DES SIGNES DE CORRECTION
Avant d'envisager le côté pratique de la correction et de donner les conseils que nous croyons les plus propres à faciliter le travail aux débutants, nous devons d'abord &ire connaître les signes employés pour indiquer les
corrections à effectuer. Nous les avons réunis dans un tableau séparé, offrant en regard la page de texte à corriger avec les indications manuscrites et la page du même texte corrigé avec la signification des signes. Quelques explications achèveront d'éclaircir les points obscurs que ce tableau pourrait présenter et ceux qui sont restés forcément dans Fombre. ,
On remarquera que les corrections se placent dans la marge d'un même côté du texte, les premières les plus rapprochées de l'extrémité de la ligne, et sur le niveau de celle-ci, le trait de renvoi au delà du signe et non en deçà. Les corrections afférentes à une même ligne doivent se suivre dans Tordre naturel ^ mais, si pour un motif quelconque cet ordre vient à être rompu, il faut, pour éviter toute confusion, différencier les renvois, soit par une croix ou une double croix en bas ou en haut, soit par un cercle ou tout autre petit signe accessoire ajouté au trait principal.
11 est nécessaire de^ie marquer les corrections que d'un même côté, à droite de préférence, lorsque la composition a été mise en placards à plusieurs colonnes, principalement parce que la levée des corrections dans le composteur de bois, pour corriger sur le marbre, se fait ainsi beaucoup plus vite et plus sûrement. Il n'en est plus de même si les épreuves typographiques sont faites en paquets sur des feuillets détachés, le compositeur devant corriger en galée ; les corrections pourront sans inconvénient être réparties à gauche et à droite.
Lorsqu'il s'agit d'indiquer des lettres italiques, petites ou grandes capitales, on écrit généralement la lettre minuscule que l'on souligne une, deux ou trois fois suivant le besoin (voir lignes 8 et 25). Mais, dans des cas
analogues à ceux des lignes 43, H et dernière, mieux vaut figurer les majuscules. Lignes 4 3 et dernière, on eût pu écrire gr. cap. et pet. cap, au lieu de reproduire le mot même, ainsi que nous Favons fait (lignes 40, 45 et 24) pour b. d. c, rom, et ital. Lignes 40 et 45, on eût pu aussi écrire en marge esnaud, mort sans les souligner, ce qui eût signifié également qu'ils doivent être composés en romain. Les grandes capitales italiques s'indiquent par quatre traits, comme on le voit à Tavantdemière ligne.
Toutes les fois xpi'une substitution d'un mot à un autre n'implique que le remplacement de certaines lettres du mot par d'autres lettres, il faut se borner à n'indiquer que ces lettres. On en voit un exemple ligne 3, suivi au lieu de servi. Ces cas sont très fréquents. Certes, il paraîtrait plus clair, à première vue, de biffer le mot entier et d'écrire aussi en entier le mot qui doit le remplacer. Mais cela n'est point typographique : il faut tom'ours considérer la chose au point de vue de la plus grande simplicité pour le corrigeur appelé à lever ses corrections dans le composteur, et dont le travail doit se réduire à la levée stricte des lettres qui n'existent pas déjà dans la composition.
Une correction impose quelquefois le devoir de remanier plusieurs lignes. Le correcteur n'a point à indiquer comment le remaniement devra être fait; c'est au compositeur à l'effectuer d'une façon irréprochable. Notre tableau en offre des exemples, lignes 43 et 44, 25 à 28. Mais, s'il s'agit de remédier à un mauvais espacement ou de faire disparaître de mauvaises divisions, le correcteur fera mieux de tracer une échelle (lignes 29-33) pour indiquer le mode de remaniement qui lui paraîtra le meilleur.
Si un bourdon est trop long pour figurer sur la marge de côté, on le transcrit à la marge de tête ou de pied, en marquant par un signe très distinctif le renvoi précis. Mais, s'il comporte un certain nombre de lignes, il est préférable de joindre à l'épreuve le feuillet de copie et d'y renvoyer le compositeur en inscrivant en marge, en regard du renvoi, les mots : Bourdon, voir copie, que l'on entoure d'un trait, comme on doit le faire de toute mention ou observation ayant rapport à la correction, mais qui n'est point à imprimer, ainsi que nous l'avons fait, ligne 32, pour le mot ôo/i dont l'objet est d'indiquer comme nulle une correction commencée à tort.
