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Le complot contre la famille

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PRÉFACE

A Monsieur Georges Noblemaire .

A notre époque féconde en complots imaginaires ou réels, vous dénoncez comme le plus redoutable « le complot contre la famille ». Ni votre intelligence amie des tâches utiles, ni vos instincts survivants d’officier qui vous portent droit aux points décisifs ne vous ont trompé. Source d’où s’épand la continuité de l’espèce, première école de l’être vivant, groupe par lequel ta société commence, la famille est la plus essentielle des institutions humaines. Rien n’est compromis tant qu’elle reste saine, tout est menacé dès qu’elle se corrompt.

Or un fait est certain : dans la nation française, les naissances ne suffisent plus à réparer l’œuvre de la mort.

Oette défaillance prépare le dépeuplement de la contrée la plus favorisée par la nature, la décadence de la nation qui longtemps domina les autres, le dommage du genre humain par l’épuisement du génie français.

Comme la même race qui cesse de se renouveler en France se multiplie au Canada, sa stérilité n’est pas organique, mais volontaire. Cette race a été féconde en France tant que les mœurs et les lois s’unirent pour fortifier les groupes sociaux <qui protégeaient l’individu. La famille, comme les

PRÉFACE

corporations, comme l’Etat, exigeait de ses membres quelques sacrifices. Elle diminuait l’indépendance de l’époux et de l’épouse qui s’unissaient pour toujours ; la liberté des enfants qui toute leur vie devaient obéissance au père et à la mère; l’égalité des frères, puisque le privilège de l’aîné perpétuait le patrimoine héréditaire et le foyer où tous gardaient leur place.

La famille a été atteinte depuis que les moeurs et les lois se sont consacrées à l’émancipation de l’individu, et ce sont les lois qui dépravèrent les mœurs. Pour délivrer les époux, la Révolution établit le divorce. Pour délivrer les enfants, elle fixa à leur majorité le terme de leur obéissance, et, même durant leur enfance, déposséda de leur éducation le père et la mère. Pour délivrer les frères et sœurs, elle divisa entre eux par parts égales tout le patrimoine. L’ancien régime, par extrême sollicitude pour ce qu’on pourrait appeler les perpétuités sociales, avait outré les servitudes imposées aux personnes : la Révolution, idolâtre des personnes, ne s’inquiéta pas du tort que ses réformes préparaient aux institutions. Et son esprit, contenu sans être répudié par nos monarchies du xixe siècle, règne en maître sous la troisième République. Le partage forcé de tous les biens entre tous les enfants réduit en poussière la pierre du foyer, autrefois sacrée comme une pierre d’autel. Les isolements du travail et du plaisir font étrangers ceux qui vivaient autrefois dans la communauté de l’existence et des intérêts. La lutte de l’Etat éducateur contre l’influence familiale, la fin de l’autorité paternelle au moment où l’inexpérience ardente de la vingtième année tend son piège aux jeunes, ne permet pas à leur plus sûr ami de leur épargner les erreurs qui parfois gâtent toute la vie.

Ces innovations en dénaturant l’ancienne

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royauté du père ont fait sa tâche plus ingrate. Constituer un patrimoine pour que ses enfants le divisent ; usurper s’il leur distribue sa fortune de la façon le plus conforme au mérite de chacun et à l’intérêt de tous ; se donner des successeurs nécessaires, des créanciers intéressés par la loi à sa mort, des élèves qui à peine hommes lui échappent, et même enfants peuvent être déformés, sous ses yeux et malgré lui, par les croyances les plus contraires aux siennes, voilà beaucoup de sacrifices et bien peu de récompenses. Ainsi devient plus tentateur l’égoïsme quand il déconseille les servitudes familiales, recrute l’armée du célibat, insinue à ceux qui acceptent encore la vie conjugale d’en alléger le joug. Pourquoi l’indissolubilité du mariage, si toute l’œuvre du mariage est fragile, si les enfants appartiennent à peine au père et à la mère, si, après quelques années, rien, pas même la maison des naissances, des souvenirs, des morts et des douleurs, ne perpétue la famille? Conséquence de toutes ces fragilités, s’offre le divorce.

Le divorce, vous l’avez montré, achève de détruire la famille. L’époux et l’épouse avaient, pour seule compensation à toutes les épreuves, la douceur de créer, avec chaque vie nouvelle, une tendresse qui ne se détache plus d’eux. Ce désir est détruit par le divorce. Dès que le mari et la femme prévoient la fin volontaire de leurs liens, leur souci commence de ne pas préparer d’embarras à leur liberté future, de ne pas traîner, s’ils deviennent étrangers l’un à l’autre, les anneaux de la chaîne rompue. Les enfants seraient ces anneaux. Ils rendraient plus difficile au père de contracter une union nouvelle. Surtout ils feraient tort à la mère, car ils perpétueraient le souvenir que la jalousie masculine supporte le plus malaisément, et rappelleraient aux préten-

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dants que la femme désirée par eux a été possédée par un autre. Et dans la famille nouvelle, naufragés de la famille détruite, objets de discorde entre celui des époux auquel ils appartiennent et celui à qui ils sont étrangers, intrus pour les enfants du second mariage, les enfants d’un autre lit, orphelins d’un père ou d’une mère encore vivants, deviendraient pour tous un embarras et un reproche. Le remède est la stérilité des mariages. Plus le divorce de vient facile, plus cette stérilité devient logique. Et toutes les raisons invoquées pour le divorce concluent à l’union libre. Dans cette dernière et fugitive rencontre où l’homme et la femme ne s’attardent plus que par le caprice de leur attrait, la survenance de l’enfant n’est plus qu’une maladresse, une maladie de neuf mois qui, rendant la femme inapte au travail et au plaisir, suffit à détacher d’elle son compagnon. Cette guerre à l’enfant, jusqu’ici secrète et comme honteuse, est aujourd’hui menée au grand jour et qualifiée de légitime. Vous citez l’audace de la propagande très infâme qui répand partout, même au fond de nos campagnes, les conseils et les recettes de la stérilité volontaire. Vous nombrez les succès obtenus par cet enseignement de mort. Leçon effrayante et salutaire à la fois, car elle contraint à reconnaître que l’idolâtrie de l’égoïsme individuel a pour dernier terme la destruction de la société.

Pour prévenir cette fin, vous voulez la suppression du divorce, le mariage indissoluble, et la restauration de l’autorité paternelle. Vous demandez aux lois de ne plus corrompre les mœurs grâce auxquelles la famille durant tant de siècles fut forte et fit la France forte. Vous invitez vos contemporains à accepter les gênes imposées à l’indépendance de chacun dans l’intérêt de tous. Vous montrez que les énergies civilisatrices

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de l’homme ne sont pas les émancipations effrénées de son moi pour son plaisir, mais la discipline généreuse, le courage de s’oublier souvent, de se sacrifier parfois. Sur ces vertus, en effet, sont établies non seulement la famille, mais toutes les institutions conservatrices du genre humain, et il s’agit pour nous de rendre notre obéissance à la loi universelle du monde moral.

Mais comment imposer à notre passion de bonheur personnel ces désintéressements?

