‹ Le complot contre la familleChapitre 2 sur 3 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

Séparations de corps Affaires jugées.

Divorces enregistrés à l’état civil

Totaux des divorces et séparations de corps

1861-65 . If

(lJLe nombre des séparations de corps n'a pas été relevé depuis

Le divorce est fréquent surtout dans les grandes villes :

En 1900 : 2.618 divorces dans la Seine, dont 1.891 à Paris.

Fréquent surtout dans le monde ouvrier:

enfants de divorcés ; la seule année 1906 qui, à Paris seulement, a vu jeter au vent les cendres de 1.891 foyers éteints, a précipité sur cette misère, pire que le pavé de la rue, plus de 3.000 petits parisiens.

Comment, en dehors de toute question de dogme et de toute préoccupation confessionnelle, ne pas admirer, devant des constatations aussi désolantes, la sagesse du livre évangélique qui, affirmant l’indissolubilité du lien conjugal, se révèle, là mieux que nulle part ailleurs, le plus merveilleux et le plus sage des codes sociaux que l’humanité ait jamais connus !

Si l’on s’en était tenu à ce que le législateur laïque avait voulu, c’est-à-dire à dénouer, pour le moins mal, des situations par ailleurs inextricables, et à ne séparer qu’à la faveur d’exceptions rares et dûment motivées ce que les plus solennels des serments ont uni, le divorce, serait demeuré toujours inadmissible et injustifiable en son principe, mais il eût été difficile et exceptionnel, entouré de garanties sévères, et, de la sorte, désordre moral en tout cas impardonnable, il eût pu être une plaie sociale moins maligne et moins profonde.

On ne peut oublier qu’au cours des débats de 1884, fut maintes fois répétée cette affirmation qu’il s’agissait seulement de liquider d’anciennes

1885 : 889 divorces dans la classe ouvrière ; 1893 : 3.989 ; 1900 : 4.974. Le divorce tend à s'accroître dans la population rurale où jusqu'à ces derniers temps on ne s'en servait guère.

1885 : 242 divorces dans la campagne: 1893: 667; 1900 : plus de

La proportion des ménages divorcés ayant des enfants est à peu près constamment des trois cinquièmes.

Les deux tiers des divorces sont intentés par la femme, un tiers seulement par le mari.

Les conversions de séparations de corps en divorces ont décuplé depuis quinze ans : et le nombre des séparations n'a diminué que d'un tiers depuis l’intronisation du divorce dans la loi et les mœurs.

querelles conjugales, mais que le nombre des divorces diminuerait quelques années après la promulgation de la loi, qu’il ne saurait en aucun cas dépasser celui qu’atteignaient jusquelà les séparations de corps. Et beaucoup de législateurs se laissèrent prendre à cette fallacieuse assertion. N’avaient-ils pas devant les yeux l’exemple de la Rome antique, et ne se rappelaient-ils pas que, tandis que le peuple romain avait légalement droit au divorce, deux siècles consécutifs purent s’écouler sans que personne y recourût, les deux siècles précisément pendant lesquels la famille et la cité romaine furent les plus augustes et les plus puissantes?

Hélas ! en nos temps d’individualisme et de facilité, il ne faut pas ouvrir certaines écluses, derrière lesquelles le courant s’accumule, et qu’on ne peut plus refermer une fois qu’il s’est précipité. Paraphrasantla formule célèbred’Auguste Comte, « la seule possibilité du changement y provoque », M. Paul Bourget n’avait que trop de raisons de dire que «tous les motifs valables pour autoriser le divorce seraient également valables pour l’étendre indéfiniment». Sous prétexte de poursuivre l’affranchissement de la personne humaine et de rehausser sa dignité, toute une séquelle de barbouilleurs, hélas aussi quelques écrivains, réclament la simplification des formalités du divorce, tendent à remplacer le grave et noble contrat de naguère par on ne sait quel « collage » légal mais provisoire, et veulent substituer au loyal et solennel engagement du mariage indissoluble, la duperie et l’essai déloyal de l’union à terme. Ils ne manquent point de public pour les encourager ; les livres de M. Paul Adam voient se multiplier leurs éditions, qui prétendent qu’ « en une époque où la religion perd le reste de sa force, où l’individu se libère de toutes les conven-

tions traditionnelles, où tout s’effrite des anciens dogmes sociaux... il convient d’applaudir frénétiquement à la nouvelle législation qui aidera les sincérités volontaires.» MM. Marguerittesont écrasés d’applaudissements quand « pour rendre à la faillite des cœurs une liquidation plus digne » ils demandent que « librement consenti, le mariage puisse être tout aussi librement dénoué » (1).

En attendant qu’on en arrive à enregistrer dans la loi le divorce par consentement mutuel qui, en fait, est déjà souvent accordé à la faveur de petites comédies assez pitoyables, on vient de réaliser, il y a quelques mois, ce qu’on a appelé le divorce automatique, c’est-à-dire la conversion, de piano , de la séparation en divorce quand, au bout de trois ans, l’un des époux, quels qu’aient été ses torts, aura réclamé ce qui ne sera plus qu’une formalité. Que cela puisse donner au mari droit

(1) « Librement consenti, le mariage doit pouvoir être librement dénoué dans une société où les contrats personnels sont abolis, où le temps des serfs n'est plus qu’un souvenir, où l’on ne peut même pas prononcer au couvent des vœux éternels. »

A rapprocher de la déclaration de Cambacérès en 1792 : « Le pacte matrimonial doit son origine au droit naturel ;... la volonté des époux en fait la substance ; le changement de cette volonté en opère la dissolution... Il est juste que l'union formée pour le bonheur de deux individus cesse dès que ces deux individus, ou que l’un des deux n'y trouve plus le bonheur qu'on y a cherché. »

A noter également l’unanimité des opinions exprimées dans la presse jacobine contemporaine : « Le mariage se réduit à un contrat synallagmatique passé entre un homme et une femme. En cas de non exécution d'une des clauses de ce contrat, le contractant lésé ne peut exiger autre chose que la résiliation dans des conditions sauvegardant ses intérêts. » (G. Lefranc, journal l’Action).

