CHAPITRE V
. 5 j5fifle54ï*.fvoj|i%gp dç V^^f^gdql en!l'«i9(ivQjKl>oiié. . :, . »
Diçgp Qjir^lit . 9^<VQZ parlé p<Kur .prjei|<}rer «a nctuyi^
rést^uran^, a^ssi prit-ilcelpi qu'on î^x avait pr^iarii:
pépiant son. d^roier diacours \ «ensuite^ ii.dprmi^ un.peuy .
puis il cQQtiuua ai^si : ; r
Lov&que 1(^ voix -qui nou^ avait okanjté les hs^uta faits du patriso'cKe d: Aogteterr^^ U cqii version dupera saint Bruno et le voyage du i(^^^rç > e^t fini y l'oii renvoya les i^stnfinçns, aW^ saint Polycrone entama une conver^atioasuf laqinlit^ dii.boi& de3r^'sil« Cette mi^ tiëre fut geniçral^ment discutée avec beaucoup d'intelligence et de sagaciié, et saint Biiradat ne Wy panut pas le itfioins entendu; Lorsque cette conversation fut hniq> ^i), luj en succéda de partie nU^res , c'est-^à-^dire que chacun des.con^ivea^mit à parler aMeo $on ^voisin : saint Fr^i^ois e;t Iq fr^re Massé s'entre tinrenl^ dej9> cB^al^ors de la canicule ; saint Pominique et Mint Jeaai lé manchpt parlèreat'dc cairanses^ saint Cjcilie et sam<-. te Dorothée de l'abréviation des procédures) saint Adhelme et P9nce-Pilate discoururent dc^ la levée des impôts \ Ajnbroise Paré se mit à lire; savalPotycconiS se mit à dormir^ Siiint Cbpristoph^dopCmait déjà» et R«-o, bêlais parU tqut seul.. , ' . ■ »
Quant a|4x deux sai^tes^ Idur etitretictn iNoulâ «nr Jeux, vie passée ^t.sur.'les.yertâs éipinentes qui leur avaient: ouvert le ciel. Comme Jahel était sorti pour affaire j }*^^a» \» loisir et la facili t é d^euleudre ce ipie'cessaiiites' femmes dirent. Eq voici le précisi : , ; .«
ll^ut, avoi?.çr^^iç^ chère sôçuv(cc»t.saiiitc ^TbécèMk qui parle)^ que notre réputation. turrla^^D^re:; et le
74 ut COHP2RE
bonheur dont nous jouissMis ici , valent btea le» peine» <rae nous nous sommes données pour acquérir Tun et 1 autre.
II j a un temps infini que je brâle d'envie de vous conter Uhistoire de<roa vie ; je vais Vous faire d'autant plus volontiers cette confidence y qu'après sainte Ursi^è vous étés la femme du paradis pour lacfuelle j'aî le plus d'e9time et d'attachement; je ne skis pas même si, avec le temps , vous ne l'emporterez point sur votre rivale, tant je me sens d'inclination à vous aimer.
Avila I dans la Vieille-Gastille , m'a yu naître (i). Je suis la cadette de trois filles de don Alphonse Sanchès de Gépède et dedona Beatrîz d'Ahumada, tous deux recommaadablcs par leur piété , et , soit dit sans vanité, par une noblesse égale & celle de Çharles-Quint. Le goût de ma nation pour le merveilleux porte mes chers compatriotes à ne lire que des histoires qui flattent ce môme goût : Thérosîmei la chevalerie ,les enchanteroens , les prodiges , les miracles , sont les seuls faits qui les touchent ; et comme les romans et les vies des saints sont remplis de faits de cette natprç , ce sont les seuls livres qu'ils lisent ordinairement y et ce furent aussi ceux que Sacchès de Cépède lisai|; ou donnait à à ses enfans pour leur lire former l'esprit et le cœur. Je n'avais que neuf ans lorsque je commençai à prendre goût pour la lecture de la légende : les romans ne me touchaient point encore ; les aventures qu'ils contenaient y étaient mêlées de certaines matières trop d)straites pour un enfant de nion âge ; mes soeurs, plus âg-ées y et par conséquent plus intelligentes y en sa-
(i) Yoyez la vie de sainte Thérèse par divers aâteors, nom* Ibément lesGBayrê» de cette sainte, parr Amand d'An,diIfjr', et ltf>Martvorkitfe;rbmaîo. >: ^ : ' •. . ^ .'. ^
Ije Martyorio^e sbmùa.
XATHIIEU. j5
vateot Caire leur profit ; pour moi , je m'en tins à la Vie des Saints 9 et je trouvai tant de satisfaction à cette lecture I que; par la suite , j'en fis une des principales occupations de ma vie.
Nëc avec un cœur tendre et sensible^ avec ^imagination vive , avec cette inquiétude d'esprit qui affecte particulièrement les personnes sujettes aux grandes passions de l'ame, je ne pouvais entendre 9 sans être pénétrée de crainte et de trouble ^ les pénitences affreuses que plusieurs saints anachorètes avaient faites pour éviter 1 enfer , duquel on me faisait de temps en temps des peintures effrojables ; je ne pouvais lire l'histoire des tourmens terribles que les martyrs avaient soufferts pour la gloire de Dieu , sans avoir un désir ardent de mourir de même pour un objet si beau.