La sagesse de la terre n’a pas de réponse. La raison, tant qu’elle se borne à considérer la vie présente, ne sait pas donner tort à ceux qui, dans cette vie, songent à eux-mêmes. Seules les certitudes de l’au-delà, par la récompense promise de l’autre vie, paient tous les sacrifices demandés aux hommes dans la vie présente et concilient le désir du bonheur, qui est l’invincible instinct de notre nature, avec la loi d’holocauste qui fonde sur nos renoncements l’ordre de la société humaine. Les Français bien intentionnés et illogiques abondent "qui voient notre décadence, la voudraient arrêter, mais n’acceptent pas d’être aidés et compromis par Dieu. Vous avez le courage de n’être pas de ceux-là, vous comprenez que Dieu est ici nécessaire, car nul que lui n’a droit d’ordonner et pouvoir d’inspirer la vertu. Les croyances religieuses ont, durant des siècles, maintenu la famille : elles seules la relèveront. Et plus se révélent la diminution de notre race et les honteuses causes de sa stérilité, plus apparaît la certitude que la France redeviendra chrétienne ou ne sera plus.

Etienne Lamy.

LE

COMPLOT CONTEE LÂ FÀMILLE

La trilogie que nos pères ont longtemps considérée comme le fondement de l’ordre social, qui, à tout bien considérer, demeure la base la plus ferme de toute société organisée, on la connaît bien. Les termes en sont, chacun le sait : Religion, Propriété, Famille.

Le culte de l’une, le respect de l’autre, l’ordre indissoluble de la troisième restent, Dieu merci, dansde fort nombreuses consciences, inséparables l’un de l’autre, inséparables aussi de la conservation sociale et de la puissance nationale. Par contre, pour qui se soucie peu de sensibilitépatriotique, pour qui veut détruire la société actuelle, les digues à abattre les premières sont ainsi tout naturellement désignées ; et, depuis de trop longues années, la religion, la propriété, la famille, ont dû alfronter leurs assauts, chaque jour plus * rudes et audacieux.

La lutte religieuse n’a jamais été plus ardente et les haines, les violences, les injustices qui en sont le triste cortège n’ont jamais été plus criantes. Si l’attaque est hardie, la riposte n’est pas moins vaillante, et la défense religieuse n’a pas de spectateur plus attentif ni de soldat plus dévoué que le lecteur habituel des études parues dans la collection qui recueille ces modestes notes. Le nom même qu’elle porte : Science et

Religion, dit avec quelle ferveur le cœur de ses fidèles a confié à leur raison la défense de leur foi. Tout ce qui s’v est écrit, depuis l’origine, témoigne bien qu’à leurs yeux le peuple de France serait bien malade le jour où l’on aurait réussi à ne lui laisser d’autre Dieu que son ventre.

La garde de la propriété, elle est aussi montée par eux, avec une vigilance clairvoyante à la fois et généreuse ; ce que l’on sait d’eux, de leurs préoccupations et occupations habituelles, de l’objet constant de leurs études et de leurs écrits, autorise hautement à dire que cette nécessaire et légitime défense du principe de propriété est conçue par eux, non point du tout comme lajalouse et âpre défense de privilèges égoïstes et démodés, mais comme la solution même des plus ardus problèmes sociaux. Et, bien loin de bouder contre la réalisation de réformes sociales dont les classes dites dirigeantes auraient dû, depuis longtemps, prendrel’initiative, c’est en prétendant faciliter à tous l’accès de la propriété, c’est en cherchant les moyens de faire de tout prolétaire un plus ou moins modeste propriétaire, que, hardiment, élégamment aussi, ils s’appliquent aujourd’hui à garder la propriété.

Comment, aux honnêtes gens et aux bons citoyens, la famille ne serait-elle pas plus chère encore? Quiconque a le cœur bien attaché sent bien que, là où est la famille, là est la suprême douceur et la force suprême. Quiconque a l’amour de la patrie a le culte du foyer. Quiconque a seulement du sens commun reconnaît d’instinct que la famille est la pierre d’angle de tout l’édifice social et qu’à la desceller on risque un écroulement total. Mais bien peu de ces braves gens imaginent qu’à défendre la famille, c’est-à-dire à se défendre eux-mêmes, ils doivent éprouver beaucoup de peine... Ces courtes pages sont faites pour leur

LE COMPLOT CONTRE LA FAMILLE l£

montrer qu’ils ont affaire, cependant, à plus forte partie qu’ils ne croient.

Le mal n’est pas d’hier, mais il a pris depuis hier une acuité extrême. Si la famille est bien, ce qu’elle est en effet, l’autorité, le respect, la hiérarchie, l’esprit d’union et de sacrifice, il faut convenir qu’elle est, aux jours où nous vivonsr rudement battue en brèche, car rien de tout cela n’est aujourd’hui trop en honneur.

Depuis un siècle, tout le mouvement social semble conspirer en vue de la désorganisation même delà famille, cellule primitive de la société. Les preuves n’en sont pas à faire ni à compter, le relâchement des mœurs familiales saute véritablement aux yeux.

N’y voyons point un effet du hasard, le hasard est socialement un mot vide de sens ; marquons-y plutôt les progrès des ennemis naturels de la famille et de ses principes essentiels, reconnaissons-y l’action progressive et continue de l’individu d’une part, de l’Etat d’autre part.

Car il est infiniment curieux de devoir constater' que deux doctrines qui, habituellement, s’opposent et se combattent, qui, sur le terrain politique, et même social, paraissent si parfaitement dissemblables et incompatibles, se rencontrent ici pour unir leurs efforts contre la famille et mener de concert la guerre à la famille. Ainsi que nous allons nous efforcer de le montrer en effet, l’histoire de la guerre à la famille, c’est, tout uniment et uniquement, la constatation des envahissements, chaque jour plus téméraires, de V Individualisme d’une part, de Y Etatisme d’autre part.

Par quoi donc se caractérise le mouvement

social depuis un siècle, depuis ces dernières années surtout, sinon par une floraison maladive de l’individualisme?

Et d’abord qu’est-ce que l’individualisme?

Quelque chose, à coup sûr, d’assez malaisément définissable et qui, selon le sens où on le conçoit, peut, comme la langue d’Esope, être une fort belle ou une assez méchante chose.

S’il est le développement des libres initiatives et des libres efforts, s’il est la sage et féconde culture du « Moi », il est le plus admirable et le plus précieux moteur de notre activité, il contient en germe toute la dignité de la personne humaine. Mais s’il est ce qu’ici je veux dire, non plus la culture, mais le culte du « Moi », s’il est la priorité toujours accordée à l’intérêt particulier sur l’intérêt général, au droit sur le devoir, à la jouissance sur la vertu, son nom est lâcheté, égoïsme, stérilité, il est le pire des fléaux.

Les racines de cet individualisme, du mauvais individualisme, sont lointaines et profondes; et les causes du mouvement individualiste, qui a pris aujourd’hui son plein essor, sont multiples et diverses.

La philosophie est la première coupable, ses théories ne sont pas neuves, elles sont aussi vieilles que l’égoïsme humain; et, considérées sous cet angle, au point de vue de l’histoire des doctrines morales, les ennemis spéculatifs de la famille se peuvent ranger, l’on s’en souvient, en quatre grandes écoles.