A remarquer que notre législation a déjà connu le divorce mais que, jadis, il n y a guère duré On sait en effet que le divorce tut voté en 1792, la conséquence en fut une démoralisation générale et des désordres inouïs ; dès 1797, le Conseil des Cinq-Cents était saisi d'une demande d'abrogation ; en 1816, le divorce était aboli.

En quelle année du vingtième siècle disparaîtra-t-il de nouveau? il n'y a pas apparence que ce soit de sitôt ; nous avons tait du chemin depuis cent ans !

à la répudiation (1), à la femme droit au dévergondage, à l’enfant droit au malheur, à la famille droit à la mort, peu importe à nos grands réformateurs ! ils n’en sont pas à une démolition près !

Nous sommes très sûr qu’à cet individualisme 4 affolé, ceux qui veulent garder intacte la famille française préfèrent le sage traditionalisme d’antan ; ils ne peuvent pas ne pas reconnaître dans le divorce ainsi multiplié l’un des plus redoutables ! facteurs du complot contre la famille, et ce n’est pas seulement l’esprit d’obéissance de ceux d’entre eux qui ont la foi catholique, c’est aussi, chez eux et chez tous les autres, la tendresse patriotique et l’instinct de conservation sociale qui s’insurgent contre ce mortel ferment d’anarchie. Aussi affronteront-ils allègrement avec nous : l’accusation de n’être pas dans le train du jour en se demandant avec Jules Simon si « la famille est la même famille, depuis que les deux pivots de cette famille, le père et la mère, ne sont plus unis que par un attachement qui peut n’avoir pas dedurée,et depuis que chacun d’eux est convaincu \ qu’il suffit presque de sa volonté pour que le lien soit rompu, et la famille dissoute ».

Maxirna debetur... Ce qui va suivre n’est point écrit pour les jeunes filles ; nous croyons cependant qu’il est indispensable de l’écrire, parce que les plaies les plus malignes sont aussi les plus

(1) Il est curieux de remarquer que, si certains groupes féministes réclament le divorce par consentement mutuel, ils se méfient du divorce par consentement d'un seul, qui donnerait effectivement nu mari une sorte de droit de répudiation. (Mme Marguerite Durand,

directrice de la Fronde.)

secrètes, et qu’à ne les jamais mettre au jour on : risque assurément de les envenimer davantage.

Si l’indissolubilité « empêche les époux de travailler à leur propre développement (1), » il faut briser tous les liens qui gênent ce nécessaire travail. Le mariage indissoluble est « une institution génératrice de vice, de misère et de mort (2). » Le lien sexuel est contracté uniquement pour le bonheur des époux (3) ». « Le jour où le divorce fonctionnera avec une liberté absolue, l’amour libre sera consacré en fait, sinon en principe et c’est l’essentiel (4). »

Voilà quelques maximes, cueillies entre cent de leurs pareilles, qui montrent que, du divorce, on descend facilement à V union libre et que la pente qui mène de l’un à l’autre est rapide et glissante.

Les théoriciens du divorce s’en cachent-ils du moins, ou s’en excusent-ils ? Loin de là ! et si effrontément le contraire que leur pontife su- I prême, M. Naquet, ne craignait pas, dès 1868,

! d’écrire que « la liberté cle l'union des sexes fait | partie de ['inéluctable transformation sociale, qu’il

« Le jour où le divorce fonctionnera avec une liberté absolue* l’amour libre sera consacré en fait, sinon en principe, et c'est l'essentiel. Sans doute, le mariage subsistera en tant qu'acte civil, mais ce sera une simple formalité... Déjà, d'ailleurs, la loi du divorce, si peu libertaire soit-elle, a préparé les esprits modernes à la conception de l'amour libre, car elle a raisonné que des conjoints pouvaient se désunir, puis fonder de nouvelles familles, sans que l'équilibre social fût dérangé... D'une façon générale, les efforts des penseurs doivent tendre à libérer l’œuvre de chair de ce caractère infamant ou fautif qu'elle revêt lorsqu'elle se perpètre en dehors du mariage. »

( L‘ Evangile du bonheur, ouvrage dédié à Léon XIII, par A. Charpentier.)

(1) L’idéalisme social , Fournière.

(2) Religion , Propriété, Famille, Naquet.

(3) L’affranchissement de la femme , Novicow.