Occupée sans cesse de ces sortes de choses , j'en perdais le boire et le manger ; je ne dormais plus , je ne faisais que rêver ^ et mes rêves achevaient de peindre à mon esprit échauffé ce que la lecture et les propropos que j'entendais n'avaient que crayonné.
Tantôt je me trouvais sur le mont Liban , sur le mont Ord[>| ou sur le mont Sinaï , tantôt c'était dans les vastes déserts de k haute Egypte et 4^ l'Arabie , et partout je voyais ces bienheureux solitaires des premiers siècles I les uns chargés de chaînes comme des démoniaques y se traînant à quatre pattes comme Nabuchodonosor , et broutant l'herbe comme des chèvres ; d'autres se déchirant le corps comme les fakirs des Indes f se roulant sur les ronces et les orties comme les bronzes de la Chine , et jeûnant sans cesse comme des talapoins de Siam ^ d'autres se tenant debout sur une jamoe^ sur un fer pointu, ou les bras élevés comme les dervis du Candahar , se disloquant les membres eômme les santons de l'Asehour ; méditant sans cesse f omme les sauguis du Mogol y et priant sans relâche
jê LE GOMPiHE
eomine le» lamas du Thîbet ; d'autres s'exposant auT injures de Tair conuBC les bramiiis du Visapour , se Yautrant dan» la neige comme les meinaux du Chili , on se cachant dans des trous comme les bkrireaux de la WestphaKe.
D'autre» fois jie me trouvais chez les païens dana le* siècles de persécution ^ et je ne rencontrais que des roues y des gibets , des croix ^ des bûchers préparés pour les supplices de cette classe d'élu» , qu'un zèle intrépide faisait renverser les idoles des nations , pour les convaincre de la fausseté de leur culte : ici je voyais des bras^ des jambes, des têtes réparées de leur tronc , se rejoindre en un instant au grand étonnement d'un peuple barbare | aveugle et endurci ^ là c'étaient des vierges qu'on violait , d'autres qu'on lapidait , qtt'on déchirait^ qu'on grillait, qu'on éventrait, et cpn, pour faire enrager les tyrans , se trouvaient guéries à 1 instant ou la nuit suivante ; plus loin , c'étaient d'autres martjVs à qui l'on faisait souffrir les mêmes tourmens, mais qui trouvaient à propos de demeurer estropt-és ou de mourir de leurs blessures; partout, enfin, c'était, tant de la part de ces saints que de celle des païens, un contraste frappant d'innovations et de préjuge, de xèle et de menaces, d'obstination el de rigneur , d'enthousiasme et de violence, de fureur et de cruauté.
Je sortais de ces rêves avec Tim agi nation remplie de ces choses ; la lecture do même geavc succédait ei achevait' de me convaincre que , quoiî me ee v^nde^ci fût le meilleur des mondes possibles , Von ne pouvait se^sauver qu'eu faisant précisément tont le contraire de ee que k natture et la raison nous prescrbvent ; qu'il fallait aaéantir l'espèce humaise en emblée* saut la plus étroite virginité , tourmenter et raineip par les jeûneS', les veilles et la discipline , ce corps que le Çréo^teur a. Corme, embrasser une pauv^té volontutre ,
renoncer au travail, aux emplois ^ et par coiiM^quent à tous les devoirs de la société tant générale qae particulière'f courir avertir les infidèles qu'ils se défissent ée la religion de leurs aocétrjes , sous peine d'être pris par le diable; les convertir malgré eux, ou du moins se faire égorger pour couronner l'œuvre.
A l'aide des réflexions que je faisais sur ces choses et sur leurs conséquences , je conçus une telle haine pour le monde | uue telle frayeur pour l'enfer y que je courais quelquefois comme éperdue par la maison de mon père , en poussant des hurlemens épouvantables (i).
Je n'avais pas encore dix ans que je formais déjà le dessein de prêcher l'Evangile aux Maures : j'irai parmi ' ces infidèles, me disais-jc en moi-même ; je leur reprocherai leur aveuglement, je leur exposerai les vérités de notre sainte religion ; je les exhorterai par mes prières , par mes larmes, à se faire chrétiens; et si mon zèle au lieu de les toucher les irrite, je mourrai , et j'éviterai par les tourmens de cette vie ceux qui m'attendent dans l'autre.
Je communiquai cette sainte résolution à un frère que j'avais , sur l'esprit duquel la légende avait fait les mêmes impressions que sur le mien ; ce frère approuva tout ce que je lui proposai , et nous partîmes incognito pour aller convertir les Maures ou mourir pour la foi (2).
L'esprit préoccupé de la gloire que nous allions acquérir par la conversion de ces infidèles, ou par la mort glorieuse qui nous attendait , nous' marchions l'un et l'antre d'une ardeur extrêriAC , quand tout-à-coup , 6 ma chère sœur, quel revers! Satan suscita un certain
Vbisup, Ibid,
7 8 LK COMPiaE
parent qui se trouva sur notre route , qui nous reconnut y qui nous arrêta , qui nous ramena chez notre père , où Ton trouva à propos de nous faire évaporer par les fesses les trois quarts du zèle qui , à ce qu'on prétendait^ nous avait fait tourner la tète (i).