Je voudrais bien ne pas remonter au déluge, ni me donner des airs de magister ressassant de fastidieuses humanités ; cependant ces doctrines comptent encore d’innombrables tenants aux jours mêmes que nous vivons ; et, comme tous ceux qui ont rejeté l’enseignement chrétien, et ne veulent plus entendre parler de charité ni de

sacrifice, rattachent plus ou moins leurs égoïsmes ou leurs vanités à l’une des doctrines philosophiques en cause, il faut bien que je sois autorisé à les rappeler en quelques mots.

Ce que nous voyons d’abord ce sont les théoriciens de 1’ « hédonisme », qui ramènent la vie au seul principe du plaisir. — C’est Aristippe le premier qui proclame que « la sensation du plaisir est seule désirable », que « le bien est identique au plaisir et le mal à la peine », que « la sagesse pratique consiste donc dans l’art de jouir de l’instant présent, car le présent seul est à nous ! » — C’est Hégésias ensuite qui va plus loin, et, devant la difficulté reconnue d’atteindre le bonheur, en arrive à la possibilité, presque à la nécessité du suicide, complotant, lui, non seulement contre la famille, mais contre l’espèce même. C’est Epicure enfin, dont on connaît la classification des désirs, fondement d’une doctrine qui connaît encore trop d’adeptes, et qui, tranquillement, nous \ donne son fameux conseil : « Pour ce qui concerne le mariage et la paternité, la prudence vous con- S seiile d’éviter les embarras et les soucis qu’ils entraînent. Consultez-vous bien vous-mêmes pour ! voir si vous êtes capables de supporter les incessantes querelles d’une femme acariâtre, les cris, les maladies et les mauvaises mœurs de vos enfants, en un mot tous les soucis et tous les tourments qui sont une conséquence de la famille... » Donc tenez-vous au célibat qui permet tous les plaisirs du mariage sans en avoir les inconvénients.

Après les adeptes de l’hédonisme, voici les théoriciens de la perfection et le plus fameux d’entre eux, Epictète, le stoïcien. « Souviens-toi, nous dit-il, que tu dois te comporter dans la vie comme dans un festin. — Un plat qui circule s’approche de toi, étends la main et prends modéré-

ment; s’il s’éloigne de toi, ne le retiens pas ; — sois ainsi pour le pouvoir, pour les richesses, ainsi pour ta femme, ainsi pour tes enfants, et tu seras digne du banquet des Dieux ! » Au surplus le sage vient-il à fonder une famille, son âme doit demeurer étrangère à l’union qu’il a formée. « Quelles que soient les choses qui te charment, connais-en bien la nature ; — si tu aimes un pot de terre, dis-toi bien que c’est un pot de terre que tu aimes, car s’il se casse tu n’en seras pas ému. — Quand tu embrasses ton fils ou ta femme, dis-toi bien que c’est un être humain que tu embrasses, et s’il vient à mourir, tu n’en seras pas troublé... » Individualisme pour individualisme, celui d’Epicure avait, du moins, des formes plus aimables...

En troisième lieu voici la longue théorie, s’avançant à travers les siècles, de ceux qui, depuis les sceptiques jusqu’aux nihilistes, pensent delà vie qu’elle est un accident sans principe et sans fin, une illusion vaine, l’ombre d’une ombre, que c’est donc vanité de la conserver, folie de la transmettre. Ils ne combattent même pas la famille, ils ne la connaissent pas, et leur indifférence ou leur systématique négation lui sont aussi directement nocives que les railleries ou les attaques des précédents.

Le pessimisme moderne enfin décourage et stérilise, par avance, illusions et efforts de quiconque voudrait tenter la fondation d’une famille. Léopardi, Harmann, Schopenhauer soutiennent que « la vie est une chasse où, tantôt chasseurs, tantôt chassés, les êtres se disputent les lambeaux d’une horrible curée; une histoire naturellede ladouleur qui se résume ainsi : vouloir sans motif, toujours lutter, toujours souffrir, puis mourir; et ainsi de suite dans les siècles de siècles, jusqu’à ce que notre planète s’écaille en petits morceaux. » Si une telle théorie ne conduit pas, forcément et dans

tous les cas, au suicide, elle ne mène du moins pas à la vie de famille; et Schopenhauer ne mâche point ses vérités au mariage qui n’est « qu’un triste piège que la nature nous tend », qui n’amène l’homme « qu’à perdre la moitié de ses droits et à doubler ses devoirs ».

Voilà, n’est-il pas vrai, de bien redoutables ennemis de la famille ; si leurs conclusions sont identiques, leurs principes et leurs déductions ont assez de diversité pour séduire, par quelque côté, la faiblesse ou la vanité de l’esprit humain. — Et, de fait, si nous en venons à considérer l’état actuel de la question qui nous préoccupe, ceux qui ont, depuis quelque cent ans, mené le mauvais combat contre la famille rattachent plus ou moins l’exaltation maladive de leur individualisme à l’une ou l’autre des quatre théories fondamentales que je viens de rappeler.

C’est le mouvement philosophique de la fin du xvin9 siècle; c’est, avec les Encyclopédistes et les Idéologues, l’éclosion du rationalisme, c’est l’avènement de la philosophie agnosticiste et matérialiste. Et les fruits amers de ce verger embroussaillé d’idées sont : la critique de l’autorité sous toutes ses formes, la critique des sources religieuses, la critique des sentiments religieux, la théorie de la morale naturelle; la révolte de l’individu contre une société réputée mal faite; la démolition systématique enfin de la famille, cellule élémentaire d’un organisme où tout est critiqué, où tout est à refaire, puisque tout y gêne l’expansion, seule reconnue légitime, du seul individu.

Remarquons que toutes ces idées ont eu leur répercussion dans le domaine des faits. Historiquement, ce sont elles qui ont fait la Révolution, qui du moins l’ont fait dévier de sa belle et droite route, et ont noyé les altruistes générosités de 89

sous Tindividualiste flot de sang de 93. Dans tous les mouvements révolutionnaires du siècle passé, ce sont elles qui arment le bras des combattants ; et ceux-là même qui, sous le soleil de Juillet, croient, le sourire aux lèvres, mourir pour la liberté, sont bien plutôt les glorieuses mais lamentables victimes des jalousies et des appétits individualistes.

Economiquement, les progrès et les transformations de l’industrie ont enfin puissamment activé la floraison de l’individualisme, ils ont constamment et continûment poussé l’individu dans la voie où les théories philosophiques l’avaient jeté .

Et, dès lors, l’individu nage en plein égoïsme ; on a tué dans sa conscience la notion du Divin, il n’a plus désormais que des préoccupations humaines et égotistes ; on a systématiquement voilé le ciel à ses yeux, il marche désormais comme un être diminué, les yeux fixés à terre, incapable de voir plus loin que la toute petite ombre projetée sur le sol par sa pauvre et périssable personnalité ; il ne connaît son prochain que pour le suspecter, le jalouser ou le haïr; la solidarité, qui lui est tant prêchée, n’est pratiquée par lui que dans la mesure où il espère recevoir, et il n’éprouve aucune joie à donner, surtout à se donner; il ne connaît plus cette adorable merveille qu’est la charité chrétienne — tellement plus haute et plus belle que la simple justice, puisque, cette justice, il la doit à tous, même à ses ennemis, tandis que, par la charité, même ses ennemis doivent lui devenir chers — hélas ! la justice même, il ne la pratique envers les autres que pour la pouvoir plus âprement réclamer pour lui-même,..

