CHAPITRE V
C(intmvatioa de notre s^our à Paris* '^ Visioa de Diego.
y ai dit que nous étions log^s au crnquième étage ; mais les quaranjte louis du marquis de Barjolac nous tirent ^esceinârè au second ; et au lieu d'un cabinet où il n'y avait qu'un lit , nous louâmes deux ehatnbres où il j en avait trois. i
a8 LE COMPÈRE
, I>epuis la composition du libelle ^ roccupâiion jour* Ii9lièi;c 4u conopère Mathieu était de travailler pour un libraire aux gages ^luqucl il était. Quant à TEspagnol et à moi y potre besogne consistait à copier divers passager dans les auteurs que le compère nous indiquait , à faire les commissions ^ la cuisine et le tracas du ménage.
Un spir que l'Espagnol était sorti pour chercher quelque assaisonnement qui manquait à une tête de mioutoa que nous avions pour souper, il rentra en poussant des hurlemens épouvantables. — Sainte Marie Alacoque ! s'écris^-t-il , en se jetant $ur le plancher de la chambre y je suis mort.... confession I je n'en puis plus.... j'ai vu.,.', ah! mes compagnons Ij'ai^^.... — Que diable as- tu vu? dit le compère. — Ah! continua ^^^^Oy je viens d'avoir une vision qui n'a pas sa pareille dans Ëzéchiel , ni dans l'Apocalypse , ni dans les révélations de sainte Brigitte!,.. J ai vu un loupgarou.... il avait la tête d'un ermite, le corps d*un sanglier , les jambes d'un loup et la queue d'un chat ; il lui sortait du nombril la moitié d'un tablier de femme, à ce que j'ai pu voir par les cordons.. <. Nous sommes perdus, mes amis! je l'entends.... le voici.... je le vois. . . . miséricorde ! Saint Tongarini , secourez-moi , ou il va m'avaler «ommo une huître. — En «lisant ces mots , il se sauva sous un lit.
Le loup-garou que Diego avait vu , était un vieillard septuagénaire, avec une barbe blanche, couvert de vieux haillons, qui remontait l'escalier , et que la fiiile et le tintamarre de l'Espagnol firent entrer dans notre chambre pour le désahui^er de li^. peur qii'il lui avait causée innocemment.
Mes enfans, dit le vieillard^ je ne sui^^paipt. fiOul-r^r fait si aflreux que monsieur qui est^ousl^^ii*^^ Tiniagine. Si j'ai l'air un peu hétéroclite , c'içsl qiue, Tappli-
cation que je doyne atix sciences me fait négliger mes accoutrcmens; maisrhabitne fait pas le moine.
Il y a cinquante-deux ans que je demeure dans le grenier ci-dessus, et d'oii je ne sors que tous les lundis pour chercher mn provision hebdomadaire.
Je me suis renferme très-jeune dans cette habitation, afin de vaquer plus librement , ' plus tranquillement à l'e'tude de la philosophie. Enfin, après bien des veilles et des travaux, je suis parvenu à finir un Traité de la Science universelle , que j'espère donner incessamment au public.
La première partie de ce Traité de ta Science universelle consistera en cent soixante volumes in-folio , relîe's en maroquin rouge , dorés sur tranche et sur plat , enrichis d un grand nombre de planches que j'aurai soin de ne faire graver que médiocrement bien, pour éviter la dépense et me retirer un peu de mes autres frais.
Voici le plan de tîel ouvrage :
Ayant établi de quelle manière l'eâprit humain , grimpant des individus aux espèces , des espèces aux Çenres , des genres prochains aux causes éloignées , rorme presque à chaque pas une science nouvelle , je vais voir comment on parvient à la notion générale de rcsprit.
Prêtez attention^ je vous prie. * *
L'existence, la possibilité, la substance, l'attribut la durée, etc., sont des propriétés générales de tous 1*8 êtres. J'examine ces propriétés à fond , et je forme de cet examen la science de l'étte en général ; d'où l'ontologie (dont j'omettrai de vous parler, pour abréger) , la pneumatologie , qui est lai science de l'esprit , et la physique particulière. • '
Attention , encore un coup, caf c'est de l'abstrait.