Voyant que nous ne pouvions devenir apôtres ni martyrs , nous résolûmes d'être ermites. Le jardin de la maison fut notre désert ; les grottes que nous y consruisimes furent les cavernes où nous passions )a plus grande partie de notre temps, soit à la prière où à la lecture^ soit au recueillement où à la contemjdation (2).
Je continuai ce genre de vie pendant un peu plus de deux ans : au bout de ce temps-là, mon inquiétude natureUe augmenta, certain trouble inconnu affectait par intervalle toutes les facultés de mon ame,.et ce trouble ne cessait que pour laisser un vide af&eux dans mon esprit , que le fruit de mon éducation et de mes lectures avait rempli jusqu'alors; certain genre de mélancolie engourdit le reste de ma vivacité; ma solitude me plaisait plus que jamais , mais ce n'était plus Soury fuira ces lectures, ces réflexions, qui traçaient ans mon cerveau un tableau régulier , dont l'ordonnance et la symétrie m'occupaient pendant le sommeil ; au contraire , mes rêves si fréquensne me représentaient plus que des objets monstrueux , informes et confus , qui me tounnentuient , et qui tiraient sans doute leur origine de mon imagination agitée d'une part, et de certaines dispositions physiques de l'autre.
J'étais dans cet état indéfinissable lorsque je perdis nia mère. Certaines bienséances me produisirent alors
ïi) Vbîiup»
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UATBIEn. ^^
dans le monde ; mais les charmes de la sociëte^ l'enjouement de mes compacnes , lés amusemens de mon âçe, la nouveauté y lavanetë des objets dont j'étais environnée ne purent tirer mon ame de sa léthargie ; la seule présence d'un j§UDe homme] d'environ seize ans , nommé don Pèdre de Busillos, apportait , sans que je susse comment, quelqu'adoucissement à mes maux y et me causait une émotion que je n'avais pas encore éprouvée, mais son absence me replongeait dans mon premier état.
Un jour que le hasard me fit rencontrer seule avec don Pèdre, il m'envisagea d'un air si tendre , ses yeux avaient quelque chose de si vif, de si pénétrant, que je m'évanouis à leur aspect. Comme il n'y avait personne à portée de l'appartement où nous étions , don Pèdre prit tous les .soins possibles pour me secourir; il j réussit ; j'ouvris les yeux ; je me trouvai dans ses bras , le visage contre le sien tout baigné de larmes. — Charmante Thérèse, me dit- il, que vous ai-je fait pour que ma compagnie, ma seule vue-, puissent être la cause de l'état funeste où je vous vois? — r Hélas I je ne sais, lui répoudis-je; votre présence... vos yeux... je ne puis m'expliquer. — Serait-il possible, reprit don Pèdre avec transport, que mes yeux eussent fait sur votre cœur la millième partie de l'impression que les vôtres ont fait sur le mien î — Vous devez en juger par l'effet , lui dis*je. — Si cela est , s'écria don Pèdre , mon bonheur est extrême! Ah! divine Thérèse I que viens-je d'entendre !... ne perdons point un temps précieux que le ciel nous envoie ; jurons-nous un amour éternel , et concertons les moyens de nous rendre heureux.— Je ne vous entends point, don Pèdre, lui disje.», heureux? cela se pourrait-il? je n'ai jamais connu de bonheur en ce monde ; à moins que ce n'en soit un que d'être avec vous, r— Oui^ ma chère, ajouta don Pèdre , c'en est un pour vous et pour moi.
80 LE COMBBKE '
L'arrivée d'une de mes soeur» termina ftôtre entfelien ; tt ceile de plusieurs nenonaes qatf entrèrent imme&teraent après , erapéuia que IVmne s'aperçût du 'desordre ou cette soène m'avait mise. '
Aussitôt^ que j'eus le loisir ^ je couimsà tHoVi ermitage; je m'enfermai dans .ma' grotte; je mf'a^ndonnai à un nouveau genre de réflexions , qui, jointes à mon inexpérience, à des désirs ioddtermint^S) à une agitation générale et extraordinaire . me plongèrent dans un second trouble, où je ne démêlais rien mieux que dans le premier. . r • ,
Lanuitvint et-sefiassai; de, iend^main aussi; la- seconde nuit était déjà bjen wvancée , et j^^tais toujours dans le même état, lorsque toutd^jftconp j'aperçus un homme à me8;genoux$ je n'eus pas la force de m'en&ir ni de crier, il m'en resta seulement- assez pour reconnaître don Pèdre. — Téméraire, où alles-vous? lui disje d'une voix tremblante. — Vous le voyet, me répondit-il... Alors il se tut; il me prit; ks mains qu'il serra dans les siennes ; nous répandîmes des lamies, et nous demeurâmes quelque tepms à nous regarder sans pouvoir rien dire.
Enfin je rompis le silence, je lui peignis le péril où sa témérité l'exposait, je le priai de se retirer, et j'ajoutai que ^ s'il s'obstioait à demeurer davantage , la crainte qu'on ne me surprît dans ce lieii allait me faire mourir de frayeur. Ces paroles f m'eut un coup de foudre pour don Pèdre : l'image du danger où il s était expose, la nécessité de me quitter ^ l'état où il me voyait, faillirent de lui ôter k force de s'éloignef^; enfin il m'embrassa , il me dit adieu , et dî^arut.
Jugez , ma i^ère , après tout ce que vous venez d'en^ tendre , de la. situation où don Pèdre me laissa.
