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DES CARACTERES

Il importe, en commençant, de comprendre la distinction qu'œi établit entre la dénomination de caractère et celle de^tre. Caractère s'emploie dans un sens général, pour signifier l'ensemble de toutes les lettres composant une fonte ou une casse; ce mot entraine toujours avec lui l'idée de 'type, c'est-à-dire de la forme particulière et de la dimension données à la lettre. Le mot lettre n^a que l'acception restreinte de l'unité d'un même tout; il s'emploie, toutefois, avec un sens plus étendu, dans l'expression suivante t avoir de la lettre, pour dire : avoir une certaine quantité disponible du caractère que

l'on doit composer.

Les caractères d'imprimerie sont de petits parallélipipèdes portant à Tune de leurs extrémités une lettre ou un signe en relief, figuré à contre-sens afin d'être reproduit dans le sens naturel sur le papier. Us sont composés d'un alliage de plomb, de régule d'antimoine, d'étain, et quelquefois de cuivre pour leur donner plus de consistance. On les coule dans un moule au fond duquel est la matrice reproduisant en creux la lettre ou le «igné-, cette matrice est frappée dans un morceau de cuivre, à Faide d'un poinçon d'acier gravé. Ces deux opérations sont du ressort du graveur et du fondeur.

L'œil est la partie saillante de la lettre destinée à être imprimée.

On dit qu'un caractère est gros œil ou petit œil suivant les dimensions plus ou moins grandes données à la lettre ou au signe en relief, au détriment du talus.

L'extrémité opposée à l'œil est le pied de la lettre.

Le corps, ou la force de corps, est représenté par la distance du haut de l'œil au bas, en y ajoutant le talus, ou partie évidée, qui peut se trouver au-dessus et audessous.

La hauteur est la distance du pied de la lettre à la surface de l'œil. On l'appelle aussi hauteur m papier. Elle doit être la même pour toutes les lettres de tous les corps. Cette hauteur est de 4 lignes et demie, représentant 63 points typographiques (environ 23 millimètres) ^

La largeur ou épaisseur est la dimension variable entre toutes les lettres d'un même corps.

Il existe souvent une différence d'épaisseur entre les

1. Les caractères fondus à Paris ont tous cette hauteur. Ceux qui sont fondus à Lyon sont plus hauts d*un millimètre.

NOTIONS ELEMENTAIRES. 3

mêmes sortes de lettres de plusieurs caractères ayant la même force de corps. D'où il suit qu'un caractère perd ou gagne sur un autre, suivant qu'il fournit un plus ou moins grand nombre de lignes pour la même quantité de copie.

La force de corps s'exprime par une unité dite point typographique, ou simplement point.

Le point est la sixième partie de la ligne de l'ancien pied de roi, et n'a aucun rapport exact avec le mètre.

Le cran est une sorte de petite gouttière faite sur la lettre dans le sens de sa largeur, destinée à indiquer au compositeur la façon de la placer dans le composteur, le cran se mettant en dessous. Il sert aussi à différencier, dans une même imprimerie, plusieurs fontes du même type que Ton ne veut pas mélanger. On augmente le nombre des crans jusqu'à concurrence de trois, et, s'il y a lieu d'établir encore des différences pour de nouvelles fontes, on en modifie la place.

Gonséquemment, on désigne les caractères par le nombre de points sur lequel ils sont fondus, et les caractères d'un même corps par l'œil ou par le cran. Ainsi on dit : du Sept, du Huit, du Neuf, du Dix, etc.; du Sept un cran, du Sept deux crans, du Huit trois crans, du Dix crans haut et bas, du Neuf gros œil, du Dix petit œil. On ajoute quelquefois à cette dénomination le nom du fondeur et la date de la fonte : Huit deux crans Viretfy 4874; Neuf petit œil Beaudoire, 4878.

Mais telle n'a point toujours été la façon de dénommer les sortes de caractères. Primitivement, c'est-à-dire à l'enfance de Tart, on donna aux différentes forces de corps des appellations, sinon de fantaisie, du moins n'ayant aucun rapport entre elles. C'est à M. François-

Ambroise Didot que nous devons le système raisonné de nomenclature dont nous nous servons aujourd'hui, et qui a pour base le point typographique. Si le Saint- Augustin a eu l'avantage, au début de Timprimerie, de servir à une édition de la Cité de Dieu, de saint Augustin, et le Cicéro à la composition des (Euvres de Gicéron, nous pouvons maintenant, sans crainte d'amoindrir la valeur de ces écrivains célèbres, les priver du mince honneur de prêter leur nom à des forces de caractères.

Nous donnons toutefois ci-après, en regard l'une de l'autre, les deux nomenclatures, moins parce que l'usage de certaines dénominations anciennes n'a point encore tout à fait disparu,' que pour rendre plus sensibles leurs rapports approximatifs ; nous disons approximatifs, car il ne pouvait pas ne pas exister entre elles quelques différences, la création des anciens caractères n'ayant point eu lieu d'après une règle divisionnaire rigoureuse.

On distingue, dans les caractères, le romain et Vitalique. Le premier est droit et s'emploie couramment dans un livre. Le second est oblique, domme l'écriture cursive, et est surtout en usage pour faire ressortir, dans un texte, des noms spéciaux ou des titres d'ouvrages.

Nous ne mentionnerons ici que pour mémoire les caractères d'écriture tels que la ronde, Vanglaise, la gothique, et ceux dits de fantaisie, parce que ces caractères, quoiqu'étant, plus que d'autres, l'objet de modifications arbitraires de la part des fondeurs, n'en restent pas moins soumis aux règles générales de la composition, et que leur emploi est presque exclusivement consacré aux travaux de ville ou bilboquets, dont nous dirons un mot dans le cours de ce traité.

NOTIONS ELEMENTAIRES.

DENOMINATION DES CARACTERES

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