Et voilà ce qu’est l’individualisme malsain, premier élément de dissociation familiale ; voilà à quelle tristesse, à quelle stérilité, à quelle misère il aboutit. L’arbre est tout en germe dans la graine; il n’était donc pas inutile de fixer un

instant nos regards sur la mauvaise semence d’où sont issus de si grands maux !

Nous venons de voir les causes essentielles de l’individualisme.

Quels en sont maintenant les principaux caractères? — Deux traits élémentaires doivent suffire à les fixer : besoin d’affranchissement et besoin de bien-être.

Le culte égoïste et exclusif du « moi » aboutit, quasi nécessairement, à l’horreur de tout ce qui est une prohibition, une prescription, une simple gêne ; à la haine de toute espèce de joug, surtout moral ; au reniement de toute tradition, à l’affranchissement de toute règle. — Comme la famille est discipline, ordre, respect, la famille est l’ennemie ; et ce besoin maladif, excessif, presqu’universel, d’affranchissement est le plus puissant moteur, l’élément le plus actif du complot contre la famille.

Le besoin du bien-être, ou, comme dit le jargon électoral, du « mieux-être », ne s’est pas moins exaspéré depuis un demi-siècle. — On n’entend

Earler que du droit au bonheur, du droit à la eauté, du droit au plaisir. — On désaffecte les couvents et les séminaires et l’on va fermer les églises; mais on ouvre des théâtres populaires et des palais du peuple. Dieu nous garde de trouver mauvais qu’on veuille orner l’esprit du prolétaire et le convier à des fêtes d’Art où le Beau lui est révélé; mais pourquoi ne lui prêche-t-on plus autant le Bien ? pourquoi ne lui dit-on plus autant le Vrai, à savoir qu’il n’est point de droit sans

devoir corrélatif? Il semble, en vérité, aujourd’hui, que le seul devoir soit de travailler le moins possible, de jouir le plus possible, et pour cela de trouver bons tous les moyens offerts !

« Le caractère particulier du monde moderne, disait Stuart Mill, c’est que l’homme ne naît plus à la place qu’il occupera dans la vie, qu’il n’y est plus enchaîné par un lien indissoluble, mais qu’il est libre d’employer ses facultés et les chances favorables qu’il peut rencontrer, à se procurer le sort qui lui semble le plus désirable. » Certes voilà qui n’est point sans beauté ni sans grandeur, puisqu’en ces quelques lignes est enclos l’idéal même de notre moderne démocratie ; mais, au point de vue qui nous occupe, cet idéal n’est pas non plus sans danger pour les âmes mal trempées ou médiocrement généreuses. Car, avec cette égalité des plus modestes aux plus hautesdestinées, si les hommes de haute qualité morale trouvent, dans la fondation, l’entretien et l’élévation d’une famille, un stimulant de plus, les autres, qui sont légion, n’y sauraient voir qu’une gêne et un poids mort. Pour brûler les étapes dans leur course au « mieux-être », ils ne se soucient point, ceux-là, de s’embarrasser de femme ni d’enfants. Et c’est de la sorte que cet universel et bien moderne besoin de jouissance complote aussi directement contre la famille.

Besoin d’affranchissement, besoin de bien-être, tels sont donc les traits caractéristiques du mauvais individualisme moderne. Comme nous sommes loin de la traditionnelle et forte trilogie chère à nos pères! «Religion, propriété, famille, »disaientils ? « L’individu tout seul, » leur répondons-nous ! Leur traditionalisme sage asseyait la pyramide sociale largement et solidement sur sa triple base. Notre individualisme fou la met en équilibre sur sa pointe. N’v a-t-il pas, désormais, plus de risques

?u’elle ne se renverse, et qu’elle ne nous écrase ? I faut être ou un insensé, ou un imbécile, ou l’un et l’autre, un politicien, pour ne pas en convenir.

Est-il besoin d’ailleurs de faire remarquer que, si cet individualisme ainsi exaspéré nuit directement à la famille, il trouve en lui-même son châtiment et ne parvient jamais à satisfaire même l’individu?

Avec cette conception hédoniste de l’existence, avec cette tendance à faire de la recherche du bien-être la fin même de la vie, l’homme en arrive fatalement à courir après la jouissance, sans jamais s’en rassasier, hélas! sans presque jamais l’atteindre. Quand il la saisit, par hasard, à peine a-t-il eu le temps de la goûter, qu’il est déjà blasé, qu’il en souhaite une autre, plus forte et plus neuve, dont il se dégoûtera tout aussi vite. Qui donc oserait soutenir qu’il soit, tout compte fait, un peu plus heureux qu’autrefois ? qui donc niera qu’il soit beaucoup plus nerveux, beaucoup plus inquiet? La criminalité augmente (elle a triplé depuis cinquante ans), les suicides se multiplient (il y en avait 3.000 en 1850, il y en a près de 10.000 en 1900); le mauvais individualisme détruit la discipline, l’ordre et la beauté de la vie, il en affadit la saveur, il va jusqu’à tuer la raison même de vivre.

Et alors l’individu, défendu, malgré tout, contre l’obsession du suicide par l’instinct de l’espèce, î cherche, autour de lui, quelque appui.

L’esprit de famille est mort en lui, il ne songe donc pas à fonder un foyer, c’est-à-dire à s’enraciner, à croître et à fructifier ; comme il tend, de plus en plus violemment, à ce qu’il appelle son affranchissement, il commet, pour y parvenir, la folie suprême : il fait appel à l’Etat^; et, tombant de Charvbde en Scylla, de V Individualisme descend à Y Etatisme. "

Nous avouons détester plus encore celui-ci que celui-là. L’un a du moins la noblesse de l’initiative et la fierté du libre effort, l’autre est tout uniment stérile, décourageant et lâche, il est l’abdication de la conscience, et la désertion de la volonté, il est l’aboutissant inévitable de la conspiration menée contre nos plus anciennes et nos meilleures traditions nationales, il est, si l’on n’y prend garde, la fin de la race.

Quand il est empoisonné par l’Etatisme, quand il en est tombé à ce point que tout labeur et tout effort individuel l’ont lassé par avance, que le sentiment de la dignité et de la liberté personnelles lui est devenu étranger ou indifférent, le citoyen fait un appel si pressant et si répété à l’intervention de l’Etat qu’il en arrive, peu à peu, à ne se soustraire à un joug, le plus souvent moral, que pour se plier à un joug matériel beaucoup plus dur. Il ne s’évade de l’idéaliste domaine de la Religion et de la morale que pour se mettre , sous le matérialiste empire de l’Etat. Il déteste la contrainte morale de l’Eglise, mais il accepte, il recherche même le servage étatiste de l’administration gouvernementale, ou de l’officieuse organisation des loges ; il ne demande plus l’absolution à son curé, mais c’est à son « délégué » que, désormais il va demander des indulgences...