Le jour 'étant venu, je me retirai dans- mon appartement: j'y passai la matinée dans «me agitatioh extrême,
MÀTtilfiÛ^ d 1
ot soiu prétexte que je jeànais, je né voulus point dîner. L'après midi f mon père partit pour la campagne ; mes sœurs allèrent faire quelques visites: je demeurai seule, et don Pèdre accourut me trouver. Grand Dieu! qu'il était l>eau ! . . Aages du ciel ! qui m'êtes apparus tant de ibis dans ma vie^ n'en soyez pas jaloux, ukon amant était mille fois plus brillant et plus aimable que vous.
La solitude, le sâence qfti ressaient autour de mon appartement , la liberté donA j'y jouissais enhardirent Don Pèdre : -il vouhit m'embrasser, je le repoussai ; je voulus fuir^ il m'arrêta ; je redoublai mes efu>rts , il redoubla les siens;- je voulus me fâcher, mais la nature trahit non courage : je me pâmai , et je tombai sur un sopha , sans mouvement et sans connaissance. J'ignore les antres préludes de ma dé&ite ; je ne recouvrai le sentiment qne pour voir le triomphe de mon vainqueur, ^ue pour sentir nos âmes confodues, et nos sens inondés d'un torrent de délices.
J'appris alors , ma chère soeur , que le trouble qui m'avait si fort agit^ depuis quelque temps avait soit remède, ainsi que le reste des maux qui affligent l'humanité. L'enjouement, la gaîté et toutes les grâces de mon âge succédèrent à cette humeur inquiète et mélancolique, qui me faisait employer mes plus beaux jours dans la contemplation de la vie des ana<^orètes et des martyrs, et à c^rcher le moyen de les imiter. Si j'avais désormais à demeurer <lans les déserts, m'écriaije quelquefois, ce -serait avec mon amant! si j'avais à mourir, ce serait pour lui , et non pour l'Evangile.
Je vécus deux ans dans le sein d'une félicité digi^e d'4tre eeviée. L'amour le plus tendre, l'estime la phts par&itey une conâance entière et réciproque, des plaisirs toujours vifs , toujours nouveaux ^ que nous nous procurions 4 l'aide de certains momens que nous, savions nous ménagor à propos, nous rendaient les
8a LE COMPÈllE
deux plas heureux mortels de la terre. Mais ce bonheur ne dura guère ; la petite vérole enleva mon amant en six jours de maladie.
Cet afTreux événement anéantît toutes les facultés de mon aroe : je tombal à la renverse lorsque je l'appris , et je fus plus de deux jours dans une léthargie si profonde que l'on désespéra de ma vie. Au bout de ce temps-là je pris quelque nourriture, ma santé revint peu à peu ; mais aussitôt que mon esprit eut la force de se représenter la perte que j'avais faite , je poussai des cris perçans en appelant mon amant , et je versai tant de larmes que l'on craignit de rechef pour ma vie.
Une douleur si extraordinaire confirma mon père dans le soupçon que certaines familiarités entre don Pèdre et moi lui avaient causé: il profita du désordre de ma raison , il employa la douceur et les menaces , il m'arracha un secret qui n'eût dû être su que du ciel et de moi.
Je ne m'aperçus de ma faiblesse que lorsque je me vis enfermée dansuu couvent d'augustines , et sous la garde de quatre vieilles béates qui me martyrisaient par leurs importunités > par leurs prédications etenellcs. Ayant demeuré un an et demi dans cette espèce de prison , je crus fléchir mon père ; mais il demeura inexorable y et le monde me fut interdit pour jamais. Je tentai alors de rendre mon état plus supportable en le rendant en quelque façon volontaire ; j'entrai dans un monastère de carmélites, où je fis profession.
Je perdis insensiblement le souvenir du siècle , mais je^ne pus si facilement oublier don Pèdre: quelqu'effort que je fissse pour être toute à Dieu , je demeurai à mon amant ; mes prières ^ mes cris s'adressaient au premier, et mes soupirs à celui-ci; les préjugés , mon devoir remplissaient mon ame de trouble , de crainte et d'amertume y et n'ébranlaient pas mon amour. Le som-
meily qui aurait dd apporter quelque trêve à mes maux f était l'état que je craignais le plus; mon imagi* nation libre me transportait alors dans les bras de cet amant chéri: ses regards , ses discours^ ses caresse» donnaient l'essor à ma flamme , la nature aidait au prestiffe et en faisait une espèce de réalité ; mais si fi m'éveillais dans ces momens de délices , c'était pour tomber dans un abîme de scrupules et d'horreur, où le souvenir d'une illusion passagère me paraissait un crime affi'eux.
Je vécus dix-huit ans en proie à cette guerre intérieure et crédule. Mais lorsque j'eus atteint un certain âge^ je sentis ma tranquillité renaître et croître en proportion de la diminution de mon tempérament; le devoir l'emporta sur ma passion, je donnai à Dieu, sans crainte, un coeur qu un mortel lui avait dispvté si lonff-temps.
Ah! ma chère sœur! que c'est un grand chemin de fait vers l'amour mystique , que d'avoir exercé auparavant toutes les facultés de son ame dans celui d'un amant ! Dieu n'y perd pas pour avoir attendu ; ausèi ne tarda-t-il guère à voir le cœur de Thérèse pénétré de ce feu sacré , si peu connu sur la terre.
