‹ Le Compère Mathieu, ou les Bigarrures de l'esprit humainChapitre 7 sur 28 · LS COMPÈRE · texte numérisé non relu

LS COMPÈRE

que je sols contredis, dëmeuti, hae, bernd, siffle^ persécaté , et peuUétre lapide : au reste y ajouta-t-il^ ce n'est point à cette sorte de gloire que j'aspire ^ c'est à celle de la philosophie sublime et transcendante que je veux atteindre; c'est là que je yeux borner mon ambition et mes travaux.

Il j avait dcjà trois mois que nous étions à Paris, et Diego avait employé ce temps-4à à nous faire conndître les rues, les carrefours , les quartiers, ainsi que les temples sacres et profanes de cette ville , lorsque nous nous aperçûmes que les eaux baissaient extraordlnairement chez nous : il ne nous restait plus que dix ecus; ee qui m'ajnnt alarmd, je demandai au compère quelle ressource il avait à opposer à la misère qui allait nous accabler. — Je ne le sais point trop , me rcpondit-il.

— Ëh bien ! repris-je , que chacun de nous emploie quelques momens à réfléchir sur quelque moyen propre à nous tirer d'affaire ; le premier qui en aura trouvé un convenable le proposera, et après l'examen Ton agira en conséquence. — A ces mots succéda un profond silence.

Il y avait quelques minutes que la méditation durait, lorsque Diego se leva tout a coup et s'écria : Mes amis, consolons-nous : le ciel m'inspire nu expédient. Il nous reste dix écus, portons-les chez les Jacobins pour qu'ils prient saint Dominique de nous tirer d'embarras.

— C'est fort bien pensé, dis-je à Diego; mais si saint Dominique s'avisait d'être six mois sans nous secourir, comme ont fait les bonnes âmes de Rome à ton égard , que deviendrions - nous pendant ce temps-là? — Ma foi, je n'y songeais pas, répondit-il... Méditons donc , ajouta-t-il...

La seconde, méditation avait déjà duré quelque temps , et aucune idée ne venait , lorsqu'un Sovoyard ^ int dire au compère Mathieu de le suivre à l'instant pour affaire importante.

L'Allobrogé conduisit le.compère chez le marquis de Barjolac. Après avoir attendu quelque temps dans .une .antichambre 9 où trois. grands loquais. s'occupaient à disputer sur le me'rite de Ja Sèmiramis de 'Voltaire et du Gatilina de Crcbillon, il fut introduit. Il trouva le marquis occupe à se noircir les sourcils , à mettre son rouge et à se parfumer les aisselles et les gënitoires : cette besogne étant finie , son* valet de chambre lui chaussa une paire de souliers à talons rouges y dont rentrée était bordée de caoepin blanc ; il acheva de rhabiller, il lui ceignit une épee dont la lame était de buis, pour que son poids fatiguât moins , et puis s'en «dln. Lorsque le compère et le marquis furent seuls ., ce dernier se jeta dans un fauteuil y se mit o mâcher quelques pastilles, prit de trois sortes de tabac dans la même tabatière, toussa d'un petit ton enfantin , se moucha dans un mouchoir de soie blanche, s'essirja avec un auti^e couleur de rose, se leva, se mira, se rengorgea, fit une pirouette sur le talon , «t dit an compère : L'ami , je sais que tu fais de triés jolis vers ; je te prie de me faire, en payant, une satire des plus sanglantes contre le duc de firaoastron.' C'est un fat qui a osé me contredire chez la marquise de Grand- Chien; qui m'a desservi chez le ministre; qui ne ces^e dTaffecter publiquement à mon égard vn air de mépris qui m'outrage, et duquel il faut que -je tire «ne vengeance complète . — Monseigneur, dit lëico^ipère , le procédé du duc de Bracastron est injuste ; m^s il «ve semble avoir lu dans Hérodote d'Hal|can^s$e,'Kv.-8,* chapitre Z>ej querelles entre -les ducs elles rfiArqmiSy que de son temps les gens de votre sone e^ppôsaietlt leur épée à l'insulte, et non pas iin libelle. Nos preux et vaillans chevaliers en ont fait de même s' cet u^age se pratique encore aujourd'hui en semblable occasion ; pourquoi jnie vous y conformez-vous pas ? — Que Icf