Il ne veut plus des charges ni de la discipline de la famille, où il est cependant le maître, responsable, mais souverain ; par contre, il subit, il appelle même la tyrannie de l’officiel syndicat rouge où il est l’esclave anonyme, irresponsable, quasi inconscient. Nous dénonçons ici la plus forte

aberration que l’esprit national ait jamais connue; et contre cette marée de l’insolent Etatisme nous n’élèverons jamais de digues assez robustes, car tout ce qui faisait la richesse, la fierté, la liberté, la vertu de l’âme française menace par là d’être submergé.

Dans cette guerre contre la famille qui sollicite plus spécialement nos attentions, ces prétentions de l’Etatisme à l’ingérence universelle et à l’omnipotence devaient être dénoncées comme souverainement périlleuses. Car, non seulement il est vrai de dire que, moins l’Etat aura d’attributions, plus les citoyens auront de libertés, mais encore il est loisible d’affirmer que plus l’Etat s’arrogera de droits et- moins il en laissera à la famille.

Un exemple entre mille doit suffire à prouver cette assertion, exemple plus spécialement familier aux parents conscients de leurs devoirs et soucieux de leurs droits, puisque le problème de l’enseignement est sans nul doute celui qui les inquiète le plus, celui où l’Etatisme affirme le plus insolemment ses prétentions, directement dressées contre eux et contre leurs libertés. Et sans nul doute aussi l’Etatisme doit leur paraître là plus odieux que partout ailleurs, puisque, ce qu’il prétend leur prendre, c’est l’esprit même et la conscience de leurs enfants. Comment ne pas avouer qu’il est ainsi le pire ennemi de la famille? Et quel est le père, quelle est surtout la mère, qui ne le détestera point, cet Etatisme-là?

Que l’on veuille bien réfléchir, en outre, que l’Etatisme n’est qu’une étape vers le socialisme intégral. Or le socialisme, il ne s’en cache pas, n’a cure de la famille traditionnelle. Ennemi déclaré de la propriété, qui suppose l’initiative, la dignité et l’effort individuels, en même temps que

l’ordre et la hiérarchie, comme il est l’ennemi de la religion qui enseigne la résignation et le sacrifice, il ne peut aimer d’une extrême tendresse ce qui ne s’édifie que par le patient effort, l’ordre discipliné et l’émulation dans le sacrifice, il ne peut tendre qu’à détruire le foyer familial. Il cherche, pour établir le règne souverain de l’Etat, à isoler chaque jour davantage l’individu de la famille. On n’aura donc pas de peine à admettre que, de la conception absolutiste de l’Etat moderne, la famille moderne ait tout à redouter, et que, dans cette lutte pro avis et focis qu’il nous faut mener sous peine d’irrémédiable déchéance, dans cette guerre à la famille dont nous venons de tenter de rappeler les origines et les caractères essentiels, l’Etatisme soit peut-être l’ennemi le plus rude à combattre.

S’il est permis, avant de poursuivre, de récapituler sommairement la première partie de cette modeste étude, on voudra bien se rappeler que nous avons sommairement défini, d’une part l 'individualisme, ses causes, ses caractères, ses erreurs ; d’autre part Y Etatisme, ses ambitions et ses dangers.

Il faut que nous voyions maintenant cle quelle maniéré ces deux facteurs, l’individu et l’Etat, ont conspiré contre la famille, et quelles manifestations, sociales ou morales, se présentent à nos yeux, du complot qu’ils ont noué dès longtemps et qu’ils continuent de mener contre elle.

Besoin d’affranchissement individuel — soif de jouissance — appel en toute circonstance à la tutelle de l’Etat — nous allons voir que les effets,

si directement déprimants pour la famille, de ces trois causes primordiales, se sont exercés ou s’exercent, soit simultanément par action directe ou réflexe, soit séparément, sur l’homme, sur la femme et sur l’enfant, et qu’en définitive tous les coups portés à l’une ou l’autre des trois parties en cause retombent indistinctement et fatalement sur la famille.

Il va sans dire que dans cette revue, menée tambour battant — car les limites de cette étude sont par définition fort étroites — nous ne pourrons que signaler au passage les plus considérables ou les plus désolantes parmi les ruines déjà consommées. Devant chacune d’elles il faudrait s’arrêter, car chacune mérite de longues réflexions. Ces réflexions s’imposeront d’elles-mêmes à la sagacité du lecteur, nous voudrions seulement les suggérer ici et les indiquer comme sans doute les plus urgentes de l’heure actuelle.

Ce que nous constatons tout d’abord, c’est le déclin de V autorité paternelle amenant inéluctablement le relâchement du lien familial et la dissociation de la famille.

Si l’étymologie n’est pas un vain mot, quand nous nous demandons à qui doit revenir, en tout premier lieu, l’autorité sur les enfants, elle nous répond que c’est à leur auteur. Autorité, auteur : il ne devrait pas manquer d’exister entre les idées et les mots la plus étroite liaison. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de constater que la liaison, si elle existe encore, est de nos jours singulièrement relâchée !

Cette autorité du père de famille fut jadis absolue, sans limite, sans réserve, sans contrôle, c’est-à-dire tout à fait excessive ; elle est aujourd’hui limitée de toutes parts, contrôlée en tous points, contrecarrée de toutes manières, et c’est l’excès contraire !

Dans la Rome ancienne, le père était souverain absolu à son foyer, il y était le maître de la vie et de la mort de tous ceux qui l’habitaient, et la loi civile ne pouvait franchir le seuil de sa demeure ; l’enfant, en particulier, était la propriété de son père, il ne possédait rien en propre tant que son père vivait, il ne se possédait pas lui-même et pouvait être livré ou vendu comme une tête de bétail ou d’esclave... Personne ne saurait souhaiter la résurrection d’un pareil régime, et, comme toutes les autocraties, l’autocratie paternelle n’a plus sa place dans le monde moderne.

Elle a d’ailleurs, au cours de notre histoire, été battue en brèche par d’autres autocraties. Si, dans la France médiévale, l’absolue rigueur du droit d’aînesse, par exemple, le bras séculier mis en toute occasion à la disposition du pouvoir paternel, tant d’autres traits de lois ou de mœurs que nous pourrions citer, témoignent que le père de famille était alors, comme lë capitaine d’un navire, après Dieu maître à son bord, par contre, depuis Charles VII jusqu’à Louis XIV, timidement d’abord, résolument ensuite, oppressivement enfin, l’intervention royale ou étatiste se manifesta, restreignant la liberté du père et mutilant son autorité. Fénelon ne craint pas de faire dire à son Mentor que « les enfants appartiennent moins à leurs parents qu’à la République ». Louis XIV promulgue le monstrueux édit qui arrache les enfants protestants à leurs parents, lesquels « se trouvant engagés dans l’hérésie, ne pourraient faire qu’un mauvais usage de l’autorité que la nature leur donne pour l’éducation de leurs enfants ».