Je divise la pneumatologie en trois branches. La
3o LE COMPERE
première comprend la théologie naturelle } d'où religion , sectes y hérésies, superstition , fanatisme ; d'où rintolérance , la persécution , hi cruauté , la < mission du duc d'Albe , et le passe-temps de Charles IX. La seconde de ces branches consiste dans la doctrine des esprits y bons ou mauvais } d'où les anges, les démons, les sylphes , les gnomes , les lutins , les spectres , les revenans ; d'où les sorciers , les magiciens , les loupsgarous; d'où les visions, les extases , les possessions , les obsessions, les exorcismes ; d'où le paradis, l'enfer^ le purgatoire , les limbes ; d'où les prières pour les nrorts, les fondations , les indulgences; d'où la crédulité du peuple , l'arrogance des prêtres , les richesses des moines et l'autorité du pape. Enfin , la troisième branche de la pneumatologie se distribue en science de l'ame raisonnable , en science de l'ame sensitive ; ou, si vous l'aimez mieux, en science de Vume et de l'autre à la fois.
Je passe ensuite aux deux facultés principales de l'homme, qui sont l'entendement et la volonté.
Comme ces deux facultés sont de leur nature assez"^ bizarres, assez mutines, je charge la logique de diriger la première à la vérité^ et la morale de plier la seconde à la vertu.
9e divise la logique en art de penser, en art de re-^ tenir ses pensées, et en art de les communiquer.
Je distingue dans l'entendement quatre opérations
Î>rincipales , ainsi que quatre branches différentes dans 'art de penser. Uuné et l'autre de ces quatre branches se rapportent à chacune des opérations intellectuelles qui leur est propre.
Je ne sais si vous m'entendez, nous dit le vieillard? — Pas trop, lui rcpondis-je. — Eh bien , répliqua-t-il^^ attribuez Celaf à la' perte que j'ai faite dies trois quarts de Aies donts: redoublez votre attention ^ et passez quelque chose à ma vieillesse.
HATlnEU 3i
La ïnemure isatorelle et la mémoire artificielle sont
deux n^moires. La prem^îèfe consisté dans une affec-
. tion dWganes , et la seconde dans la prc'notîon et dans
Tembléme ; ce qui s'appelle l'art de retenir , un peu
différent de celui de transmettre.
Je divise l'art de transmettre en grammaire et en rhétorique. La première comprend les signes y la prosodie^ la syntaxe, la construction et autres signes de la pensée, tels que les gestes et les caractères.
Les caractères sont , ou idéaux, ou hiéroglyphiques, où hiéraldiques. Les gestes sont les grimaces , les ca» resses, les soufHets, les coups de pied au cul et autres semblables gentillesses.
Quant à la rhétorique , je n'en traite que super- • ficiellement : je me borne à n'en faire découler que la déclamation , telle que celle du style de la plupart des auteurs, des barangueurs, des panégyristes, aes pré* dicateurs, des avocats et autres braillards qui gagnent leur vie^ étourdir les gens d'esprit , et a faire tourner la cervelle aux idiots.
Je passe àr la momie. ^"
La morale est générale ou particulière. La première sous-entendk science du bien et du mal moral ^ s'il y en a , et celle d'être juste et vertueux , si on peut l'être.
La morale particulière comprend la science de ce que l'homme se doit à lui-même ; de ce qu'il doit à sa mmillc ; de ce qu'il doit à la société en général ; de ce qu'il doit à ses créanciers en particulier , ce que Grotius , Cumberland , PuffendorfF et Burlamaqui ont fort bien développé dans leurs ouvrages. Mais , poui^ le malheur de la France, on lit Cujas et Bartole, et on laisse U ces messieurs.
Voilà , mes enfans , en quoi consiste la première partie du Traité fie la Science universèlèe que je vais mettre au jour.
La seconde partie de cet ouvrage sera àè cent quatre-vingts volumes in-fèlio , relies en basane , et ornes d'un aussi grand nombre de planches que la première. Elle contiendra la Science de la Nature.
Je distribue la Science de la Nature en ph jsique et en mathématique.
Observez en passant que je tire encore cette distrî* bution tie la rédexion, et de Theureux penchant que le ciel m'a donné à généraliser les choses.
Comme j^'ai connu par les sens les individus réels , les asire», les élémens et météores, etc., j'ai pris en même temps la connaissance des abstraits.
Alors la réflexion m'ayant fait voir que des abstraits, les uns convenaient à tous les individus corporels, j'en ai fait Tobjet de la physique générale. Puis ayant considéré ces mêmes propriétés dans chaque individu en particulier, avec la variété qui les distingue, j'en ai îbrmé l'objet de la physique particulière.