Je ne sentis point sitôt le. calme dans mon intérieur , que je m'abandonnai tout entière à la contemplation. Cet exercice m'élcva insensiblement à un point de perfection , à un amour de Dieu si ^rand y que mon ame se trouva épurée de toute affection terrestre, et affrandiiedu JO^g de toutes les passions. Vous le dirai* je? enfin y cet état plut tellement à Dieu , que son divin fils daigna se manifester à moi selon sa natare hu-^ maine ; et m'épotfeer à la fin (t).
(i) Les boosesde la Ghiae poussent si loin Tin différence h
84 I«B GOffl'AllE
Une firrenr ^i particulière piqua mon ambîtioa ; je pr^endis k tm bonlieiir plus grand; mes yeux m'ariôeiit
Êroctnr^ une jouissance txe mon dÎTin ëpoux, je cherehai ï mojen de le roirdans toute sa splendeur^ dans toute sa gloire^ e'est«à--dire dans sa divinité et de> devenir semblable à hit.
Pour parvenir à un but si désirable ^ je ne trouvai point de morale plus propre que celle des sectateurs de Toë (i) ni de chemin plus court que la voie unitivHe des Platoniciens (a). Je m'élevai donc au-dessus des sens (3), f abandonnai les opérations de «non esprit , tois» les ebjets sensibles et intelligibles^ généralement toutes choses qui sont et ne sont pas , et je parvins non sec^emaDt rvoir Dieu, comme Plotin (4), sans l'entremise des
laqaelle SU têfipùnpat toàle U saîateté , qq'il faut devenir pierre ou statue pour en acquérir toute U ^perfectiou. Nodseulement ils enseignent que le sage ae doit avoir aucune parssioo, mais qu'il ne ItA vM permis même d^â^rOfr anenn désir ; de «erte qu'il doitiMnitiDiielleBi«Ht s^iacupcir à jm vofq* loir ,rjeo, à ne «eotir riep „ à bannir fi loin de «on eaptit tonte idée de vertu et de sainteté « qu'il n'y ait rien en lui -de contraire à la parfaite quiétude de l'ame. C'est, lisent-ils, ce profond assoupissement de l'esprit, ce repos ^e tooteaxïes pmsaanœs , cette eontimielle suspension des sens fni font le bonheur ê» l'homme. En cet . état , il n'est plu» sujet an eban-* ge«>ent ; il u'j a plus en lui 4a 'viqissitnde , pln3 -de crainte |K}ur l'avenir, parce qu'à proprement parler il n'es rien, ou siroD v^ut qull soit encore quelque chose, il est sa^^ parfait , heurenic , et pour dire en ua mot, il e0t patfAdtewent •emUaMe m dieu foë. V^ le pèretSebien, Préf. (UHiH. de l'édit. de l'empereur de 9hine.
(i) Porphyr., m viia Plotin,
(a) Voyez là-dessus La Bruyère , Dialogue, sur le Qniélisme ; Molinos y Introduct. à la conduite spirit* ; l'abbé d'Bstival, Conférences mystiques.
(3J^4)«Porphyr., ubi sup*
MATBIEn. 85
id^es f Biais encore à «entir mon ame reculée et ahhnee en lui par une prësence foncière et centrale , par une union essentielle , immédiate et plus essientieUe que l'union bjpostatique (i). Ah! ma chère soeur! c'est là que Tepoux se fait sentir à Tame par des touches divi^ nesy jpardes goûts | des illaps , par des suavités incffahles (2)? C'est là que l'ame n'est phis à soi , ni en soi , ni par soi (3), mais elle existe en Dieu, elle vit par Dieu; elle est, si j'ose le dire, semfalaUe à Dieu.
Loi^sque je fus paryenue à cet état sublime de perfection , où rien de tout ce qui existe sur la terre ne devait plus me toucher 9 je dai^ai jeter encore un remd sur l'ordre des carmes et celui des carmélites , et j y vis un relâchement , une tiédeur , et des désordres si constdérablesy que je résolus de les réformer l'un et l'autre; enfin , malgré les obstacles , les persécutions et la prison où l'on m'enferma , secondée de la çrace d'en haut, du zèle de l'infatigable saint Jean-de-4a-Croix, je vins à bout d'introduire ma réforme dans seize monastères de filles y et de voir avant ma mort quatorze co«ivens de carmes déchaussés.
— Cette sainte Thérèse était-elle jolie ? dit père Jean. — Plus que jolie, répondit Diego, car elle était belle ; indépendannnent de sa beauté , certain je ne sais quoi de gracievx, détendre, de touchant dans son discours , un feu subtil qui pénétrait à travers la langueur de ses yeux, des grâces infinies dans tout ce an'ellc faisait ^ la rendaient adorable. — Par la fressure w ferdien que j'ai assommé! s'écria père Jean, si
(1) (q) (Z) Les mêmes aatears, «iasi qoe les oeuvres des plos fameux mystiques , dans lesquels l'on apprendra tout ce qne l'on désirera savoir sur la mysticité et la propre siipificatien des termes dont Diego se sert ici ^'après sainte Tnérèse , cl q«e j'aivoim oe ptas entendre.
