‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 124 sur 369 · Denis, 0. c., Il · texte numérisé non relu

Denis, 0. c., Il

colère et d’effroi » ‘, profitait au régime qui avait comprimé la rébellion et restauré l'autorité ; plus tard, à mesure que ce temps s'éloigna, l'empereur reprit plus de confiance en sa force et en son prestige personnels, et tout l'appareil de Bach put lui paraitre moins nécessaire. Peut-être aussi, dans sa crainte constante de se laisser dominer, dans son désir de conserver son indépendance et sa personnalité *, se défiait-il intimement d'un ministre trop puissant, même lorsqu'en apparence il lui accordait l'appui le plus ferme et le plus résolu. L'âge enfin accomplissait son œuvre, lui donnant l'expérience des affaires, une vue plus nette des situations politiques. Szôgyény, en 1860, note combien il est sérieux, consciencieux, juste, bienveillant, et qu'il n’a point de rancune contre les Hongrois *. Ce n'est point quelques semaines qui ont pu opérer en lui pareils changements ; ils sont, sûrement, le résultat d'une lente évolution. Elle le rendait plus accessible aux suggestions des adversaires et des ennemis du ministre ; et ceux-ci étaient nombreux. Toute la haute aristocratie de la monarchie, hongroise, allemande, bohème, était unanime dans sa rancune contre le & jacobin » qui usurpait pour lui-même et pour ses créatures les places réservées par droit de naissance à la vieille noblesse, et qui avait présidé à la grande spoliation, à l’émancipation des paysans ; elle ne pardonnait pas à Schwarzenberg d’avoir élevé au pouvoir cette Cclique de juifs» *. L'autre coterie vraiment puissante, celle des militaires, outre qu’elle dédaignait le bureaucrate et le civil, s’irritait qu'il eût l'audace de vouloir s’ingérer dans ses affaires et en particulier discuter ses demandes de crédits. Et c'était là une inimitié redoutable ; car le comte Grünne, premier aide de camp de l'empereur, était la plus haute influence qu'il y eût alors en Autriche : &« sa manière d’être avec les ministres permet à elle seule de conclure qu'il occupe une position dirigeante. * » Bach se savait ainsi entouré d'intrigues, constamment menacé ; il se tenait sans cesse sur la défensive ; et il craignait également de ne rien faire et de paraître alors inutile, de faire quelque chose et de provoquer par là un ébranlement où il sombrerait. L'instabilité, l'incertitude de sa situation personnelle rejaillissait sur le système

Denis, 0. c., Il, 357.

Friedjung, Kampf, I, 52-60.

Marczali, À legüj. kor tôrt., 873,

4. Ce sont leurs plaintes à Bismarck, dans sa mission de 1852 à Vienne. Pourtant, fait remarquer Bismarck à son chef, Bach n’est pas Juif. Poschinger, Preussen im Bundestag, IV, 78.

5. Dépêche de Bismarck, 2 juin, dans Poschinger, 0. c., IV, 92.

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