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besoin d'économiser Fespace. La casse nouvelle n'est composée que d'un seul casseau ou corps de casse. Pour arriver à cette réduction, on a exclu les petites capitales, qui ont été reléguées dans les cassetins inoccupés de la casse italique, également modifiée. Le modèle que nous reproduisons est celui de la casse adoptée par la commission de la Chambre des imprimeurs de Paris ^
Ce système a certainement l'avantage d'exiger moins déplace, et dispense le compositeur de faire deux voyages pour transporter sa casse ou d'avoir deux compartiments à superposer; il permet en outre d'éclairer deux compositeurs à l'aide d'un seul bec de gaz, lorsque les rangs sont placés à dos d*âne; mais un peu d'habitude de la composition en fait vite reconnaître les inconvénients. L'absence des petites capitales, qu'il est si utile d'avoir sous la main, la capacité beaucoup moindre de la plupart des cassetins, forçant le compositeur à remplir sa casse deux fois par jour au lieu d'une fois, surtout pour les corps au-dessus du Neuf; le poids de la casse, lorsqu'elle est même à moitié pleine, et que bien des jeunes gens ne sauraient monter et démonter seuls sans péril; la nécessité de faire usage du porte-galée en fer pour éviter le déplacement continuel de la galée, forcément placée sur des cassetins de sortes courantes; tels sont les principaux désavantages qu'offre la casse d'un seul compartiment et qui sont de nature à lui faire préférer l'ancienne chaque fois que la question d'économie de terrain n'entre point en jeu. Ajoutons que les efforts accomplis jusqu'à ce jour à Paris pour faire adopter dans tous les ateliers une même casse-étalon
1. T^ette commission était composée de MM. Bonaventure, Claye et Serrière.
n'ont pu aboutir, et que chaque imprimerie possède à peu près son modèle particulier, de sorte qu'un compositeur, entrant d'une maison dans une autre, est forcé de se livrer à une petite étude préalable qui se traduit pour lui en une perte de temps, et pour l'imprimeur en des chances de désordre toujours préjudiciables à la perfection du travail.
Nous conservons, en conséquence, dans nos ateliers l'ancien modèle de casse, pour lequel de légères divergences de placement des lettres n*ont Ueu entre plusieurs maisons que pour les sortes les moins courantes.
Il est essentiel que chaque compartiment de la casse soit muni, sur le devant, d'une étiquette indiquant la nature de son contenu, romain ou italique, et les détails distinctifs dont nous avons parlé plus haut, afin d'éviter la conAision des casseaux et le mélange des caractères.
La casse est montée sur un rang, formé de deux ou trois tablettes pour déposer la composition, et d'une tablette supérieure inclinée, destinée à supporter les deux casseaux et à les maintenir dans la position la plus commode pour le compositeur. Le bas de casse est soutenu par un rebord et souvent surélevé par des mentonnières, tandis que le haut de casse conserve l'inclinaison de la tablette.
On installe d'habitude derrière les rangs d'autres petites planchettes avec rebords, formant galées, très utiles pour le service de la composition et de la mise en pages. Ces tablettes sont établies le plus souvent à l'appui d'un autre rang, placé dans le même sens. Mais, cette ressource n'existant pas lorsque les rangs ont dû être disposés à dos d'âne pour économiser la place, on
installe quelquefois^ à une dizaine de centimètres du casseau supérieur, au-dessus des capitales, une galée qui règne tout le long du rang. Ce système, auquel on a recours seulement dans la privation absolue du premier, a rinccmvénient d'occasionner des accidents, dont le 4)rincipal est la chute de lettres étrangères dans les cassetins du haut de casse, si Ton vient à mettre en pâte les lignes conservées dans la galée.
Les casses qui ne servent pas sont mises en réserve dans des rayons à tablettes horizontales.
Les ustensiles nécessaires à la composition sont ensuite : le composteur de fer, le composteur de bois, la galéCy la pointe, la pince, la boîte à espaces.
Le composteur de fer ^ se compose d'une lame coudée en équerre dans toute sa longueur et terminée d'un bout par un talon 8xe; un second talon, s'adaptant à une coulisse, s'avance ou se recule à volonté suivant la justification, et se fixe à l'aide d'une vis et d'un écrou. C'est le composteur de la composition courante.
