Friedenfels, Bedeus v. Scharberg, I
entièrement : tous les partis ne travaillaientils pas à la défense des droits de la nation? Le Concordat, qui eût dû semer un germe nouveau de discorde entre les confessions, les rapprocha encore : les catholiques ne se réjouirent pas de l'oppression qui menaçait les protestants, car ceux-ci combattaient avec eux pour la Constitution; ils ne virent dans le Concordat que les dispositions centralistes, anti-hongroises : le bas clergé redoutait la toute-puissance que le Concordat allait donner aux évêques et la domination des ordres ; le haut clergé se sentait amoindri, déchu de sa place historique ; même les évêques nommés par la réaction, et au premier rang Scitovszky, ne se séparèrent pas des patriotes. L'antagonisme social entre la noblesse et les paysans, qui avait jusque-là affaibli la nation, diminua beaucoup grâce à l’administration même de Bach : car le nouveau régime, en rendant définitive l'émancipation, rassura les paysans inquiets d’une réaction, et fit disparaître chez les seigneurs des regrets désormais vains. S'il y eut des défaillances individuelles assez nombreuses, si, même sans en être pressés par le besoin matériel, des Magyars de bonne famille acceptèrent des emplois du gouvernement, la masse de la nation se tint bien ; le bloc qu’elle formait resta impénétrable aux Autrichiens. Fonctionnaires et officiers étaient boycottés dans toute la société. ou, si on les y admettait par exception. exposés à entendre les paroles les plus gènantes ‘. Cette rigueur s'adoucit un peu dans les dernières années. lorsque l'on put s apercevoir que parmi les «Ghussards de Bach * » il n’y avait pas que des oppresseurs et des voleurs, et lorsqu'eux-mêmes, à vivre dans ce milieu, se rapprochèrent un peu des idées qui y avaient cours. Mais ce rapprochement resta de surface. il fut tout individuel. Plus d'un de ces fonctionnaires partit regretté de ses administrés, surtout des paysans *; mais ils durent partir quand l'Autriche nouvelle s’écroula, et aucun effort ne fut fait pour les retenir : car, si réconcilée que fût la nation avec leurs personnes, elle gardait au système qu'ils représentaient toute son amertume et toute sa rancune. Plus peut-être que les siècles du passé, ces dix années de Bach ont contribué à établir en Hongrie contre les Allemands, contre « Vienne », cette défiance et cette haine qui ont été un des facteurs essentiels du dualisme, et qui, aujourd'hui encore, sont une force dont il faut toujours tenir compte.