(4) « Le mariage tel qu'il fut conçu par le Christianisme, constitue un perpétuel défi au bonheur de l'humanité. »

« L'amour n’est pas éternel... »

ne s’agit, il est vrai, que d’une évolution et que l’on ne peut réclamer des sociétés capitalistes la suppression du mariage, mais qu’il n’en est pas moins désirable d’introduire, dans cette vieille institution, toute la dose de liberté que comporte notre état social. »

« L’inéluctable » transformation sociale a-t-elle été accomplie depuis quarante ans? en tout cas elle n’a pas été entièrement éludée, sans quoi MM. Margueritte n’auraient pas pu écrire les lignes suivantes : « C’est parce que ce principe du droit moderne, proclamé par la Révolution — la personne humaine est inaliénable — c’est parce que ce principe essentiel, expression d’une morale nouvelle, est méconnu dans le mariage et dans le divorce actuels, que nous voulons l’y introduire... Union libre? Non, puisque tant de gens n’y voient encoreqvLQ la satisfaction changeante de l’instinct, un assouvissement d’égoïsme, et que la protection des enfants n’v est pas légalisée; mais mariage libre, tenant de son esprit de liberté même, avec la beauté de sa durée, sa valeur sociale (1). »

On voit la thèse et le procédé? si l’une est hardie, l’autre n’est pas maladroit, et la théorie, vieille comme l’égoïsme humain, du droit au bonheur , sait ici se parer de quelque noblesse désintéressée qui dissimule son effronterie. Pour un peu l’on devrait avoir de la gratitude à ces auteurs si bien intentionnés et s’associer aux ironiques remerciments que leur adresse M. Bureau. Pour un peu, nous aurions tort de nous plaindre, nous défenseurs du mariage et de la famille, puisqu’on nous répondrait « que ces deux institutions traversent une crise très grave et que cet élargissement est précisément le seul moyen d’en sauver les derniers débris ».

Ül(

ji

(1) L'élargissement du Divorce, Paul et Victor Margueritte.

Ce qui est grave, ce n’est pas que des irréguliers ou des dévoyés cherchent à leurs défaillances ou à leurs tares des prétextes ou des excuses, les moins ignobles possible, ni qu’ils s’ingénient à théoriser sur leurs médiocres cas ; ce qui est grave, c’est que des esprits réfléchis et d’honnêtes gens prennent au sérieux de telles calembredaines; c’est que des salles entières, dans lesquelles il n’y avait pourtant pas que des courte sanes et des boulevardiers, aient frénétiquement applaudi la Nora d’Ibsen, répondant à son mari Helmer, qui lui rappelait qu’avant tout elle est épouse et mère: « Non ! je ne crois plus à cela. Je crois qu’avant tout je suis un être humain au même titre que toi... » et désertant le toit conjugal pour « se faire à elle-même ses idées... » pour « essayer de se rendre compte... »

Il y a dans les brumes du Nord on ne sait quels souffles malsains qui font, comme des feuilles mortes, tomber les ataviques principes. Dès 1883, le socialiste allemand Bebel écrivait que « dans la nouvelle société, la femme sera indépendante socialement et économiquement... elle sera maîtresse de son sort... elle recherchera en mariage ou se laissera rechercher et n'aura égard qu’à sa seule inclination... L’union sera un contrat privé, sans l’intervention d’aucun fonctionnaire... Les instincts de l’être humain ne regardent que lui ; la satisfaction de l’instinct sexuel est chose aussi personnelle à tout individu que la satisfaction de toutautreinstinct naturel. Personne n’a de compte à en rendre à personne (1) ! »

De même, en Angleterre, la « gauche féministe » soutient ces théories faciles, et des femmes écrivains édifient, à grand renfort de paradoxes, tantôt indignés et tantôt polissons, toute une lit-

(1) La femme et le socialisme, par Bebel (1883).

térature de l’alcôve conjugale. Leur thèse est que le mariage ne doit durer autant que le désir, : sinon qu’il est dégradant pour la femme. Rien, ) dit l’héroïne de A Yelloiv Aster (1), « rien , exceptée V amour parfait , ne rend le mariage sacré , ni la s loi de Dieu, ni la loi de l'homme et la grossesse — ; (l’auguste grossesse qui faisait par tous céder le pavé à la matrone romaine) — la grossesse est le signe extérieur et visible qui met le sceau à leur : honte... On parle de la honte des femmes qui ont \ des enfants en dehors du mariage ; ce n'est, rien auprès de la honte de celles qui ont des enfants sans aimer leur mari . » — « Vous m’avez élevée en imbécile, dit une autre héroïne de roman (2), dans l’ignorance de tout ce que j’aurais dû savoir... je n’avais aucune idée de ce que signifiait l’union avec un homme. — Croyez-vous que si je m’étais doutée de la vérité, tout mon être ne se serait pas révolté contre un pareil avilissement de ma personne?»

Qu’on fasse bien attention, et à la théorie émise et à la façon de l’émettre ; elles sont assez ingénieuses pour séduire, en même temps qu’une infinité de sensualités impatientes, quelques sensibilités amollies. Il faut croire qu’à ces dernières même on ne prête plus guère attention, car c’est aux premières que, très ouvertement et sans rien farder ni du fond ni de la forme, on s’adresse aujourd’hui.

M. Novicownous fait un étonnant tableau de ce que sera la société prochaine, dans laquelle « l’union sexuelle s’accomplira sans aucune autorisation ni sanction, dans l’intimité et le mystère. La femme, après avoir contracté une liaison, soit

(1) A Yeüow Aster, par M" M. Coffyn.

(2) Discords, par G. Egerton (M" Claremonte).

continuera à demeurer avecses parents, soit demeurera seule, soit enfin s’installera avec l’homme aimé pour faire ménage commun et fonder un nouveau foyer. La femme pourra aussi passer à son gré d’une de ces combinaisons à l’autre, et même les alterner selon les convenances de son bonheur (1). »

C’est la glorification de l’union libre, c’est la faillite du mariage, c’est, à parler net, de la chiennerie pure ; et tous ces paradoxes, complaisants à tous ces vices, courent nos rues, nos théâtres et nos salons. Et l’on rencontre des raisons raisonnantes pour leur trouver des excuses ou des prétextes ! Mais quels prétextes sont donc ici valables ? Mais, même la triste misère d’une union sans amour, même la vilenie d’un contrat de pur intérêt, même l’ignominie d’un mariage sans respect ou sans fidélité, sont-elles faites pour excuser le Jacques de George Sand, quand il déclare que « le mariage est une des plus barbares institutions de la société, et qu’il sera certainement aboli si l’espèce humaine fait quelques progrès vers la justice et la raison ».