Le composteur de bois est plus long que le précédent*, il est en buis ou en bois blanc, et n'a aucune partie mobile. On s'en sert soit pour lever à l'avance l'italique dont on va avoir besoin dans le cours de la composition, soit pour lever les corrections lorsque l'on doit corriger sur le marbre, soit encore pour mettre de côté provisoirement, en distribuant, les sortes ou caractères étrangers à la casse.
La galée est une espèce d'ais plus long que large, garni sur deux côtés de deux tringles fixées à angle droit,
1. On se sert aussi de composteurs en cuivre, mais Tusa^e en est très restreint, tant & cause de leur prix plus élevé qu'en raison de Toxydation de ce métal plus malfaisante que celle du fer.
le long desquelles on place les lignes au sortir du composteur-, on donne, à cet effet, l'inclinaison voulue à la galée en Tassujettissant en diagonale sur le eôté droit de la partie supérieure de la casse, à Taide de deux petites chevilles qui viennent buter sur deux fcassetins.
La galée à coulisse est garnie, sur trois côtés, de tringles dans lesquelles existent des rainures servant à coulisser une planchette, que l'on retire à volonté pour faire glisser la composition sur le marbre. Cette galée sert au maniement des pages trop grandes pour pouvoir être enlevées avec les mains.
Mentionnons une troisième espèce de galée, sous laquelle est adapté un support en bois destiné à lui donner sur le marbre IMnclinaison que la galée ordinaire a sur la casse. Elle est très utile pour placer les lignes de titres, les blancs, etc., que l'on retirç des formes pour les mettre en réserve.
La pointe et la pince servent pour corriger sur le plomb. Ces deux petits instruments, usités dans toutes les imprimeries, offrent malheureusement de grands inconvénients entre des mains inexpérimentées. La pointe égratigne souvent le côté de la lettre et forme des approches; la pince, sous l'effort opéré pour dégager la lettre, glisse parfois sur l'œil qu'elle estropie infailliblement. Des tentatives ont été faites infructueusement dans quelques imprimeries pour abolir l'emploi de la pince, plus pernicieuse et moins utile que la pointe, à notre avis. La pince est devenue aujourd'hui d'un usage à peu près générale
1. Voici, sur ces deux outils, ropinion qu'émettait dernièrement un typographe dans la Typologie-Tucker : « La pointe, ce petit instrument sans prétention, dont on se servait autrefois de préférence pour corriger sur le plomb,
La boite à espaces se compose de plusieurs petits cassetins, pouvant contenir non seulement des espaces fortes, moyennes et fines, mais encore des cadrats, cadratins et demi-cadratins. On s'en sert pour corriger sur le marbre.
Nous ajouterons à ces différents ustensiles, dont les plus indispensables constituent ce qu'on appelle communément le saint'jean du compositeur, un instrument dont l'usage devient de plus en plus rare : le visorium, 11 est formé d'une baguette de bois aplatie, sur laquelle on place le feuillet de copie à composer; celui-ci est arrêté par le bas sur un talon, et maintenu le long de la baguette à Faide d'une fourchette ou mordant. Le visorium est terminé par une pointe que Ton fixe sur la casse. Conserver la copie dans toute sa propreté et laisser à découvert tous les cassetins de la casse, tels sont les principaux avantages du visorium, trop abandonné de nos jours.
Mentionnons aussi le coupoir, destiné à couper, à Faide d'un levier que l'on fait mouvoir à la main, des lames de filets ou des interlignes sur des longueurs voulues. Le coupoir biseautier offre, de plus, l'avantage de pouvoir couper suivant des angles déterminés et est d'un grand secours pour la confection des tableaux.
doit également être classée parmi les agents destructeurs. Ceux qui s*en sont servis et ceux qui s*en servent encore vous diront pourquoi. De plus, nous ne sachions pas que les pinces, qui ont remplacé la pointe dans l'estime de la grande majorité, soient beaucoup moins pernicieuses. »
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Nous allons indiquer la manière de bien composer. L^apprenti devra donner tous ses soins à cette étude, dont dépend le succès dans Favenir. Il est si facile de prendre au début de mauvaises habitudes, très préjudiciables aux intérêts du compositeur, et il est si difficile, pour ne pas dire impossible, de les déraciner une fois prises !