Le signe X, employé, ligne ^0, pour indiquer deux espaces à baisser, est aussi usité, avec le même sens, lorsqu'il s'agit de cadrats, d'interlignes qui marquent, ou d'une ou plusieurs lettres trop hautes.
Par suite d'un mauvais serrage ou d'interlignes faussées, la quadrature d'une page peut laisser à désirer à l'un de ses angles. On en indique le redressement comme pour les lignes 22-24.
Le signe de la suppression (ligne i) s'appelle un deleatur, mot latin qui signifie : quHl soit effacé.
Pour faire suivre, c'est-à-dire indiquer un alinéa à faire disparaître, on se sert généralement du signe des lignes 25 et 26. Mais un auteur emploie également bien, sur la copie manuscrite ou imprimée, avec la même signification, un trait horizontal occupant la partie blanche de la ligne finissant à tort l'alinéa, comme nous le faisons ici
La plupart des auteurs ne connaissant, d'ailleurs, qu'imparfaitement les signes de correction usités en imprimerie, un corrigeur ne devra pas être surpris de se
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trouver parfois en présence d'indications peu conformes à ses notions techniques. Un mode différent peut, il est vrai, être aussi clair, et c'est toujours Tessentiel ; mais souvent un auteur reste obscur et incomplet; il faut alors un certain travail d'esprit pour deviner sa pensée. Le compositeur ou le metteur en pages a donc non seulement à se familiariser avec les signes dont tout bon typographe fait usage, mais il doit savoir s'en détacher au besoin et se substituer lui-même à l'auteur qui n'aurait pas su traduire sa pensée d'une façon claire et complète.
DES EPREUVES TYPOaRAPfflQUES.
La lecture des premières épreuves impose au correcteur la collation soigneuse de la copie ayec la composition dont il a le fac-similé sous les yeux. Sans perdre de vue les droits et devoirs du compositeur à l'égard des irrégularités du manuscrit, il doit savoir envisager la question à un point de vue d'égalité qui donne satisfaction aux intérêts communs. Par exemple, lorsque la copie contient une erreur évidente facile à rectifier, il doit Pindiquer, et le compositeur ne se refusera pas à la corriger. S'il manque un mot qu'il eût été aisé de restituer, il est du devoir de l'un et de l'autre de corriger l'oubli de l'auteur. Mais , si une phrase , non relue par ce dernier, met le sens à la torture et ne saurait se rétablir sans un gros changement , le compositeur n'étant point responsable de la bévue, le correcteur n'aura point à indiquer la solution probable. S'il s'agit de mots d'une lecture douteuse, il sera bon de les retourner cran dessus, pour en signaler le caractère dubitatif. En tout état de
cause, le correcteur s'attachera à allier les intérêts du compositeur avec les exigences légitimes d'un auteur dans les cas où la copie laisserait à désirer, mais, en même temps, se pénétrant parfaitement des règles de la composition , il devra en réclamer partout Tapplication rigoureuse.
Il y a deux façons de lire les premières : soit seul, soit avec un teneur de copie, qui est le plus souvent un apprenti, auquel cet emploi donne vite l'habitude de déchiffrer les manuscrits. C'est à ce second mode que Ton a recours ordinairement, parce qu'il est plus expéditif et moins fatigant. Le teneur de copie doit lire luimême à haute voix : c'est le moyen le plus sûr pour ne pas laisser passer de bourdon. Si le contraire a lieu de temps en temps, pour procurer au teneur un peu de repos, il faut s'assurer par intervalles que son attention n'est point détournée.
La lecture des premières faite par le correcteur seul lui impose une plus grande fatigue des yeux, car, ayant la copie à gauche, qu'il suit du doigt, et l'épreuve à droite, il doit à chaque instant se reporter de l'une à l'autre pour opérer la collation par membres de phrase. Ce mode de lecture garantit une plus grande exactitude, mais l'inconvénient que nous signalons fait qu'on ne saurait Tadopter comme marche générale , mais seulement comme un moyen d'exception.