La justice ! la raison ! à quelles vilaines marchandises ne servent-elles pas aujourd’hui de pavillon? Et n’est-il pas un nom, plus grand encore que ces deux-là, et qu’avec douleur et indignation nous voyons prostituer à tous les carrefours ?

« Liberté! que de crimes on commet en ton nom, » disait naguère Mme Roland ! Liberté, n’est-ce pas le plus grand des crimes, que de te voir invoquer aujourd’hui pour abolir le mariage et guillotiner la famille !

Libéral fervent et impénitent, je ne suis pourtant pas fâché de l’occasion présentement offerte

(1) Noviconv : V Affranchissement de la Femme .

de dire son fait à cette manière sacrilège de comprendre et^de prôner la liberté. Car enfin il s’en faut que notre amour de la liberté soit une idolâtrie et notre libéralisme n’est pas du fétichisme !

Sans doute, nous, libéraux, nous croyons et nous disons que toutes les questions qui sol lici— tent l’intelligence humaine doivent se résoudre par la liberté et se ramener à la liberté; mais nous ne concevons pas la liberté comme la bride lâchée à tous les instincts. La liberté, pour nous, c’est la faculté que nous voulons voir acquise à tout homme de faire, en toute circonstance, non point tout ce qu’il veut, mais tout ce qu’il doit; la liberté sans doute est pour nous le but, mais elle est plus encore le moyen ; elle est la fenêtre que nous voulons toujours tenir ouverte sur la vérité et sur le droit ; elle n’est, ni la fantaisie ni la licence ; et à nos yeux, telle que s’en réclament les malpropres théoriciens de 1’ « union libre », la liberté n’est que le plus inavouable et le plus odieux des libertinages !

Le libertinage public et la débauche envahissante, voilà les produits naturels de toutes ces théories d’égoïsme et de malpropreté, voilà de rudes ennemis qui tiennent leur large part dans le complot contre la famille et qui, si l’on continue à tout laisser dire et tout laisser faire, ne laisseront plus, elles, pierre sur pierre au foyer familial.

On pourrait croire que les auteurs responsables de cette démolition sacrilège sont amenés à faire quelque retour sur eux-mêmes et à témoigner de

quelque regret... comme ce serait mal les connaître ! Un écrivain contemporain qui met une prodigieuse verbosité, en même temps qu’un trop réel talent, au service de la plus déconcertante amoralité, M. Paul Adam, n’a point hésité à écrire cette page, qu’il faut citer textuellement :

« Chaque jour l’on entend gémir, sous prétexte que l’armature sociale craque, se fendille et s’effrite. Beaucoup pensent que le bien est l’apanage de nos institutions traditionnelles : propriété, mariage, hérédité légitime, vertus bourgeoises, etc. Tolérant que les femmes libres ou les adultères avérées s’immiscent dans leurs milieux, ces contempteurs du Présent introduisent la licence du Futur dans leurs foyers. L’exemple d’épouses légères ou de courtisanes réhabilitées ne peut qu’engager les jeunes femmes fidèles par éducation à s’affranchir des préjugés survivants. Certes il en est dont l’âme héroïque ne cédera point. Il en est aussi qui s’autoriseront des succès dévolus aux coquines pour s’offrir les joies interdites.

« De là ces mille potins et ces mille scandales dont nos propos aiment à se régaler. De là cette progression continue des divorces. Il semble qu’on aille rapidement vers une ère de transition caractérisée en ceci que les femmes commenceront leur existence par le mariage, puis, lasses, le changeront par un ou deux divorces, avant de finir par la vie libre ; tandis que les courtisanes commenceront par la prostitution, avant d’y adjoindre le prétexte artistique, puis de terminer leurs jours le nez sur le pot-au-feu.

«Alors, le mariage ne sera plus un état vital, mais tantôt une combinaison provisoire, tantôt une combinaison de retraite. On saura moins encore de quel père naîtront les enfants... Oui ! nous tenons de plus en plus à nous accommoder

d’un état de choses tel que la chasteté n’y vaudra plus rien. »

Est-il bien nécessaire de commenter cette cynique peinture de ce que sont devenues les mœurs en de certains milieux? N’est-ce pointassez de devoir constater qu’elle n’est que trop fidèle?

Oui ! que la chasteté ne doive plus être d’aucune valeur en une société d’où la morale religieuse est bannie, où l’on ne parle plus que de droits et jamais de devoirs, où la 1 utte pour la vie revêt l’âpreté féroce d’une effrénée course au plaisir, où la fin, l’unique fin qui est la jouissance, justifie tous les moyens, voilà qui n’est pas douteux. Mais qu’une civilisation d’où la chasteté est bannie soit au point de décadence dont le vrai nom est pourriture, voilà aussi qui n’est que trop certain !

Ce qu’il y a de plus tristement vrai dans cet étonnant raccourci de la vie contemporaine que nous trace M. Paul Adam, c’est cette complaisance au vice dont témoignent les classes jadis réputées vertueuses, c’est l’imprécis et l’incertain de la ligne de démarcation entre celles qui par l’éducation de leur milieu, génératrice de sagesse et de pureté, méritaient le beau titre d’honnêtes femmes, et celles qui font déshonnête commerce de leur corps, c’est l’extraordinaire confusion d’un monde où tout se pénètre, où tout se mélange, où tout, à commencer par les principes et les mœurs, s’en va en déliquescence.

