TEXTE CORRIGÉ
Avant même que M™e Deshoulières se fût fait connaître par son talent poétique, la captivité qu'elle avait subie, pour avoir suivi son mari en Belgique, avait servi, non moins que son esprit et sa beauté, à la mettre en réputation. Les vers qu'on lui adressait de toutes parts lui donnèrent l'idée de répondre dans le même style : c'est ainsi qu'elle fut poète sans y penser. L'étude qu'elle avait faite de l'italien , de l'espagnol et même du latin lui fut plus utile que les conseils de d'Hesnaud, qui se vantait de lui avoir appris les règles de la poésie. M™* Deshoulières était pauvre au point de se trouver heureuse de recevoir une pension de 2,000 francs de la munificence de Louis XIV. Cette pension fut le prix de l'idylle si connue qu'elle adressa au roi après la mort de son mari et qui commence par ces mots :
Dans ces prés fleuris Qu'arrose la Seine, Cherchez qui vous mène, Mes chères brebis.
Ces vers ne doivent toutefois pas être comptés parmi les meilleurs de M™® Deshoulières. Elle se montre à nous sous un aspect plus favorable dans les idylles intitulées les Moutons, les Oiseaux, le Ruisseau et les Fleurs. Celles-ci renferment des pensées ingénieuses, délicates, un peu recherchées peut-être : c'est l'inconvénient des comparaisons trop prolongées ; il est difficile qu'elles soient toujours également justes, qu'elles ne deviennent pas à la longue forcées, maniérées et prétentieuses. C'est ce qui arrive lorsque M™*» Deshoulières dit au ruisseau, dont elle compare poétiquement la destinée à celle de l'homme :
Ruisseau, que vous êtes heureux 1 Il n'est point parmi vous de ruisseaux infidèles.
Lorsque les ordres absolus De l'Être indépendant qui gouverne le monde Font qu'un autre ruisseau se mêle avec votre onde, Quand vous êtes unis, tous ne, vous quittez plus.
(Edouard Menncchet, Cours complet de littérature moderne, t. II, leçon XXII, p. 192.)
thographe ou de syntaxe dépareront le manuscrit, 11 est de son devoir de les corriger en composant ; il doit aussi rectifier la ponctuation dans les cas où elle est évidemment défectueuse. Le redressement des erreurs de ee genre incombe au compositeur : en décharger sa responsabilité serait le réduire au rôle de manœuvre et faire injure à son amour-propre.
L'imprimeur doit à son client la lecture de cette première épreuve ; les suivantes, dites épreuves d'auteur, soit en placards, soit en pages, sont corrigées uniquement sur le plomb sans lecture nouvelle par le correcteur de rimprimerie. Ce n'est qu'à partir du bon à tirer que les fonctions de celui-ci ont de nouveau à s'exercer *, il relit cette dernière épreuve, revêtue du visa de l'auteur, en ayant soin de distinguer ses propres corrections par une encre de couleur différente. C'est la lecture en seconde ou en bon à tirer, ou simplement en bon. Toutefois, il arrive que, lorsque le bon à tirer de l'auteur est trop chargé et exigerait un temps trop long pour la vérification au moment de la mise sous presse, ce bon est corrigé d'abord à l'atelier avant la lecture du correcteur ; mais ceci est l'exception.
Les formes étant sous presse, une nouvelle épreuve est faite et passe aux mains du correcteur avec Pépreuve du bon à tirer. C'est ce qu'on appelle la tierce, ainsi nommée parce que c'est la troisième épreuve destinée au correcteur de l'imprimerie, abstraction faite des épreuves d'auteur dont le nombre est variable. Il s'agit alors de vérifier si les corrections combinées de l'auteur et du correcteur ont été bien exécutées, de jeter un coup d'œil général sur chaque page sans relire entièrement le texte, et de s'assurer par-dessus tout que la feuille est bien
pliée et que l'imposition est bonne. Le tierceur est responsable des conséquences d'une imposition défectueuse qu'il n'aurait pas signalée, conséquences qui ne seraient rien moins que la nécessité de recommencer le tirage.
Cette opération du tierceur n'est point encore la dernière avant le tirage : il reste à reviser les corrections de la tierce. La revision est la dernière ressource offerte au correcteur pour relever les erreurs et les défectuosités. Nul œil expérimenté ne verra plus le travail qu'après que tout remède sera devenu impossible.
Dans les imprimeries de moyenne importance, ces différentes fonctions sont accomplies par un même correcteur, qui, pour cette raison, ne saurait se dispenser de réunir toutes les qualités requises. Mais, dans les grandes maisons, ce cumul n'est pas possible, ou, du moins, il serait préjudiciable à la rapidité du travail. Les aptitudes à différents degrés peuvent donc se présenter et s'utiliser tout à la fois*, fort heureusement, dirons-nous, car, s'il est déjà très rare de trouver d'excellents correcteurs pour les bons à tirer, à plus forte raison serait-il très difQcile de réunir aussi des correcteurs en première ayant les mêmes capacités. L'expérience ne prouve que trop combien les protes des grandes imprimeries ont de peine à recruter une bonne équipe de correcteurs.