DES PAGES LONGUES ET DBS PAGES COURTES
On se trouve quelquefois dans la nécessité de foire une page plus longue ou plus courte d'une ligne, soit que Ton veuille éviter par là un autre défaut plus grave, comme une fin d'alinéa en tête d'une page, soit parce que l'auteur a fait à son texte un ajouté tardif.
Chaque fois que ce cas se présente, il faut aussi faire longue ou courte la page qui doit tomber en regard de la première.
Nous devons dire que, sur ce point, les avis sont partagés entre les hommes du métier les plus compétents, les uns voulant que ce soient les deux pages en retiration Pune sur l'autre que l'on fasse longues ou courtes ensemble, les autres (et nous sommes du nombre pour des motifs que nous allons donner) prétendant que l'inconvénient est moindre en faisant de même longueur les deux pages en regard.
La raison qui nous a toujours fait préférer la concordance des deux pages en regard est que, en ouvrant un livre à une page longue ou courte, on est frappé tout d'abord de Taspect d'ensemble des deux pages qui se font vis-à-vis, et l'on sera choqué de reconnaître une différence de longueur, sans qu'une fin de chapitre ou tout autre accident de cette espèce l'ait motivée. Il faut juger la chose en dehors de toute idée préconçue et se substituer soi-même à la personne attentive, mais ignorante
du métier, qui ouvrirait ce livre. Le coup d'œil est le grand maître ; il dicte la loi dans la majeure partie des cas où il s'agit d'agencement typographique. Nous tenons donc comme chose avérée que cette personne sera de suite blessée de voir boiteuses deux pages qui n'ont aucun motif apparent pour faire rompre entre elles l'égalité à laquelle elles ont droit de prétendre.
Il n'en est pas de même de deux pages dos à dos -, il y a d'abord moins d^afQnité entre elles au point de vue de l'aspecL On objecte le foulage de la dernière ligne de la page longue, qui paraîtra au bas de la page courte. Mauvaise raison, si le papier est bon et le satinage bien fait. D'ailleurs, s'il reste une légère transparence par l'effet d'un papier mince, qu^est cela à côté de l'inconvénient du système opposé ? Cette transparence d'une seule ligne sera toujours beaucoup moins sensible et moins remarquée que celle, assez fréquente, de quinze à vingt lignes sur le blanc d'une queue de page, et dont l'amateur le plus chatouilleux n'est jamais offensé.
Ces raisons nous paraissent assez puissantes pour motiver notre préférence et nous laisser l'espoir de la faire partager aux jeunes du métier comme à ceux que la routine n'a point endurcis. Nous savons que l'usage le plus général est contre notre opinion, et la force de l'habitude est si grande !