Le libéralisme de la Révolution à son aurore remet, théoriquement, toute chose à sa place, et les rênes du gouvernement familial entre les mains du père de famille; le jacobinisme de la

Terreur guillotine la liberté et l’autorité du père. L’histoire du dix-neuvième siècle est celle d’une lutte longue et acharnée, non point pour ressusciter cette liberté et cette autorité meurtries, mais pour les confisquer au profit des partis et des régimes successivement au pouvoir. Et c’est ainsi que nous arrivons au temps même où nous sommes et qui marque le déclin presque fatal d’une autorité tout à fait nécessaire.

Ce sont les moeurs, beaucoup plus que les lois, qui sont responsables de ce déclin; les lois cependant ont enregistré les reculs successifs de la puissance paternelle. Quelques-unes, disons-le tout net, sont acceptables et sages, et rien n’est plus judicieux que les nombreux textes qui, suivant les mœurs et s’y adaptant, se sont successivementintroduitsdansnos codes pour y apporter plus de douceur et de justice.

Toute une série de lois sur l’organisation des Caisses d’épargne, sur les assurances, sur les mutualités, autorisent les mineurs à entrer dans ces sociétés, à y verser ou à en retirer des fonds sans l’autorisation des parents. La législation nouvelle du travail, protégeant l’enfant contre la rapacité de certains patrons, le défend aussi contre la rudesse trop intéressée de certains parents. La simplification des formalités du mariage et la possibilité d’enfreindre le veto paternel ont souvent fourni à la liberté individuelle un refuge bienfaisant contre des abus d’autorité ou des erreurs injustifiées. La loi de 89 enfin prononce la déchéance de la puissance paternelle venant s’ajouter aux peines qui frappent les parents indignes ou coupables; les parents frappés de certaines condamnations de droit commun ou de droit criminel, convaincus d’inconduite ou d’ivrognerie habituelles, sont radicalement, et presque toujours irrévocablement, déchus de leur

autorité et privés de tous droits sur leurs enfants.

Toutes ces lois témoignent que le père et la mère ne sont plus aujourd’hui des maîtres absolus, que l’autorité paternelle n’est plus un pouvoir autocratique ; voilà le fait contre lequel rien ne saurait prévaloir, contre lequel, avouons-le, il est inutile et serait déraisonnable d’élever des protestations ou de formuler des regrets.

Mais réglementation n’est pas abolition, limitation n’est pas suppression, et il n’aurait pas dû être permis d’aller plus loin.

A cet égard, l’ensemble des lois, des décrets et des ordonnances qui constituent les « lois scolaires » de la troisième République, a gravement entamé le pouvoir du père de famille. C’était pourtant une grande oeuvre que celle qui prétendait répandre parmi les enfants du peuple l’inégalable bienfait de l’instruction ; mais cette œuvre ne saurait mériter notre reconnaissance et notre admiration que dans la mesure où elle a respectélaliberté des citoyens, les convictions et la volonté du père de famille. Il peut se faire que la neutralité parfaite fût une utopie, et que ce fût trop demander à l’instituteur que d’oublier absolument, dans sa chaire, ses sympathies d’homme privé, ses convictions ou même ses préjugés ; mais véritablement il a trop oublié les uns et les autres, et c’est une intolérable meurtrissure qu’il a infligée à l’autorité paternelle chaque fois qu’il a directement combattu à l’école l’enseignement que l’enfant recevait au foyer. Hélas! il ne s’en est pas fait faute !

Et ce qui, sur ce terrain, a été fait jusqu’à présent, n’est rien à côté de ce qu’on médite de faire. — Exproprier complètement les parents, faire donner par l’Etat un enseignement obligatoire et uniforme, promulguant des dogmes laïques et une vérité officielle, lui remettre par

surcroît le soin de l’éducation auquel il est essentiellement impropre, voilà ce qui est en germe dans les projets imminents sur l’enseignement public. — C’est la négation même et la définitive destruction de l’autorité paternelle.

Nous nous sommes plus spécialement attachés à cette question de l’enseignement, parce que d’une part elle est tristement actuelle, parce que tout l’homme est d’autre part en germe dans l’enfant, et que la France de demain est fondue tout entière au creuset de l’Ecole d’aujourd’hui. Il ne serait pas plus difficile de suivre sur d’autres terrains les assauts livrés au pouvoir paternel, nous croyons superflu d’y retenir l’attention du lecteur, l’exemple choisi est assurément de tous le plus frappant.

Les lois d’ailleurs ne seraient pas ce qu’elles sont ou ce qu’elles vont être si les moeurs ne leur avaient frayé le chemin, et ces moeurs décèlent un véritable relâchement du lien familial. L’on a imaginé, depuis quelques années, de nous rebattre les oreilles avec cette fausse nouveauté, cette exhumation maquillée, qui s’appelle la revendication des « Droits de l’Enfant ». Comme si ces droits n’avaient pas, depuis seize siècles, été reconnus, définis et proclamés par Celle-là même contre qui l’on fait mine de les revendiquer aujourd’hui ! Comme si l’Eglise catholique, recueillant dans son manteau l’enfant païen abandonné nu aux bêtes, n’avait pas la première prouvé, à la fois, qu’elle reconnaissait ce fameux droit de l’enfant et qu’elle en précisait la vraie nature, en montrant, par son geste même, que ce droit était, sans plus ni moins, le «droit à la vie». Sous prétexte de «droit à la vérité», les puissants du jour, ne comprenant pas ou ne voulant pas comprendre qu’ils diminuent et décapitent les vrais droits de l’enfant, courent joyeusement le risque

de faire de l’enfant un rebelle et de le dresser en révolté contre la légitime autorité de ses père et mère. De même que le socialiste Fournière, instruisant le procès de ses coreligionnaires, avait naguère le courage de dire : « Nous ne nous sommes pas attachés à instruire les ouvriers, mais à les mécontenter et à les surexciter. Nous n’avons pas voulu leur apprendre à se conduire euxmêmes, mais prétendu lesconduire...»demêmeles théoriciens du jacobinisme enseignant devraient faire leur meâ-culpâ, et de même, devant l’accroissement de la criminalité générale, devant l’invasion de la rue par des apaches en herbe, devant le véritable anarchisme qui ravage les cerveaux des enfants du peuple et qui arment leurs bras, ils devraient comprendre la criminelle folie qu’ils ont commise en laissant les instituteurs ne pas s’attacher à instruire les enfants, mais bien à les mécontenter et à les surexciter. Les droits de l’enfant n’existent point si on ne leur enseigne, en même temps, les devoirs corrélatifs. En négligeant l’enseignement de ces devoirs, en laissant s’affaiblir au sein même de la famille, là où elles sont le plus indispensables, ces notions du devoir, de la discipline, de la hiérarchie, du respect y qui paraissent, hélas ! n’avoir plus leur place dans la société contemporaine, en détruisant l’autorité paternelle en un mot, on a descellé les fondations de lamaisoncommune,etdésormais tous les écroulements sont possibles.

Le Féminisme doit être maintenant évoqué, ou plutôt ses erreurs et ses excès, qui peuvent sans

nul cloute faire beaucoup de mal à la famille.

Ici, il convient de s’entendre, et, si les revendications féministes savent demeurer raisonnables, de ne pas plus les détester que les trop exalter, de ne surtout pas les combattre par des arguments de vénusté qui seraient assez déplacés et ridicules.