Ne se trouve-t-il pas des politiciens, se piquant de philosophie sociale, pour déclarer qu’après tout, « les prostituées doivent pouvoir être des femmes comme toutes les autres», ce qui implique sans doute pour toutes Jes autres la faculté d’être à leur tour des prostituées !

M. Maurice Talmeyr (1) rapporte ce mot admi-

(1) La Jln d’une société, Juven. (1006.)

râble que lui disait un ancien président du conseil municipal de Paris: «Une femme s’appartient et doit pouvoir se prostituer. La Révolution est faite pour ça! » Il met en pleine lumière le Rapport Turot\ qui résume les conclusions d’une vaste enquête menée sur la prostitution et la police des mœurs par la deuxième commission du Conseil municipal de Paris, et qui n’est rien de pis qu’un audacieux panégyrique de la débauche « admise et honorée à Babylone, à Chypre, à Lesbos, en Lydie, brillantdeson plusbel éclatsous la civilisationhellénique et représentant sous d’autres civilisations, un état transitoire antérieur au mariage. » Dans ce fameux Rapport sont honnies comme il convient les atrocités dont la législation d’autrefois, inspirée par la cruelle morale chrétienne, s’est rendue coupable envers cette pauvre et inoffensive prostitution; et un victorieux parallèle s’établit entre nos pays aux préjugés fossiles et cet enviable Japon « où les jeunes filles amassent quelque bien dans des maisons closes, pour convoler en justes noces avec des compatriotes qui ne nourrissent point à l’égard du passé de leurs épouses les sentiments qu'inspirent nos conceptions occidentales ». L’aboutissant de cette enquête est tout naturellement l’affranchissement de la prostituée, la suppression officielle de l’antique morale, de la réglementation, de la surveillance même, c’est l’absolue « neutralité morale» de l’administration.

Aussi le résultat de tels encouragements ne s’estil point fait attendre. La prostitution est devenue envahissante ; cantonnée naguère en de certains quartiers, elle a maintenant débordé sur toute la capitale, et il n’est pour ainsi dire plus une rue, tant soit peu fréquentée, où la mère de famille, où la jeune fille, ne soient exposées aux plus pénibles coudoiements. Les statisticiens prétendent qu’il y a à Paris seulement plus de 120.000 femmes qui

vivent ouvertement de la prostitution, et que, d’une Exposition à l’autre, de 1889 à 1900, le nombre des filles publiques y a presque doublé !

Que dire de celles qui demandent à la mauvaise conduite, soit occasionnelle, soit régulière, des subsides d’appoint ! de toutes ces employées, non seulement de théâtres, de concerts ou de brasseries, mais aussi de commerce et de bureau, qu’un salaire, d’ailleurs scandaleusement réduit, pousse à l’inconduite? de cette armée de femmes entretenues qui, à la mensualité du protecteur avoué, joignent les gains secrètement conquis dans les «maisons d’illusion »? de ces femmes mariées enfin « qui, tenant à passer aux yeux du monde pour irréprochables, se garderaient bien de contracter aucune liaison, mais qui en viennent à demander un peu de l’argent dont elles ont besoin pour leur luxe à une ignominie jusqu’où elles sont bien sûres que les soupçons ne descendront pas » (1) ?

A de tels dérèglements le journal, le roman, le théâtre se montrent indulgents à l’envi ; les colonnes des quotidiens sont largement ouvertes au récit de tous les scandales; il n’est point de détails, même les plus répugnants, qui n’y soient relatés, commentés, parfois même inventés, et dont ne se délectent d’innombrables lecteurs ; les illustrés, jadis seulement d’une gauloiserie àla rigueurtolérable, sont aujourd’hui carrément et lourdement obscènes, ils envahissent les kiosques des rues et des gares et peuvent souiller tous les regards ; le roman pornographique sévit avec fureur ; Salammbô, aujourd’hui, n’aurait pas dix éditions, les Claudine se vendent par trente et cinquante mille; les théâtres, même ceux qui seuls étaient

(1) Rapport de M. A. Mithouard à la deuxième Commission du Conseil municipal (1904).

naguère fréquentés par les honnêtes femmes, non seulement offrent sur leurs scènes la peinture des pires moeurs dans les pires milieux, mais encore exaltent ces moeurs et laissent leurs personnages prôner les théories les plus délétères ; que dire des innombrables théâtres à côté, où personne désormais ne craint de se montrer, où, sur la scène, tout se dit, presque tout se fait.

Par respect pour le lecteur il est certains sujets auxquels l’allusion seule est permise ; mais croiton que les lamentables scandales auxquels le procès Moltke-Harden a donné une si ignominieuse publicité soient l’exclusif apanage de nos voisins?

N’insistons pas plus avant; mais demandonsnous seulement ce qu’il advient de la famille au milieu de ce grand désastre des moeurs privées et publiques, ce qu’il en adviendra le jour, rêvé par quelques-uns, où l’on en arrivera « à l’état de nature, tout cru et tout simple, où la femme se donnera librement à l’homme qui lui plaît, par cela seul qu’il lui plaît, tout de suite, sans autrement le connaître, à cause de sa moustache, de sa prestance, de son sourire, de son regard (1)... » Et sollicitons le lecteur de reconnaître que de si prodigieuses théories, si résolument destructrices du foyer familial, et génératrices detels désordres, ne pouvaient pas ne pas être mentionnées dans ce sommaire historique de la « guerre à la famille ».