La connaissance de la casse est la première condition à remplir. A Taide d'un modèle semblable à Fun de ceux que nous avons donnés plus haut, et qui doit exister dans toutes les imprimeries, Fapprenti connaîtra vite la place de chaque lettre. II est bon, dès l'abord, d'attirer son attention sur les lettres qui ont une similitude entre elles, suivant qu'on les place cran dessus ou cran dessous. Ainsi, le b retourné représente un q, le d un p, le n un u, quoiqu'avec une légère différence d'œîl qu'on reconnaîtra facilement. Le 6 retourné ressemble à un 9. Remarquons aussi que certaines lettres, qu'il peut paraître au premier abord indifférent de placer cran dessus ou dessous, offrent, dans le premier cas, un aspect tout autre que celui qu'elles doivent avoir dans leur position normale -, telles sont les lettres o, s, x, z, N, 0, S, X, Z, et les chiffres 8 et 0. Il ne faut pas confondre non plus 1 bas de casse avec I grande capitale, ni o, o, s, r, x, z petites capitales avec les mêmes lettres bas de casse, dont on les distingue généralement par un cran supplémentaire placé en haut et dessus.
On doit composer debout. C'est la position qui convient le mieux pour laisser au bras Faisance qui produit la oélécité, et au corps la souplesse nécessaire pour concourir au jeu de la composition en s'indinant légèrement suivant la direction des mains -, toutefois ce mouvement ne doit se faire qu'avec une extrême réserve; trop accentué, îl irait contre le but que Ton se propose et amènerait très vite la fatigue sans produire aucun avantage. La portion assise paralyse ou gêne trop souvent le mouvement des bras; un compositeur forcé de composer ainsi en reconnaît bientôt les inconvénients.
Le premier soin à prendre avant de composer est de justifier son composteur, c'est-à-dire de fixer le talon mobile à une distance du talon fixe égale à la longueur que Ton est convenu de donner aux lignes. Après avoir desserré la vis, on introduit dans le composteur une dizaine d'interligoes de l'ouvrage, on les dresse bien également le long de la lame .coudée et du talon fixe, on amène le talon mobiïe sur l'extrémité des interlignes, et on le fixe à cet endroit, de manière que ces dernières conservent un jeu aisé de va-et-vient sous l'effort du pouce dans le sens de leur épaisseur, c'est-à-dire qu'elles ne soient ni trop serrées ni trop libres. Cette moyenne mesure est indispensable pour se tenir en garde contre l'élasticité des lignes, qui doivent seules, dans le serrage des formes, recevoir la pression des bois ou des garnitures, à Pexclusion des interlignes.
La copie que l'on doit composer comprend le plus souvent un certain nombre de feuillets détachés. On commence par en vérifier le foliotage pour s'assurer qu'aucun d'eux ne manque, et on les place un à un, au ftir et à mesure de la composition, devant soi, sur le rebord du
haut de casse, ou dans une petite entaille pratiquée à cet effet sur le mcmtant du bas de casse, tandis que le reste de la copie se tient soigneusement en réserve entre les mentonnières ou sur une des planchettes du rang. Chaque feuillet composé se place sous Tensemble des autres feuillets, de sorte que, lorsque la copie est achevée^ elle se retrouve dans Tordre primitif.
Le compositeur se place devant le cassetin aux espaces fortes. Il tient le composteur dans la main gauche, les quatre doigts en dessous, le pouce en dessus, posé sur le talon mobile. C'est le pouce qui maintiendra les lettres que la main droite placera les unes à côté des autres, et qui, sans ce concours, viendraient à se séparer. A cet effet, la main gauche s'avance au ftir et à mesure que se complète la ligne de composition, pour permettre au pouce de se poser chaque fois sur la dernière lettre intro* duite.
Il faut saisir la lettre par le haut, du côté de Tœil, entre le pouce et l'index de la main droite, et la porter vivement dans le composteur, après avoir jugé, à l'inspection du cran, le sens que les doigts ont à lui donner dans ce court trajet. On la place le cran en dessous, de façon qu'une ligne étant composée, on n'aperçoit aucun cran sur la surface. Quoiqu'il soit, au fond, indifférent de placer les espaces cran dessus ou cran dessous, il importe, en fait, de n'en point faire de distinction avec les lettres, parce qu'alors un seul coup d'œil sur la ligne permet, avant de la justifier, de s'assurer qu'aucune lettre n'est retournée ^
1. Dans les premiers temps de T imprimerie, lorsqu'on inventa les caractères isolés, et durant une période assez longue, la composition ne se faisait pas ainsi : au lieu de composteur, on se servait de fils de fer coupés de la long^ueur que
, C'est surtout dans cette première partie du travail que bien des apprentis contractent des habitudes déplorables. Au lieu de porter directement la lettre dans le composteur, ils la frappent sur le rebord de la casse sous prétexte de la retourner dans le sens voulu, et ce crochet, répété huit à dix mille fois dans une journée, se traduit par une perte de temps très sensible.