Avant de commencer la lecture d'une épreuve, le correcteur devra vérifier dès l'abord le numérotage des feuillets de copie, afin d'être certain qu'il n'en manque aucun et qu'ils sont en ordre. De cette façon, il évitera toute interruption de nature à jeter du trouble dans son travail, car, si les feuillets d'épreuve n'étaient pas dans
nA SECONDS PARTIE î CORRECTION.
leur ordre rigoureux ou s'il y avait eu transposition de paquets dans la formation des placards, il sera d'autant plus facile d'y remédier et d'en indiquer la suite que la première vériflcation aura été bien faite.
Les feuillets d'épreuve détachés se foliotent au ftir et à mesure. Quant aux feuilles de placards, le metteur en pages doit avoir eu soin de leur donner un numéro d'ordre, imprimé, en tête de la première colonne, avec son nom et l'indication spéciale de l'ouyrage.
Les noms des compositeurs inscrits sur la copie au point de départ de leurs compositions respectives se reportent en marge sur les épreuves, afin que chacun d'eux reconnaisse aisément ce qui est à lui.
Tîuand une lecture est terminée, le correcteur doit marquer la réclame sur la copie, c'est-à-dire le point précis où s'arrête la composition, et écrire en marge d'une façon très apparente les mots : A reprendre, ainsi que le nom du compositeur qui tenninait; car, à moins d'indication d'un nouveau compositeur, ce sera le premier qu'il faudra inscrire en tête du placard subséquent.
Le correcteur ne doit pas exiger que les appels de notes se suivent dans l'ordre numérique, car les chiffres feront nécessairement changés lors de la mise en pages. Il en serait autrement s'il s'agissait d'une réimpression identique, ou si, les notes étant rejetées à la fin du texte, leurs renvois devaient former une suite rigoureuse du commencement à la fin.
Lorsque, dans la formation des placards, les notes ont été intercalées dans le texte aux endroits mêmes de leurs appels respectifs, il est préférable de les lire au fur et à mesure qu'elles se présentent; il en est de même si elles ont été mises par sections au bas de chaque paquet ou
ROLE DU €ORRECTEURi ^ 225
colonne ; on s^assure ainsi qu'elles appartiennent bien à la partie de compoMtion qui précède, et la mise en pages en devient plus facile. Mais , si l'épreuve en a été faite séparément, on fera mieux de les lire aussi séparément. Car, en règle générale, il faut éviter, quand cela est possible, de passer trop fréquemment d'un caractère plus gros à un caractère plus petit et vice versa. L'œil qui suit une même force de corps est moins siget à ftdlHr. Ge principe est bien connu des vieux praticiens.
Aussi, se que nous disons pour les notes est juste également pour les intercalations de corps différents. Nous conseillons, chaque fois que la célérité et la sûreté de la collation n'y sont point compromises , de les lire séparément.
Lorsqu'une indication particulière , quil importe au metteur en pages de connaître, est signalée par l'auteur sur sa copie, comme l'intercalation d'un bois gravé, d'un tableau, etc«, il est du devoir du correcteur de la mentionner en marge sur l'épreuve en entourant cette mention d'un trait de plume, car il ne faut pas oublier qu'on doit ainsi entourer toute observation, quelle qu'elle soit, que l'on jugerait à propos d'inscrire dans la marge^ pour indiquer qu'elle ne fait pas partie des corrections à lever par le corrigeur.
Après que les épreuves ont été corrigées sur le plomb par le compositeur, nulle correction nouvelle, fût-elle juste , ne doit être marquée par le correcteur, si , pour un motif ou un autre, ces épreuves reviennent entre ses mains ; car, le compositeur n'étant responsable que d'une première correction, l'indication de nouvelles fautes enlèverait au prote tout moyen de recours contre lui, s'il avait d'abord négligé de corriger soigneusement.
Cependant, si, contrairement à la marche habituelle, une épreuve, déjà corrigée sur le plomb, est l'objet d'une seconde lecture, les nouvelles corrections devront être distinguées des premières par la couleur de Fencre, afln d'éviter toute hésitation, et par suite une perte de temps, au corrigeur chargé de les effectuera