Il doit sembler assez difficile de comploter plus directement contre la famille que ne font les par-

(1) La Morale de l'Amour, M. Paul Adam.

tisans de l’union libre ou les panégyristes du dévergondage, et après ceux-là on devrait tirer l’échelle... Eh bien î non! il s’est rencontré des êtres humains, se réclamant du beau nom de philosophes, pour descendre à une abjection plus basse, et pour trouver le moyen de livrer à la famille un assaut plus direct et plus audacieux encore, puisque c’est à sa source même que ceuxlà attaquent la famille. J’ai nommé malthusiens et néo-malthusiens.

Ici, j’avoue mon embarras — Mme Nelly Roussel nous déclare bien que « pour ses amis, qui se vantent d’avoir rejeté tous les dogmes, tout peut et doit être dit en public ». Nous serions bien fâchés d’être des amis de cette dame, et, pour traiter le sujet qui lui est cher, il faudrait d’abord parler latin, ensuite être aussi sûrs que Sganarelle de n’être pas entendus ; or nous tenons tous nos éventuels lecteurs pour beaucoup plus instruits que Géronte.

Il n’est pourtant pas possible de taire absolument les ravages causés par de si abominables doctrines, il faut que l’on sache qu’elles sont publiquement propagées jusqu’au fond de nos campagnes, et que, s’il ne naît pas, en touteune année, plus de petits Français qu’il ne naît en quinze jours de petits Allemands, c’est, sans nul doute, pour une grande part, sur un tel fumier que s’étiole la fleur de notre race.

Quand Malthus écrivait, en 1798, son « Essai sur le principe de population, en vue de ses effets passés et présents sur le bonheur humain, avec une enquête sur nos chances de supprimer ou de mitiger les maux qu’il occasionne », ses conclusions étaient sans doute d’une audace désolante, puisqu’elles n’allaient pas à moinsqu’à la négation du précepte biblique : « Croissez et multipliez », mais le digne homme était pavé de bonnes inten-

tions, il voulait éteindre le paupérisme, et sélectionner l’espèce ; un tel but n’était pas inavouable ; pour y parvenir il retardait la nuptialité, il l’entourait de mille entraves, il prêchait enfin le « moral restraint » et de tels moyens, singulièrement et volontairement dangereux pour la race, n’étaient cependant pas dépourvus de quelque austère noblesse.

Mais Malthus était un gêneur et on le lui fit bien voir. Stuart Mill,Owen, Carlyle, Bradlaugh, avaient successivement suivi la route, à peu près droite, frayée par le précurseur ; Mrs Annie Besant s’en écarte très hardiment et quand elle publie en 1877 ses «Conseils aux Jeunes Mariés » dans lesquels elle expose la théorie de la « prudence conjugale », elle encourt une condamnation à six mois de prison, mais son livre se vend à 200.000 exemplaires. Quelques années après, il est vrai, Mrs Annie Besant abjure ses erreurs, elle avoue que ses conseils ont été nuisibles à l’homme et à la race, et, convertie au théosophisme, elle veut aller à Bénarès chercher la vérité — elle passe les Océans.

Hélas ! sa doctrine avait passé le détroit ; et la gangrène nous avait envahis. En 1896 était fondée, en France, la ligue néo-malthusienne, dont le journal La Régénération est l’organe officiel et dont Paul Robin, le fameux éducateur de Cempuis, est le grand cacique. On y prêche, avec la révolution sociale et l’anarchisme, ce que ces inconscients appellent la « prophylaxie anti-conceptionnelle». On y renie Malthus qui, sous prétexte de supprimer le paupérisme, avait l’audace de dénier au pauvre le droit illimité au plaisir, au seul plaisir qui lui reste... «Tendres philosophes humanitaires, s’écrie le Robin en question, nous venons rendre à tous les félicités de l’amour... nous faisons justice de cet échafaudage

infini de sottises, bâti autour de l’attrait des sexes... Nous nous attaquons à cette vertu, négative selon les institutions humaines, la pureté, dernier lambeau des doctrines métaphysiques qui ont toujours opprimé les humains... Nous déclarons à la femme qu’elle est maîtresse d’ellemême, qu’elle ne doit être mère que quand il lui plaît, et choisir qui lui plaît pour père de l’enfant, qu’elle peut désirer... Tant pis pour les néophobes qui ne manqueront pas de protester contre ce qu’ils appelleront tout au moins le plus « abominable dévergondage », comme si la société actuelle était l’impeccable collection de toutes les vertus, y compris la vertu unique, si niaise, delà femme, la chasteté. »

Qu’on ne nous tienne pas rigueur d’avoir forcé le lecteur à respirer les prodigieux relents qu’exhale ce bouquet de citations empoisonnées ; nous ne pouvons croire qu’il fût indifférent de lui apprendre que de telles énormités ont pu être pensées et écrites.