Je passe à une autre propriété plus géift'rale . des corps, que je nomme quantité.
J'ai considéré la quantité sous trois diiïerens points de vue , et j'en ai fait l'objet des mathématiques simples , des mathématiques mixtes, et des physicç -ma* thématiques.
De grâce , écoulez , ou je me tais.
L'objet des mathématiques pures est la quantité abstraite nombrable , ou. la quantité abstraite étendue. L'une est l'objet de l'arithmétique^ l'autre est celui de la géométrie.
L'arithmétique se divise en arithmétique par signes, et en arithmétique par lettres. Cette dernière s'appelle la science des ours. ...
Il y a autant de divisions et de sous-divisions dans les mathématiques mixtes , qu'il se trouve d'êtres réels dans lesquels on peut considérer la quantité.
La quantité considefëe dans les corps, en tant que -mobiles ou tendant à se mouvoir, est l'objet de la mécanique.
La mécanique se divise en deux branches; l'une comprend le statique, qui se distribue en statique proprement dite , et en hydrostatique. L'autre comprend la dynamique , qui se distribue en dynamique proprement dite , et en hydro-dynamique; d'où la navigation et la balistique ; d'où la découverte du Mexique, le bombardement d'Alger et la puissance des Ânglaig^^.
Je passe à l'astronomie ge'ome'trique.
L'astronomie geome'taique est l'objet de la quantité, considérée dans les mouvemens des corps cëleMes ; d'où la cosmographie, l'iiranographie , l'hydrographie, la chronologie et l'art utile et admirable de faire des cadrans ; d'où les cadrans horizontaux , verticaux, équinoxiaux, inclines, de'clinans , cylindriques, sphëriques ; d'où les cadrans analemnatiques , azimuthaliques , abnucantariques , judaïques , italiques , babyloniques ; d'où les cadrans germaniques , helvétiques , philosophiques, antiqiies , et quantité d'autres cadrans dont l'usage et l'importance sont connus par tout l'univers , surtout chez les de'sœuvrés , les moines et les faincans.
La quantité considérée dans la lumière ou dans son mouvement, donne l'optique ; d'où la catoptrique et la dioptique ; d'où les lorgnettes d'opéra , les besicles de vieilrles et les lunettes d'avares.
La quantité considérée dans le son et ses propriétés, donn e Tacoustique ; d'où la catacoustiqne et l'écho de Woodstock (i).
(i) Le fameux écho de Woodstock, prés d'Oxfordt répète dix-sept syliabies pendant le jour, quand il fait un peu de
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Enfin la quantité considérée dans Tair , donne la pneumatique , d'où la crépitologie , Tasthme , les vapeurs et Tart d'étouffer les chats sous une cloehe de verre.
Mi99t enfans , je vais finir : je n'ai plus qu'un mot à dive de la physique particulière.
Je fais suivre a la physique particulière la même distribution qu'à rhistoire naturelle» Voici comment :
Les sens ayant prononcé la connaissance des astres , de leurs mouvemens apparens , sensibles ^ etc. , la réflexion a produit l'astronomie physique ; d'où la coiknaissance des influences des planètes f des vertus de la pleine-lune , les prédictions ^ les almanachs f etc.
liCS sens ont fait connaître les météores ; la réflexioa a produit la météorologie ; d'où la connaissance des goitres du Tyrol, et de la nécessité des parapluies.
Les sens ont fait connfdtre les plantes ; la réflexion a produit la botanique , l'agriculture ^ etc. ; d'où l'art de cultiver les carottes , d'avoir des fraises à Noël et des melons aux Rois , en dépit de la nature.
Finalement 9 les sens ont fait connaître les animaux ; la réflexion a produit la zoologie ; d'où la médecine , l'anatomie ^ la physiologie ^ l'hydène , la pathologie , la séméiotique et les trois branches de la thérapeutique ; d'où le talent de désopiler le foie j la rate et le
vent, et vinct-quatre pendant U naît; car alors l'air étant plasdense, les vibrations deviennent pitif lente*, et l'on entend la lépétition de plus de syllabe». V. le docteur Plot, dans son Histoire naturelle d'Oxford. —Il y a au nord de Téglise de Shidley,;dans la province de Susses, un écho qui répète pendant la nuit ces vingt-une syllabes.
Oihomtni suhtlmcdidit eœlumque tueri
Juuit et ereetoi