Pour arriver à lever la lettre très vite, il faut d'abord la lever lentement, mais régulièrement, en ne faisant que les mouvements absolument nécessaires et en se souvenant que la ligne droite est le plus court chemin d'un poipt à un autre. La main gauche, qui tient le composteur, doit prêter son concours à la main droite, en suivant ses mouvements dans une mesure raisonnable. L'espace à parcourir est diminué d'autant*, de là économie de temps.
11 faut saisir la lettre au-dessus du tas du cassetin, en évitant l'hésitation entre deux ou plusieurs d'entre elles, et la prendre légèrement pour ne point creuser le faite autrement que par l'épuisement naturel des lettres.
Le pouce et l'index doivent seuls agir dans cette opération : il faut réprimer avec soin la tendance qu'aurait le médius à se substituer à l'index. Afin que le contact des doigts avec la lettre soit immédiat, on doit tenir les ongles courts, condition plus indispensable qu'on ne croit généralement.
Le compositeur doit s'habituer à lire sa copie pendant le mouvement de la main, ou à peu près, et à reprendre
Ton voulait donner aux lignes. Les lettres et les espaces étaient percées dans leur épaisseur, à une même hauteur, et on les enfilait une à une dans le fil de fer jusqu'à ce qu'il fût rempli. D n'est pas besoin de faire ressortir les inconyénients de ce procédé primitif, surtout lorsqu'il s'agissait de corriger.
du premier coup d'œil l'endroit précis de Tarrêt précédent. Il doit la lire par membres de phrase aussi longs que possible, sans toutefois risquer de mettre sa mémoire en défaut, car alors, pour avoir voulu gagner du temps, il en perdrait en relisant une seconde fois le même passage. En prêtant dès le début une sérieuse attention à cette étude, on arrivera vite à réaliser, dans cette importante opération, toute Téconomie désirable.
En résumé, éviter les faux mouvements, les contorsions et les moulinets inutiles, réduire la fonction de la main droite au simple va-et-vient le plus direct, faire suivre cette dernière par la main gauche pour diminuer autant que possible la distance de la lettre au composteur, voilà le but le plus sérieux à obtenir, le point le plus important à réaliser dans le mécanisme de la composition. C'est le moyen de devenir promptement un habile leveur. Si à ces conditions l'on joint Fintelligence naturelle et l'acquis des connaissances orthographiques, grammaticales et des règles typographiques, on aura droit au titre de parfait compositeur, et l'on en recueillera les avantages immédiats sous forme de banques fructueuses ^
Est-il besoin d'ajouter qu'un silence rigoureux doit présider au travail de la composition ? Toute distraction est une source d'erreur et une perte de temps. Un apprenti désireux de progresser, un compositeur soucieux de produire bien et beaucoup, éviteront de parler sans nécessité, et surtout s'abstiendront de prendre part à des conversations qui frapperaient leurs oreilles et qui, d'ail-
i . La paye des ouvriers d'imprimerie se nomme banque; ce nom s'étend aussi au résultat des bordereaux partiels. *
20 PREMIÉAË PARTIE : COMPOSITION.
leurs, sont formellement interdites dans les bons ateliers.
LdL justification d'une ligne, c'est-à-dire l'opération qui consiste à l'arrêter solidement dans le composteur, est précédée ordinairement d'un petit travail d'initiative. Plusieurs chemins sont ouverts -, il s'agit de choisir le meilleur. Hormis le cas, assez rare, où le dernier mot de la ligne la complète exactement et dispense de rien diminuer ni ajouter aux espaces fortes mises uniformément entre chaque mot, comme cela doit toujours se faire au premier jet de la composition, il peut se présenter trois cas : ou le mot final ne peut entrer qu'en diminuant l'espacement ; ou il laisse après lui un blanc à répartir entre les mots de la ligne, parce que ce blanc ne permet pas d'introduire la première syllabe du mot suivant ; ou, enfin, il demande à être divisé, pour obvier à un espacement trop serré ou trop large. Rien n*est plus simple, à première vue, que la solution de ce petit problème ; mais il emprunte souvent une réelle difGculté aux règles typographiques d'espacement et de division des mots, règles qu'il est, pour cela, indispensable de posséder à fond, sous peine de faire la plupart du temps une composition défectueuse. L'espacement ne doit pas être inférieur à une espace d'un point et demi, ni supérieur aux trois quarts du cadratin. Quant aux séparations des mots entre eux d'une ligne à une autre, elles sont loin d'être toutes permises, et, de plus, la coupure des mots par syllabes est soumise à des règles précises que nous traiterons à leur place, ne nous occupant ici que de la partie manuelle.