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ciel m'en préserve ! s'écria le HMmiîs de Barjolac : cela peut convenir à quelque genlinâtre de la Basse- Bretagne où .du Bas-Poitou ; mais k un homme de ma condition , fi ! il n'y a rien de plus roturier que de se battre. D'ailleurs y le duc est un spadassin k culbuter SMi ennemi du presùer coup de lame , et à ne faire aucun scrupule a'ôfcer la vie au dernier rejeton de l'illustre race des Barjokc , dont les ancêtres , tant mâles que femelles , ont rendu de si importans services à nos souverains. Au reste , il est roRenseur, je suis l'offense $ qui de nous deux doit être puni? — 'Ces raisons^ là sont admirables y reprit le compère ; mais comment voulez-vous que je ùase une satire "contre le duc de Bracastron?}e ne lui connais d'antre défaut que celui d'être votre ennetni. — Ma vengeance et mon courroux t'inspireront , répartît le courageux marquis ; j'irai te voir : en attendant, pense, rêve, imagine, use du privilège de la poésie, aie recours à la fiction. Tiens , voilà dix ieuis à compte de la somme que je te destine, si tu réussis à mbn gré : juges de ma générosité par mon ressentiment. Adieu.

Le compère Mathieu étant revenu au logis , se mit a écrire , écrivit le reste de la journée , écrivit toute la nuit, écrivit une partie de la matinée du lendemain , et veiiait^^nfin d'eciire la satire , lorsque le marquis de Barjolac iu*rf«a. «-^ Quoi, s'ëcria-pt-il en entrant, le libelle déjà fiai !■ donne vite , mon cher , que je lise... T^ut DATA: .de source ! je n'aurais pu mieux t'inspirer ! Sans a^ute^quc le duc t'a fait aussi quelque outrage , car il n'j a que la rage et la vengeance qui puissent t'avoir .^iofcé cet abominable libelle? — Point cru tout , monseigneur) ^épcnitit le oompère : le désir de vous servir^ certaine inclinaition que 4a nature m^a donnée à cette sorte d'ouvrage eties aix louis que j^ài reçtts hier de Yotte main nénereuse , forent mon Apotbii , >et le

MATHIEU ^y

seront toutes les fois qu'il pk»ra & votre ffandecr de se servir de moi pour tirer une rengëanee glorieuse ^l complète de ses ennemjs;- — Le-mar^uîs'enchhfnfë, donna trente autres louis au poète et emporta le libelle, qui se nràltiplia tellement, îp'^^ moins de vingt-^atre heur^totts les cercles de Paris en furent înondés^ en' moins de trente-six heures il fut imprime avec des notes et des augmentations^ et en moins de trois joursy le duc de Bracastron e'taît devenu d'un ridicule si ëtrange atix jeux des trois quarts de ce qu'on appelle le grantl monde y qu'il se serait cache spour dix ans, s'n -eilt eu le cœur aussi bien plac^ que son illustre ennemi.

— Eti bien , seigneur I>iégo , dis-je à FEspagnoi , après cette aventure, vous semble-t-il que saint Domi^ nique eut rempli si abonbamment notre attente , et en si peu de temps que le marquis de BarjolacP ^- Qui vous a dit, rëpondit-il , que le lw>n saint n'y a point contribua en iavcur de bi pieuse intention que j'avais eue de nous adresser à lui? j'en suis tellement convaincu, qu'en reconnaissance d'un tel bienfait , je vais de ce pas faire allumer un cierge de deux livres devant son image. —^ En finissant ces mots , il partit , et ne revint qu'après aroir ex^uté sa promesse.

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