Et encore, si ce n’était là que les divagations d’un détraqué isolé, il ne serait pas nécessaire de remuer ce bourbier ; — hélas ! la puissance d’expansion de doctrines, aussi tentantes pour la lâcheté et la malpropreté de l’animal humain, est inconcevable; elle dépasse tout ce que l’imagination peut redouter. Paul Robin a des imitateurs et des disciples ; le néomalthusianisme a des comités et des délégués un peu partout ; les grandes villes en ont été les premières infectées, les campagnes le sont à leur tour; le journal la Régénération a de nombreux correspondants, tous bénévoles et gratuits ; les feuilles socialistes avancées, révolutionnaires, ou libertaires, reproduisent à l’envi les articles qu’elle publie, les recettes qu’elle donne, les adresses qu’elle fournit (on peut lire les unes et les autres, pour ne citer

qu’un exemple, dans le fameux Travailleur socialiste de V Yonne)) un échange très actif de documents et d’abonnements s’opère entre la Régénération de Paris et le Malthusien de Londres, le Force et Santé de Barcelone, le Sozial Harmonie de Stuttgart, la Famille Heureuse de la Haye, le Lucifer de Chicago ; une conférence internationale s’est tenue à Paris en 1900, elle a consacré la fondation et célébré les progrès de la Fédération universellenéo-malthusienne; des brochures, des affiches, des tracts, jusqu’à des étiquettes gommées, sont mises à la disposition des adeptes. Le siège social publie et répand la liste des « praticiens » agréés par la ligue, il donne des adresses et des conseils pour la pratique usuelle de son abominable prophylaxie ; c’est toute une propagande dont bien peu de gens assurément soupçonnent l’intensité.

On pourrait croire que les pouvoirs publics se sont émus et qu’ils répriment vigoureusement, que tout au moins ils essaient d’endiguer ce prosélytisme de mort ? Sans doute, de temps à autre, un ministre, un fonctionnaire, un député laisse tomber, du bout des lèvres, quelques mots de pitié sur cette dégénérescence de la race; mais il ne faut pas leur demander d’aller jusqu’à en blâmer les auteurs, encore moins d’oser les combattre. Ne faut-il pas que, sous prétexte de liberté de la pensée, de la plume ou de la parole, on laisse tout dire aujourd’hui ; ne faut-il pas que, hormis celui du Dieu des catholiques, tous les cultes soient libres et toutes les idoles tolérées. Sauver la morale? Garder la morale? Se soucier de la morale? c’est là de l’histoire ancienne, c’est du passé ! Elle est réactionnaire, la morale, et même un tantinet cléricale. Dans les milieux même dont c’était naguère la fonction de servir cette douairière et de la faire respecter, on ne connaît plus

la morale ; on ne l’attaque pas, on ne la nie pas, j mais on ne la défend pas ; la consigne est d’exiger ; l’observance de la loi et des règlements, mais, pour le reste, de fermer systématiquement les yeux et de s’en tenir à ce que l’inconscience administrative appelle « la neutralité morale » !

Aussi la propagande néo-malthusienne s’exercet-elle en toute liberté.

Le Palais du Trocadéro était ouvert, il y a quelques mois, à une réunion, présidée par Paul , Robin et Nelly Roussel, dont l’annonce : « Les Fauteurs d’avortements», a couvert tous les murs de Paris.

A l’Exposition internationale d’hygiène tenue à Paris en 1904, une place d’honneur, un stand bien en vue du public, était réservée au propagateur d’une drogue (1) non point fin^de-siècle, mais ftn-cle monde, dont le prospectus portait , exactement ces titres et épigraphes : «Un bienfait social. — Le bonheur pour tous. — A quels maux devons-nous les plus grands tracas de notre existence? A la peur de l’enfant ou à la crainte des maladies contagieuses. — Mettons dans la main de chacun le bouclier qui pourra le préserver de ces deux fléaux, etc... » et le jury, composé de personnages très officiels, décernait solennellement à cette ordure une grande médaille d’or !!!

Que dire de plus? Il me semble qu’après cette stupéfiante aventure, il n’y a plus lieu d’être surpris de rien .

(1) Le véritable intitulé du produit pharmaceutique couronné, on ne peut pas le donner ici, mais il est incontestable que le « F... » se trouve dans toutes les pharmacies. Le jury de cette Exposition se composait de MM. Gerville-Réache, député, président; Chauvet, sénateur, vice-président ; Gomot, sénateur ; Messimy, député; le Président du Conseil général de la Seine, le Président du Conseil muni- * cipal de Paris ; M. Mesureur, directeur de l'Assistance publique etc.

Aussi ne sera-t-on pas étonné devant les 1 ffres navrants que nous donnent les statistiques /natalité (1) et qui témoignent d’un appauvrissent aujourd’hui morbide, demain mortel de a race française. On ne pense pas assez à cela, 9 ne sait pas assez cela ; je me devais à moil' me de vous le dire, amis lecteurs, de vous .mander d’y penser et d’y parer; car, qui que ■us soyez, d’où que vous veniez, vous êtes in- \ tis, vous et les vôtres, par cette propagande, a s’est glissée partout, et, si vous n’v prenez ? ’de, qui pourrira tout !

î,u’il me soit permis, à ce sujet, d’apporter ici 1 souvenir vécu, qui, mieux que toutes lesaffirtions, montrera ce que peut être cette propaîde, malheureusement si peu connue, était, il y a un peu plus d’une année, la nuit, is un bourg perdu de la forêt d’Orléans, à -huit kilomètres de la plus prochaine gare, par

Statistique de la dernière année enregistrée, 1905 — 807.291 naisses contre 770.171 décès (la même année a compté 302.623 ma- Ss et 10.019 divorces) ; l'année précédente, 1904, avait compté décès en moins et 10.938 naissances en plus.

chiffre total des naissances en 1905 représente 2,17 0/0 de la dation légale, chiffre inférieur à ceux des années précédentes : en 1904, 2,22 en 1903, 2,27 en 1902, 2,30 en 1901 — on voit que la oissance est régulière et rapide. — C’est le taux le plus faible ^'é en France depuis le commencement du xix'’ siècle, ant au chiffre total de la population française, son accroisse- |t est d’une lenteur désolante, la comparaison des périodes dé- ^ aies donne en effet les résultats que voici : Jusqu’en 1831, la pression annuelle de la population était d’environ 200.000 âmes ; 1311, elle était de 167.000; en 1851, de 155.000; en 1861, de 93.000 : 11870, de 103.000 ; en 1881, de 130.000 ; en 1891, de 67,000 ; elle est ■ 905, seulement de 37.120 !