Avant de justifier une ligne, avant même d'arrêter la façon de la compléter, un devoir s'impose à tout compositeur soucieux de parfaire son travail : c'est de relire sa
ligne dans le composteur pour s'assurer qu'aucune faute ne s'y est glissée. C'est un soin qui prend peu de temps, et ce' temps est vite regagné lors de la correction, qui se trouve ainsi allégée des erreurs réparées au cours de la composition. S'il est facile de corriger une coquille, on verra par la suite combien il en coûte d'avoir à remanier plusieurs lignes à cause d'un bourdon ou d'un doublon*.
Certains compositeurs, au lieu de lire chaque ligne dans le composteur, relisent leur composition dans la galée lorsquHIs ont terminé un paquet. Mais, alors, il est souvent trop tard pour corriger économiquement un bourdon ou un doublon, ce qu'il eût été si facile de faire en composant.
Voici comment on opère pour justifler. Avant de placer la dernière lettre, on modifie, s'il y a lieu, l'espacement comme nous l'avons dit plus haut, de façon que cette lettre entre avec une résistance moyenne, à laquelle le pouce s'habitue vite. Il faut avoir soin auparavant de redresser les lettres qui pourraient être couchées dans le composteur, pour que la lettre de fin se trouve également serrée dans toute sa longueur, ce qui constituera une bonne justification. Il est des compositeurs qui justifient sans retirer la dernière lettre, en forçant l'espace complémentaire à entrer à sa place. Ce mode est très vicieux; il est impossible ainsi de justifier avec égalité toutes les lignes, condition bien essentielle.
Ce travail terminé, on procède à la composition d'une seconde ligne, en ayant soin de placer sur la première l'interligne de l'ouvrage s'il doit être interligné, ou un
1. On appelle coquille une lettre mise pour une ratre ; bourdon, un passage de la copie omis ; doubUm, un passage composé deux fois.
filet s'il doit être plein. Le filet est une lame de plomb ou de cuivre de la longueur de la justification, et munie à chaque extrémité supérieure de deux oreillettes permettant de le retirer aisément entre les deux dernières lignes. Il a pour but de faciliter la composition, en offrant, en Fabsence d'interlignes, une surface polie à diaque lettre que la main droite présente dans le composteur ; car cette lettre est d'abord tenue en suspens par le pouce de la main gauche, qui la laisse ensuite glisser sans obstacle sur le filet et retomber au fond du composteur avec ce petit bruit métallique bien connu dans les ateliers.
Il existe une mauvaise habitude contre laquelle on ne saurait trop prémunir les débutants ; elle consiste à ne pas renfoncer les espaces complémentaires nécessaires pour la justification et à les laisser à la hauteur de Toeil de la lettre. Or, ces espaces retombent rarement d'ellesmêmes et marquent à Fimpression. Force est alors de revenir sur chacime d'elles avec la pointe pour les remettre en place, et ce travail est très long. Il appartient donc au compositeur d'accomplir soigneusement cette opération avant d'arrêter chaque ligne dans le composteur.
Si l'interlignage se fait avec deux interlignes bout à bout et d'inégale longueur, il faut les croiser à chaque ligne, afin d'obvier au dé&ut de consistance que ne manquerait pas de produire la rencontre des solutions de continuité ^
1 . Jadis on ne se servait, même pour les justifications moyennes, que d'interlignes brisées, c'est-à-dire de plusieurs pièces, qui souvent n'étaient pas exactement de même épaisseur ; quelquefois elles ne se joignaient pas bien, ou se croisaient et faisaient chevaucher la lettre ; ces inconvénients rendaient en outre la correction fort difficile, et parfois impraticable.
Si Ton interligne à deux interlignes d'inégale épaisseur, on place la plus mince la première, parce que Tautre, offrant plus de solidité, remplira mieux Toffice du filet.