Rien de moins sérieux en effet que le raisonnement qui dénonce un crime de lèse-nature et de lèse- beauté à la charge de quiconque prétendrait viriliser un être tout de grâce, de faiblesse et de charme. La grâce et la beauté ne sont pas dévolues à toutes ; chez aucune, elles ne durent aussi longtemps que la vie et ses difficultés; et, dans tous les cas, nul ne saurait trouver mauvais que tant de faiblesse cherche à s’armer un peu contre tant de duretés, et que la poésie un peu naïve des contempteurs du féminisme n’apparaisse, aux prudentes féministes, comme tout à fait niaise devant cette prose assez rude qu’est trop souvent la vie.

Aussi ne nous étonnons point des ambitions féministes et reconnaissons leur part très réelle de légitimité. Constatons aussi leur extrême vitalité au cours du siècle.

Depuis la déclaration des droits de la femme portée à la Constituante par Olympe de Gouges, depuis les étonnantes aventures de Théroigne de Méricourt et de Rose Lacombe, depuis les clubs révolutionnaires féminins, les émancipatrices du sexe dit faible n’ont point cessé d’agir (1). En

(1) 1789-93. — Nombreuses sont les réunions de femmes revendiquant les droits politiques. — Nombreux Clubs de femmes révolutionnaires : « Société des femmes républicaines et révolutionnaires. » — « Les Amies de la Constitution », etc...

Id. — Mme Keraglio fonde le Journal de l'Etat et du Citoyen (féministe).

9 brumaire. — La Convention interdit les Clubs de femmes.

France, en Angleterre, en Suède, aux Etats-Unis, elles ont réclamé l’égalité civique et politique ; heureusement pour nous, elles ont évolué, et les temps ne sont plus où l’on applaudissait Elisa Farnham écrivant que les « hommes, race gros- j sière et brutale d’usurpateurs, doivent céder la domination aux femmes, parce que les femmes sont plus parfaites que les hommes, et parce que, en somme, la femme est à l’homme ce que l’homme est au gorille ». Cela, c’était le féminisme intégral ! Il a fait son temps, et, après avoir beaucoup nui à la cause, a cédé la place aux possibilistes, aux opportunistes, aux centres, gauche ou droit, du féminisme, qui ont fort heureusement réussi à montrer ce qu’il y avait d’absurde et d’injuste dans la situation humiliée que

1830. — Reprise du mouvement féministe. Les théories Saint- ! Simoniennes ; le Socialisme. — Le roman de G. Sand.

1836. — Mme Poutret de Mauchamps fonde la Gazette des Femmes. — Janin, Chateaubriand, Laboulaye sont partisans de l'émancipation. A cette époque, pétition à Louis-Philippe pour obtenir le suffrage politique des femmes. ( La condition civile et politique des femmes, de Laboulaye. — L’histoire morale des femmes de 1 ‘Legouvé).

1848-51. — Deux tentatives sans succès pour obtenir l'électorat politique (avec V. Considérant).

Fourier (en 1848) et P. Leroux (en 1851).

Féministes de cette date : Jeanne Deroin, Eugénie Niboyet, Flore Tristan ; elles fondent des Sociétés et des journaux tels que : La , Politique des Femmes, l’Opinion, la Voix de la Femme, etc...

Fondation des sociétés: les Icariennes, les Vésuviennes, les Bloomeristes, — toute une littérature et beaucoup de caricatures.

Deuxième Empire. — Maria Deraismes et Louise Michel très actives à partir de 1869.

1872. — Mlle Danbé crée l’Association pour l'émancipation progressive des femmes.

1876. — Fondation de la Société pour « l'Amélioration du sort de la Femme », par Mme Deraismes, Mme Griess-Trant, Mlle Hubertiue, Auclerc. — Mme Cheliga Lœwy fonde l'Union universelle des femmes. — Mme Vincent : l’Egalité. — Mme Potonié-Pierre : la Solidarité.

1878. — Premier Congrès féministe, sous la présidence de Léon , Richer.

1880. — Adhésion de E. de Girardin (« I’Egale de l’homme »), puis de Dumas (« les Femmes qui tuent et les Femmes qui votent »).

Depuis, toutes sortes de pétitions à la Chambre et au Sénat, et un mouvement d'opinion irrésistible, en même temps que l’accession de plus en plus nombreuse des femmes aux carrières libérales.

la loi de l’homme faisait à une compagne à la fois très choyée et un peu dédaignée.

Le Féminisme sage et progressif, soutenu par un nombre toujours croissant de groupes féminins (1) et par toute une littérature, a aujourd’hui triomphé, et tous les bons esprits s’en réjouissent. Mais qu’il n’abuse pas de son triomphe ! S’il ne savait modérer ses ambitions, c’est la famille, en effet, qui devrait en pâtir la première.

S’il est excellent, par exemple, que le mouvement législatif tende aujourd’hui à donner à la femme une participation de plus en plus active et une liberté de plus en plus grande dans l’adminjstration des biens de la communauté conjugale, il serait par contre déplorable pour la -famille que la gestion de sa fortune fût confiée à

(1) Principales Sociétés et Publications féminines:

« Société pour l’amélioration de la femme. » — 1880. —

Mme Deraismes.

« Ligue pour le droit des femmes. » — 1882. — Mme Pognon.

« Union nouvelle des femmes. » — 1890. — Mme Cheliga-Lœvy.

« Solidarité. » — 1891. — Mme Potonié-Pierre.

« La Femme Chrétienne. » — 189G. — Mlle Maugeret.

« L’Avant-Courrière. » — 1896. — Duchesse d’Uzès.

« L’Egalité. » — 1896. — Mme Vincent.

— Journal La Fronde. — 1897. — Mme Durand de Valfère.

La Femme contemporaine, 1902, revue internationale des intérêts féminins. — On connaît les groupements féminins, si admirablement multipliés en ces dernières années, qui concourent tous au relèvement social et moral du pays, et qui, dans la guerre à la famille, repoussent, vaillamment toujours, victorieusement parfois, les assauts de l'individualisme, du matérialisme, de l’Etatisme, du socialisme et de tous les ennemis de la famille.

L'Union Familiale (Mlle Gahéry.)

La Ligue sociale d'Acheteurs (Mmes Klobb, Brincard, de Contenson, Brunhes).

La Protection de la Jeune Fille (Mme de Montenach, Mme Déglin, Mme Bérenger).

L’Action sociale de la Femme (Mme Chenu).

L’Ecole Ménagère (comtesse de Diesbach).

Le Syndicat de l’Aiguille (marquise de Saint-Chamans).

Le Travail au Foyer (Mlle de Marmier).

Le Foyer (Mme Thome).

La Presse pour Tous (Mme Boursier).

L’Union Mutualiste des Françaises (comtesse de Kersaint).

L’Œuvre des CoDgrès Jeanne d'Arc (Mlle Maugeret), etc...

(Voir le livre Françaises, publié par l'Action Populaire de Reims).

des époux qui, dans une mesure quelconque, ne fussent plus, pour le moins, des « associés ».