86 LE COMPàRE
j'eusse été là y j'aurais exploité cette Castillane ; quand même saiot Dominique l'encuirassé , saint Bai^adat le rabougri 9 et toute la kirîelle des saints avec qui tu as soupe f auraient dû m'ecarteler. Ces femelles aux yeux mourans sont pour le déduit cinquante mille piques au-dessus de ces animaux petillans , dont le feu s'eyapore aussitôt qu'il est allume'. Je me souyiendrai toute ma vie de défunte ma pauvre Femme la supérieure ; tudieu quelle commère! j'eusse mieux aime passer une nuit avec elle qu'un carême entier avec la Camargot.
— Très redoutable père Jean, dit l'Espagnol , auriez-vous osé commettre une telle action en présence d'une si auguste compagnie? — 'Je la commettrais en face de tout l'univers, répartit père Jean.
— O très révérend père! dit le juif, si vous eussiez commis une telle action du temps de Moïse , l'on vous aurait mené hors du camp et l'on vous aurait lapidé.
— O très respectable père ! dit l'Allemand , si vous aviez commis une telle action dans mon pays , l'on vous mettrait au pilori.
— O très vénérable père ! dit le Suédois, si vous aviez commis une telle action à Stockolm , l'on vous mettroit dans im sac et l'on vous jeterait à la mer.
— O très vertueux père! dit l'Anglais , si vous aviez commis une telle action en Angleterre, l'on vous en^ verrait à In maison des fous.
— O mon cher confrère! dit Vitulos, si vous eussiez commis une telle action dans notre couvent , Ton se serait bien donné de garde d'en parler à personne.
— O mon cher oncle! dit le compère, si vous aviez commis cette action parmi un peuple de philosophes , l'on ne vous dirait rien.
— Parbleu, dit père Jean , mon neveu a raison ; car si une action est bonne de sa nature, il n'y a pas plus de mal de la commettre en. public qu'eu cachette. Or,
exploiter une femme est une action qui est bonne en elle-même y puisque c'est le but de la nature de perpétuer notre espèce et de soulager nos besoins là oii ils nous prennent; donc il n'y a point de mal d'exploiter une femme publiquement.
H n'y a que les prëjuge's et les lois qui aient le rare privilège de changer la nature des choses. Dans l'état de nature il n'y a ni honnête ni déshonnéte (1). Ce
Sue l'on nous débite de cet arertissement de la nature^ e ce sentiment interne que Ton appelle honte (2), est absurde ; ce n'est que l'effet de l'opinion sur un esprit faible et préoccupe (3). Si la honte était un sentiment naturel , les animaux qui suivent si fidèlement les instincts de la nature , chercheraient les ténèbres et les endroits reculés pour travailler à la multiplication ; or^ rien n'est plus faux que cela (4). Il faudrait encore que tous les hommes cherchassent les retraites les plus sombres-, ce qui est encore faux. N'a-t-on point vu les Mossyniens besogner les Mossyuienues aussi publiquement que les moineaux besognent leurs femelles? Sextus Ëmpîricus ne conte-t-il pas la même chose de plusieurs peuples des Indes? D'autres nations
(1) C'était le sentiment d'Aichelaûu. Voyez Diogènë Laert. in Sœrat,, lib, a, num. 19 et 55.
(a) Voyez ce qui se dit pour et contre la bonté dans Puffeod., liv. 1, chap. a, § 2 et suiv. ISid,, liv. 6, IbUi,^ Préf. § 39 et 8uiT. Ibid., Préf. $ 2a. Bayie, Pép. aui qnest. d'une proyioc, tom. 2, p. 9a, 95 , à la marge.
(3) V. les Notes de M. le Glerc, sous le nom de Phereponus sur saint Augustin, p. 5o6 de l'Append. de Tédit. de HoU. /</. sur la Genèse , 5, 7. L'examen du sentiment de Vâlt6yzen , dans le Traité des principes du juste et de l'honnôle, 59 et suivant .
(4) Bayle, att. Hypparchia, femme de Gratétv
n'ont-elles pas fait un acte de religion de publicité de cette action? Les Massagètes (i) et les Nasaiiionieiis(!k) n'en &isaient-iis point une coutume? Une secte de Mahomëtans ne la pratique-t-elle pas encore aujourdliui? N'a-t-on pas trouve le nouveau monde dans cet ^tat de nature et d'innocence? Et TEurope.... Par la Gorbleu! si je voulais prendre la peine de fouiller dans ma mifmoire , je vous citerais tant d'exemples ^ue vous me croiriez , ou que le diable vous emporterait.
— Très ^redoutable père Jean^ dit l'Allemaud, ce que nous vouons de vous dire n'a point été pour vous fârber; nous pensons tous comme vous sur cet article ; nous voulions seulement vous faire sentir qu'il y a des pays où l'on regarde la publicité d'une telle action comme un crime énorme contre la pudeur^ contre les bonnes mœurs , et contre les lois qui en sont les protectrices.
D'ailleurs ^ mon cher père Jean p l'on pourrait encore objecter à ce que vous venez de dire , qu'il sufiBi que l^s nations civilisées soient sujettes à la bonté pour que Ton regarde ce sentiment comme naturel, et qu'il ne faut point s'en rapporter aux usages de quelques nations barbares , telles que celles dont vous venez de parler. — C'est justement pour cela, morbleu, c'est justement pour cela que je les ai citées , répartit père Jean ; les peuples que l on nomme bariiares se sont beaucoup moins écartés de la simple nature (3) que ceux que l'on appelle civilisés, par un rafEnnement bizarre y ont tant multiplié les lois de la pudeur et de la
(i) La Iflotbe le Vaycr, Dialog. d'Orasîus Taber. p. m. i56 lierodot. Ub, t, «. ait,
(2) IdeiD,/(6. 49C. 17a.