Quand le composteur est plein, on le vide dans la galée, en prenant les précautions suivantes pour ne point mettre en pâte. On place une interligne ou un filet sur la dernière ligne, on pose le composteur sur le rebord de la casse, et, appliquant le médius de chaque main sur les deux extrémités des lignes, le pouce sur la surface de la première ligne, l'index sur la dernière, on force, par un mouvement modéré, la masse de composition ainsi maintenue à sortir du composteur ; le pouce, ne quittant pas sa place, prend, par TincUnaiscm des deux mains, la position supérieure, et Ton porte ainsi vers la galée Pensemble des lignes que Ton pose d'aplomb le long de ses deux rebords. 11 est essentiel, pour l'impression, que la lettre ne soit pas couchée. On doit donc strictement y veiller chaque fois que Ton vide son composteur, car il est toujours plus difficile de bien redresser une page entière de composition. Il est bon, en outre, de passer de temps en temps le doigt sur l'extrémité des lignes pour s'assurer que la justification du composteur ne s'est pas dérangée.
Lorsqu'on a ainsi complété un paquet d'une longueur raisonnable, on le lie et on le met sur un porte-page. Pour bien lier un paquet, il feut une ficelle pouvant en faire au moins deux fois le tour. On fait un nœud à l'un des bouts, que Ton appUque le long de la dernière ligne, plaçant le nœud à i'angle extérieur -, puis l'on contourne le paquet avec précaution en passant pardessus le nœud qui sert alors de point d'arrêt, et en
24 PAEMIERE PARTIE : COMPOSITION.
maintenant Fensemble de la composition avec la main gauche, lorsque, à chaque tour, s'aidant du pouce comme levier et du bord de la galée comme point d'appui, on donne à la ficelle la tension dont elle est susceptible. L'autre extrémité de la ficelle s'intercale, à Taide d'un filet ou d'une interligne, entre la première ou la dernière ligne du paquet et la partie de ficelle déjà enroulée, en ayant soin de la ramener vers Fangle pour obtenir le maximum de pression, et d'en laisser l'extrémité apparente et facile à saisir lorsqu'il faudra délier le paquet.
Le porte-page, destiné à recevoir le paquet pour en Ikdiiter le déplacement, consiste en une feuille de papier redoublée sur elle-même une ou plusieurs fois, de manière à former un soutien solide. On choisit de préférence du papier colley qui est plus consistant s'il vient à être mouillé.
Pour porter le paquet sur le porte-page, on saisit le premier entre le pouce et les trois doigts suivants, le petit doigt placé le long de chaque extrémité. Avant de l'enlever, on le s(yndey pour s'assurer qu'aucune lettre ne peut s'en séparer, ce qui serait le résultat d'ime mauvaise justification ou d'une ligature défectueuse. On le redresse sur le petit doigt de la main droite, tandis que la main gauche applique le porte-page sur la surfoce inférieure; le paquet est ensuite placé sur une des tablettes du rang, où l'on alignera successivement les suivants jusqu'à concurrence de huit au plus sur une seule pile.
Ici se présente une recommandation qui trouve sa raison d'être dans les règles mêmes de la mise en pages ^ ne jamais laisser, pour commencer un paquet, une ligne à cadrats qui soit une fin d'alinéa, car, ces sortes de
lignes étant formellement interdites en tête d'une page, on évitera parfois au metteur en pages le désagrément qui résulterait pour lui si une de ses pages se terminait naturellement avec la dernière ligne d'un paquet qui serait rayant-dernière ligne de Falinéa, détail qu'il aurait négligé de vérifier. L'inconvénient serait beaucoup plus grave si cette page se trouvait être la dernière d'une feuille, car on risquerait de ne s'apercevoir du fait qu'après que la feuille aurait été tirée.
n arrive quelquefois que, dans le cours d'une composition, une sorte peu courante venant à faire défaut, il y a nécessité de ne pas suspendre le travail. Force est alors de substituer provisoirement à la lettre manquante une autre lettre de même épaisseur 5 c'est ce qu'on appelle bloquer. On tournera celle-ci cran dessus, afin de mieux distinguer le blocage, mais on ne la placera pas le pied en haut, car le contact du porte-page ou du marbre avec l'œil pourrait le détériorer. Remettre en leur place les lettres qu'on a dû bloquer s'appelle débloquer. Ce • mot exprime aussi l'action d'extraire d'un paquet des sortes manquantes.
Recommandons enfin de ne Jamais employer la pointe pour relever les lettres accumulées dans le bas des cassetins par l'effet naturel de la composition. Le meilleur moyen de les remonter sans les estropier, et en n'égratignant pas le fond des cassetins, consiste à relever le bas de casse, puis à compléter avec les doigts le premier résultat ainsi obtenu.