S’il est légitime que la femme travaille et par son travail contribue à l’entretien de la famille, il serait fâcheux que le foyer fût absolument déserté pour l’atelier. Il v a aujourd’hui en France, six millions de femmes qui travaillent hors de chez elles ; est-il bien sûr que ce labeur extra-familial ait, au point de vue des intérêts de la communauté, le rendement maximum?

La différence de salaire entre l’homme et la femme peut être une injustice, elle est un fait, et un fait fâcheux pour la famille, car elle provoque rabaissement des salaires, avive la concurrence entre la main-d’œuvre féminine et la main-d’œuvre masculine et remplace par la femme, que l’on paie moins cher et qui déserte le foyer,, l’homme que l’on payait davantage et qui ne déserte pas le cabaret.

Un puissant syndicat mixte de Roubaix a démontré, preuves et chiffres en mains, qu’une mère de deux enfants servait mieux les intérêts des siens en demeurant chez elle qu’en allant à l’usine, l’économie de la ménagère compensant et au delà le salaire de l’ouvrière ; et de fait, d’un consentement unanime, dès son deuxième enfant, chaque ouvrière roubaisienne quitte l’atelier pour n’y plus revenir. Voilà de sage et fécond féminisme.

De même tout est à louer dans l’action féministe qui tend à obliger l’ouvrière enceinte à quitter l’atelier un temps suffisant avant de devenir mère (1) et à ne le réintégrer que suffisamment

(1) Le surmenage de la mère cause très fréquemment l’atrophie des enfants et leur mort prématurée.

D'un rapport du professeur Picard, nous extrayons les chiffres suivants : Poids moyen, à leur naissance, de 500 enfants dont les mères avaient:

1* travaillé jusqu’au moment de l'accouchement . 3.010 gr.

2* séjourné à l’hôpital de dix jours à un mois avant

l'accouchement . 3.220 gr.

3* séjourné à la clinique au moins deux mois avant l'accouchement . 3.366 gr.

longtemps après la naissance de l’enfant, tout en lui procurant pendant ce temps de chômage des secours dus soit à l’assistance publique (1), soit à l’organisation rationnelle de la générosité privée (2).

Tout à fait dignes d’admiration sont aussi les efforts des groupements féminins tendant à prodiguer les encouragements au mariage. Si, en effet, la rude inégalité des dons de la nature n’a ^ pas créé que des Circés, elle a pourtant, permis à toutes les femmes, ou à presque toutes, de devenir des Aurélies ; la nécessité où sont la plupart des femmes de gagner le pain quotidien n’implique aucunement le célibat, quoi qu’en puissent dire les outrancières du féminisme ; et la fonction naturelle de la femme demeure toujours la maternité. Louons donc grandement les sociétés qui, comme celle de «Saint-François Régis », facilitent et régularisent le mariage des pauvres, les ligues qui poursuivent la simplification des formalités du mariage et la diminution des frais qu’il entraîne, les groupements qui, à l’exemple de la « Société du mariage civil » et de 1’ « Union » comptent par milliers les légitimations qu’ils ont poursuivies et obtenues.

Ne cherchons point d’autres exemples. Ceux

Poids moyens en grammes, au jour de la naissance, d'enfants dont les mères étaient dans les conditions ci-après définies:

Primipares Pluripares

Femmes ayant travaillé debout jusqu'à la

fin de la grossesse . . . 2.931 gr. 3.116 gr.

Femmes ayant travaillé assises . 3.097 gr. 3.303 gr.

Femmes s’étant reposées deux mois . 3.291 gr. 3.457 gr.

(1) Proposition de loi Constant Dulau, sur la protection de la mère et du nouveau-né.

Lois Roussel-Straus-Piot, etc., sur la protection des mères de famille.

(2) Assistance maternelle à domicile (Briey-Salins-Longwy, etc.» Secours à domicile. Refuges, ouvroirs, etc.

qui précèdent montrent assez que c’est au féminisme sage qu’il faut en appeler des erreurs ou des excès du féminisme outrancier. Et, puisque c’est plus spécialement la famille qui nous occupe ici, ce sont les femmes elles-mêmes qui doivent défendre la famille contre les abus du féminisme, contre une concurrence imprudente qui avilit ou supprime le salaire masculin, contre l’infécondité qu’amène la mauvaise hygiène ou la dure vie de l’atelier, contre l’abandon du foyer par la mère, c’est-à-dire l’extinction dans le* ciel familial du soleil qui réchauffe et éclaire, contre le peu de vocation, le dégoût même pour la création d’une famille, contre les habitudes ou les manies de célibataire, contre l’envahissement du troisième sexe, du fameux sexe neutre, qui, on l’avouera, et par définition même, entre bien pour sa part dans

En résumé, s’il est un bon féminisme, s’il est des initiatives féminines admirablement fécondes, la raison même de cette bonté et de cette fécondité est, toujours et partout, la famille, leur objectif unique doit être le bien de la famille. — Hors de là, tout est vain, tout est dangereux. — «Plus les femmes voudront nous ressembler, disait Rousseau, moins elles nous gouverneront ; et c’est alors que nous serons vraiment les maîtres. » En vérité, s’agit-il donc de préséance ou seulement d’égalité ? qu’importe donc que l’un ou l’autre soit le maître ? la question, n’en déplaise aux « suffragettes », n’est pas du tout là. Le féminisme est mauvais ou bon, selon qu’il nuit à la famille ou selon qu’il la sert ; le critérium doit être infaillible ; et, si d’aventure il ne l’était pas en tout cas, si parfois la raison de l’homme hésitait, le cœur de la femme, lui, ne s’v tromperait pas, et ce serait bien là, en définitive, la plus belle victoire du féminisme !

— Après le féminisme, le divorce.

Là encore, il n’y a que l’embarras du choix pour dénombrer les plaies faites à la famille par ce qu’un récent délégué à la guerre appelait l’une des institutions fondamentales de sa République.

Les progrès de la philosophie rationaliste,

Eoussant l’individu à la recherche du seul boneur, devaient en arriver à ne reconnaître dans le mariage qu’un simple contrat toujours révocable.

L’affaiblissement des idées religieuses y devait aider puissamment ; et, de fait, la fortune du divorce a toujours été liée en France aux fluctuations du sentiment religieux. Comme ce dernier apparaît en ce moment assez languissant, le divorce fleurit à proportion. En 1886, il y avait 3.000 divorces, en 1900, il y en eut 7.000, il y en a, en 1906, plus de 10.000 ; on voit avec quelle rapidité et quelle progressivité le mouvement s’est précipité.

Rien ne saurait être plus topique à cet égard que le tableau (1), donnant la statistique des séparations de corps et des divorces au cours des cinquante dernières années.

Il y a cinquante ans, la rupture, alors réparable, du lien conjugal ne se reproduisait que 1.500 fois au cours d’une année ; l’année dernière ce lien se rompait plus de douze mille fois, soit huit fois plus. Est-il très inexact ou très injuste de pré-

(1) Extrait du livre de M. Paul Bureau, La Crise morale des temps nouveaux. ( Voir page 38.)

tendre que la moralité publique a baissé d’autant et la famille française souffert d’autant?

Tout a été dit sur la condition lamentable des

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