(3) l^aylc , uhi$up>
Uenséafice ^ qu'ik se «ont rendus les esclaves de ces méiues lois et les tjrans odteux île ceux qui ne les observent pas.
Que 1 en ne me vienne pas dire que puisque la pudeur est inutile 9 la nature, qui ne fait rien en vain, nous a fait un don superflu en nous douant de ce sentiment; car je r^ponarais que la nature ne nous a pas doues d'un tel sentiment y mais que notre machine est tellement constituée , que , lorsqu'on a le malheur d'être né parmi une natioti à pudeur, l'éducation , les préjugés, la crainte du mëpris^ du ridicule, cause dans certaines actions, dans certaines occasions, une effervescence dans le sang qui produit cette espèce d'émo tion , d'embarras , de confusion , de trouble , que l'on appelle honte; et comme cette honte est un mal ^ puisqu'elle fait souffinr la machine , il ne faut point trouver étrange que Ton craigne ^ que l'on évite ce mal en proportion ae l'idée que l'on s'en forme , et des suites fleheuses que Ton attend de l'action qui la cause. H 7 a une terrible différence entre une faculté , une disposition f une aptitude à devenir tel ou à faire telle chose , et une qualité individuelle, un sentiment inné, qui nous rend essentiellement tel, et qui nous porte a agir nécessairement d'une certaine façon. Que l'on rassemble toutes ces acuités , ces dispositions , ces aptitudes qui sont en Phomme, et que les ignorans prennent pour des qualités naturelles, pour des sentimens innés, qu'on le fasse alors agir en eonséqueïice , on lui fera «ire de belles choses. Qu'en dis-tu, mon neveu? — Je dis que mon cher oncle a raison , répondit le compèJTC.
— Tout ce que vous nous diles-là est admirable , dit l'Anglais à père Jean; mais il me semble que l'exemple des animi^ux n'est pas sufBsant pour autoriser kl publicité de l'exploitation des femmes. 1** L'on
go LE GOXPKBE
prétend qu'il n j a point de droit commun anx hommes et aux béteS) mais que les hommes ont un droit naturel particulier, c*cst-R-dire une règle de morale fondée sur la connaissance des moyens relatif à leur bonheur, dans quelqu'ctat qu'ils se trouvent; a^ il est très prouve que les bétes que Ton prétend suivre exactement l'instinct de la nature , agissent toutes bien différemment, quoique dans les mêmes circonstances. Chez les coqs, la polygamie est admise, et le «mâle de la tourterelle est le plus ûdèle de tous les maris; certains animaux ne vivent que' de chair, les autres l'ont en horreur; d'autres dévorent leurs petits; chez d'autres, l'on n'a jamais vu et l'on ne verra jamais une telle barbarie; ainsi de mille autres exemples que je pourrais vous citer.
— Monsieur de l'Angleterre, reprit père Jean, si votre raisonnement n'est point juste , il est du moins spécieux. Je vous accorde qu'il n'y a point de droit commun aux hommes et aux animaux , mais -il y a une loi commune aux uns et aux autres. C'est à cette loi que je m'attache ici, et non à ce mot vide de sens, ni à ces petites lois particulières, à ces inclinations différentes, que l'on distingue dans chaque espèce; car comme la nature a mis une dissemblance sensible , une variété infinie entre les individus de toutes les espèces, et qu'elle n'a point laissé de leur donner à chacun quelques parties par lesquelles ils se ressemblent tous, cette même nature, qui a établi entre eux une si grande différence dans leur manière de sentir, d'agir et d'exister, a aussi établi quelque manière d'être , de faire et de sentir, oui est commune à tous les animaux. Je défie le plus habile moraliste de me démontrer que la honte entre dans ce dernier article.