Sir 10.000 habitants, le chiffre des naissances fut en moyenne jÇ les périodes décennales : de 1771 à 1780, 380 ; de 1801 à 1810, 325 ; ■SU à 1820, 316 : de 1821 à 1830, 308 ; de 1831 à 1810, 289 ; de 1841 |l50, 274 ; de 1851 à 1860, 267 ; de 1861 à 1870, 264 ; de 1871 à I; 245 ; de 1881 à 1890, 240 ; de 1891 à 1900, 232 ; de 1901 à 1905, 226. h 1789, la France représente le 27 0/0 du total de la population en R>pe ; en 1815, le 20 0/0 ; en 1880, le 14 0/0 ; en 1891, le 12 0/0 ;

un froid noir et une tempête tourbillonnante d< neige, toutes conditions telles que, pour le affronter, j’imagine qu’il fallait être abandonn, des dieux, ou candidat... De fait, il s'agissaitd’uni conférence que je faisais aux électeurs de Mon tereau-en-Gatinais.

Au cours de la causerie, je remarquai, parm les deux cents têtes de bûcherons qui m’entouj raient, une ligure inattendue, manifestement celle de quelqu’un qui n’était pas du pays. Bon ! quelque socialiste, pensai-je, délégué pour m», faire la vie dure. Je ne me trompai que de moitié car j’eus à essuyer pendant une heure le feu rou, lant de ses interruptions, moins banales, d’ailleurs, que je ne les avais redoutées, ou que je n’: étais accoutumé.

Quand la séance fut levée, j’allai causer ave< lui et m’enquis de ce qui l’amenait dans ce pays! Pour toute réponse, il me tendit une petite bro chure, couverte d’un rouge vif et intitulée... noi vraiment, je ne puis même pas en écrire le titre qu’on juge s’il m’est possible d’en analyser 1< contenu î Eh bien ! Ce messager de malheur avai consacré sa journée à l’empoisonnement métho dique de ce coin de pays perdu ; chaque inaisof avait reçu sa brochure, chaque cabaret en avai entendu la paraphrase ; la mauvaise graine avai été semée à profusion ; et nul doute que, dans ce.1 pauvres âmes saturées de matérialisme, elle n< dût lever promptement. La même prédicatioi néfaste avait sévi la veille dans le bourg voisin

M. Paul Bureau, dans La Crise morale des Temps nouveaux ! donne les tableaux statistiques que voici :

France . 35 39 millions d'habitants.

Allemagne . 35 GO » »

Autriche-Hongrie 30 18 » »

lies Britanniques 27 43 » »

Italie . 24 33 » »

, i le devait recommencer le lendemain, un peu elus loin, et ainsi de suite, pendant toute l’année dans tout le pays (1) !

Jr*Il n’y a pas un village qui n’ait été infecté, il y a pas une ferme où n’aient été déposés des dits tracts de propagande, il y en a peu qui ne >ssèdent tous les moyens matériels de mettre l pratique les beaux conseils ainsi prodigués... îelle misère, vraiment, et quelle saleté !

Et ce qu’il y a de plus navrant, c’est que ce sont s campagnes, les « honnêtes » campagnes qui •atiquent le malthusianisme avec le plus de fuur. Bien que dans les grandes villes de France population soit loin de s’accroître aussi rapidement que dans celles de l’étranger (2), le chiffre ïs naissances y excède pourtant régulièrement dui des décès. Par contre, dans cinquante-huit îpartements, les deux tiers du pays, les décès unportentsur les naissances ; dans l’Eure, l’Orne, lube, la Côte-d’Or, le Gers, etc... au total îinze départements, il y a trois décès pour deux (lissances; en deux générations ces pays semt ruinés plus irrémédiablement que si Tinvaon, le choléra, tous les fléaux, y avaient passé! Nous dénoncions, en commençant cette étude, s méfaits de l’individualisme; existe-t-il beau- >up de terrains où il ait exercé plus de ravages ? intérêt des individus, mal compris sans doute ais immédiatement tangible à leurs égoïsmes, oppose ici avec une spéciale vigueur aux inté-

1) Dans certains départements du Centre, renommés naguère pour xcellence et le nombre des nourrice $ qu'ils fournissaient, il est venu quasi impossible d’en trouver, et les bureaux de nourrices la capitale ont dû renoncer à s’y recruter. Si c’était là une victoire l’œuvre de l’Allaitement maternel, quelle joie ! — Hélas ! la. itoire est celle de Malthus et de Paul Robin...

2) A Paris, l’augmentation qui avait été de 1896 à 1901, de $.930 habitants, n'a plus été, de 1901 à 1906, que de 71.169; pendant tte période quinquennale, Berlin est passé de 1.888.000 à 2.031.000; imbourg de 705.000 à 800.000, Munich de 500.000 à 510.000, etc.

rèts de la collectivité? La collectivité souffre Ui l’individu jouit; et c’est cette jouissance, asseai abjecte, qui fait toute cette souffrance. C’est ce qn fait, selon la remarque du Dr Bertillon, que si pets de gens s’effraient, comme ils le devraient, de kfn dépopulation de la France, et que notre payj« disparaît lentement du monde, sans qu’aucun desa intéressés proteste. «C’est Umort par le chlorop

Excédent annuel moyen des naissances sur les décès par 10.000 habitants .

Page 1