; pnk le repos du soleil pendant la défaite d'Adonibesec et de «es confrères ^ et la mène «oomplaisance de eet astre pour Gharlos*Quiut (i\ lorsqu'il battit les pvotestans à Mulberg ; enfin le séjour de Jonas dans la baleine ^ l'enlèyemeat d'Habacuc (2), quelques autres sujets

fi)SandoTaI, évéque de Pampelune, et historiographe de Philippe m, rapporte ce prodige comme témoin oculaire, ainsi aae plusieurs auteurs coDtenyporaÎDs.

(2) Il n'y a rien qui me tarabuste.plus Tesprit que cet enlèvement d'Habacuc. L'Ecriture rapporte que« cet homme, qui demeurait en Judée, allant porter une potée de soupe à ses moissonneurs, an ange vint lui dire de porter cette soupe au prophète Daniel que l'on avait Jeté dans la fosse aux lions li Babylone;çt qu%, sur ce qu*HaDacuc répondit au'il ne savait

Îioint le chemin de Babylone, ni où était cette îosse aux.Uoas, 'ange le prit parles cheveux etie transporta dans la fosse; que Daniel mangea, et qu'Habacuc fut remis à la même place où l'ange l'avait pri«.

Je trouve extraordinaire que l'ange soit allé à plus de cent rinauante lieues chercher de la soupe pour un prophète tandis qu'il n'en manquait point à Babylone, et de toute espèce ; qu'il choisit plutôt la portion de quelque^ pauvres moissonneurs

âui n'avaient peut-être que cela pour dîner, que quelaue plat e la table d'un^rlchard; qu'il emporta Habacuc avec la potée de soupe, tandis qu'il pouvait prendre la soupe seule et laisser là Habacuc, etc.

Je trouve encore extraordîaaire que l'ange ait dit à Habacuc de porter lui-même cette soiipe à Daniel ; car si cet homme

y 2 ÏM COMYÈEX

d'histoires, mais plus simples, et qui n'excitèrent point tant mon admiration que la reprësentation au naturel , non seulement de tous les IsraiOites qui se sauvèrent d'Eg:jpte I mais encore celle de toute Tarmee de Pha* raon , depuis le chef jusqu'au moindre fifre ; ainsi des autres , jnsques et j compris les trois cents renards qui mirent le feu aux plaines de Thamnata , et dont j'avais oubli<$ de vous parler.

Pour le coup , père Jean ne put plus s'empêcher de rire de toutes ses forces. Oserai-je demander, dit Diego , pourquoi le ve'nërable père Jean rit? — Je ris de ton moutardier , repondit celui-ci. — Et moi je n'en ris pas , repartit l'Espagnol.

eût obéi sans réplique, comme font les jéâoites à leur fçénéral, ii aurait été au moms quinze jours avant d'arriver à Babylone avec sa soope; et inaépendamment qu'elle se fût aif^rie en route, il eût peut-être trouvé le prophète mort de faim en arrivant. L'on me dira que Dieu ponvaU conserver la soupe en état pendant ces quinze jours, et le prophète en vie ; je réponds à cela que c'est justement parce que Dieu pouvait conserver ce propnèteen vie pendant quinze jours, qnîl le pouvait aussi conserver pendant une semaine qu'il fut danaja fosse , sans donner tant de besogne à cet ange et à Habacuc>*L'oQ me répliquerai que c'est parce que Dieu l'a voulu ainsi ; Il cela je n'ai plus rien à dire. Cependant, si j'avais autant d'espnt que mon compère Mathieu, j'ambitionnerais de devenir interprète, critique on commentateur, pour avoir le plaisir de faire une dissertation sur cette aventure, sans toutefoin perdre le respect dû au sacro saint Concile de Trente, qui a rais cette histoire au rang des livres sacrés, tandis que ces vilains hérétiques de protestans * la rejettent comme une fable digne des rêveries des rabbins,

* Voyez entr'autres le ministre Martin, en ses npteq sur l'histoire de l'idole Bel» de son édit. de la Bible in-folio.

iiAX^^V'A : 7^

Page 1