Ne m'allez pas répéter que le consentement universel des nations les plus considérables de la terre, sur
la nature d*UDe action morale, est sufEsant pour rendre raison de la moralité de cette action ; car je vous dirais que Topposition de sentimeus entre ces mêmes nations sur la nature de mille autres actions , prouve sans réplique que toutes les actions sont indifïérentes , et quMles n'acquièrent le titre d'honnête ou de dëshonnête, de juste ou d'injuste , que selon les id^es que les hommes y ont attachées. Ouvrons les livres qui traitent des mœurs et des coutumes des peuples anciens et modermes (1), nous verrons les Egyptiens
(1) C'est chose estraàge de la diversité des lolz et costumes qui sont aa monde, de 1 extravagance d'aucunes. Il n'y a opinion ny imagination si bigearre, si forcenée qui ne soit establie par fois , on constumes en quelque lieu. Je suis cod> tent d'en réciter quelques unes^ pour montrer à ceux qui font difficulté de le croire, jusques où va cette proposition, ne m'arrestant point à parler de ce qui est de la religion , qui est le subject où se trouvent de plus grande» estrangetés , et impostures plus grossières; mais pour ce qu'ils est hors le commerce des hommes, et que ce n'est proprement coustomes, et oh il est aisé d'être trompé, je le laisserai. Voici donc des plus remarquables en estrangeté : tuer par office de piété ses parens en certain cage, et les manger. Aux hostelleries prester leurs enfans, femmes et files à jouir aux bostes tin payant : bordeaux publics des masles; les vieillards prester leurs femmes à la jeunesse; les femmes estre communes, honneur aux femmes d'avoir accointé plusieurs masles, et porter autant de belles houppes au bord de leurs robes , les filles montrer à descouvert leurs parties honteuses, les mariés non , ainsi les couvrir soigneusement, les filles s'abandonner à leur plaisir, et devenues grosses se faire avorter au vcu et scen d'un chacun \ mais mariées estre chastes et fidelles à leurs maris , les femmes mariées la première nuict^ avant l'accoinctance de leurs espoux, recevoir tous les masles , qui sont de Testât et profession du mary, conviés aux nopces, et puis estre loyalles à leur mary ; les mariées présenter leur pucellage au prince avant qu'au mary, mariages des masles: les femmes à la guerre et an combat avec les maris ; femmes mourir et se
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trouver fort joli d'épouser leurs sœurs Ti), et les Perses leurs mères (2) ; nous verrons les femmes des G^tuliens (3) et des Bactriens autorisées par la loi de cocufier leurs maris avec qui bon leur semble ; en Colchide (4) > en Abysstnie , honorer les voleurs ; les Athéniens les lapider y et les Bactriens cracher dessus ; chez
tuer lors on tots après le décez de leurs maris; femmes vefves pouToîr se remarier si les maris sont morts de mort violente, et non autrement; les maris pouvoir répudier leurs femmes sans alléguer cause , vendre si elle mt stérile, tuer sans cause sinon pource qu'elle est femmc;^ et puis emprunter fetaimedes voisins au besoin : les femmes s'accoucher sans plalncte et sans effray : tuer leurs cnfans pource qu'ils ne sont pas b«aux, bi«n formez, ou sans cause : en mangeant essuyer ses doigts à jes génitoires et à ses pieds : vivre de chair humaine , manger chair et poisson tout érud : coucher ensemble plusieurs masles et femelles, jusques au nombre de dix ou douze : saluer en mettant le doigt à terre et puis le levant vers le clelztourner le dos pour saluer, et ne regarder jamais celuy que l'on veut honorer: recueillir en la main les crachats du prince ; ne parler au roy que par sarbacane ; ne couper en toute sa vie ny poils ny ongle : couper le poil d'un costé et les ongles d'une main et non de l'autre; les hommes pisser accroupis et les femmes debout; faire des trous et fossettes en la chair du vifage, et aux tetina, pour y porter des pierreries et des bagues ; mépriser la mort , la festoyer, la briguer, et la plaider en public pour en estre honoré comme d'une dignité et grande faveur, et y estre préféré; sépulture honorable d'estre mangé des clsiens, desoyseaux, estre cuit ^t pilé , et la poudie avalée avec le breuvage ordinaire.
Ghaxeor, liv. a chap. 8.
(1} V. Sextus Empyricup.' Pl/t^rAon. Hypotipos, L 3, c. 35. num, ^45 et a46* Vous y trouverez Tapprohation de cette aorte 4e mariage, par Zenon le Gittien et par Ghrysippe.
(%) Enseb. PrœparaU EvangeU lit i^p.Set $eq, édii, Robert, Steph.
(3) Id. ibid, I. 6, 8.
(4) Id. ibid.
les ScylBeSi tuer leurs- pèrM et mères k soixante ans, les Massagètes assommer leurs parons devenus vieux , et les manger ensuite ; les Hjrcaniens les exposer to^t en vie pour être dévores des chiens et des oiseaux (1) ; chez les Grecs et les Romains , la pédérastie tolérée , et Tinfidelité des femmes punie; chez les modernes de TEurope enfin y quel contraste ! quelle variété ! que de contradictions dans les coutumes, les mœurs et les opinions ! Je n'en rapporte rien , car j'en aurais trop à dire.
Ne m'allez point non pins citer Grotius , qui dit aue puisque l'homme est un animal doué de raison , et tait pour vivre en société, la moralité de ses actions provient à,e leurs convenances ou disconvenances avee une nature raisonnable et sociable (a) ; car je vous enverrais demander à Grotius où il a appris que l'homme est fait pour la société, ou plutd% pour cet état de contrainte et d'esclavage , où l'inégalité des fortunes et des condi- ^ tions , le progrès des connaissances , la contrariété des opinions, le joug de la religion-, l'autorité des lois, ont rendu cet homme malheureux , tandis qu'il était fait pour être libre , indépendant , égal à ses semblables , pour n'avoir que des idées propres à cet état de nature , à ses besoin», en un mot, pour être aussi heureux que les autres animaux.... Qu'en dis-tu, mon neveu. — Je dis , répondit le compère , que mon cher oncle rai'sonne comme un ange. — Aussi est-ce à l'école de mon cher neveu que j ai appris toutes ces choses. . . . Qr , l'homme de l'autre monde , continue nous le récit e tes visions. — Mon très-révérend père, dit Diego ,
(i)Id. ièid, Ub, i9^«9»
\%) Dj<ait de U guerre, eto«, L 71 ci, S to.
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ce ne sont point des visions qoe ja vous ai contëcs | c'est Lien la pnre vérité.. — Visions on non visions, continue , te dis-je.