‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 139 sur 369 · Schwärmer : Kôonyi, Dedk, Il · texte numérisé non relu

Schwärmer : Kôonyi, Dedk, Il

3. Friedjung, Benedek, 260 (lettre de Goluchowski à Benedek). 4. Drei Jahre Verfassungsstreil, 35.

de lui, Hübner prit à la police la place de Kempen. En diplomatie élève de Metternich, et par là déjà sympathique aux conservateurs hongrois. il le devint plus encore au cours des conférences où Rechberg l'avait convié ; sa nomination parut être pour eux un succès ; mais ils n’en jouirent pas longtemps. Dessewffy lui avait indiqué des lectures à faire sur le droit public hongrois ‘ : il s'en pénétra trop profondément, il subit trop docilement l'influence des conservateurs ; au conseil, il s'engagea à fond pour la restauration des droits de la Hongrie et une conversion sérieuse au constitutionnalisme, et posa, pour sa personne, la question de confiance. Elle fut résolue contre lui. Pendant son ministère de deux mois, il avait semblé qu’un souffle de liberté passât sur l'Autriche. La presse avait été moins muselée, la critique avait pu élever sa voix. Son successeur, Thierry, changea complètement de méthode ; son ordonnance sur la presse (25 nov. 1859) est un chefd'œuvre du genre réactionnaire : est punissable, dit l’art. 4, après une longue énumération, quiconque publie des nouvelles fausses, inventées ou arrangées, et qui sont de nature @ à affaiblir la confiance dont jouit le gouvernement ». La police est, naturellement, seul juge de la qualité de ces nouvelles et de leur effet. Au moment où la question vitale pour l’Autriche est de savoir quelle sera la Constitution de la monarchie, elle pousse l’inconscience jusqu’à interdire à la presse de prononcer même le nom de Constitution ? Ces brusques changements de direction, cet entêtement dans une réaction et une compression devenues impossibles, trahissent l'embarras, l'anarchie qui régnaient en haut lieu. Il fallait réformer, et on ne voulait toucher à rien ; renoncer à l’absolutisme. et on craignait d’affaiblir le pouvoir monarchique. On errait dans les ténèbres, risquant des demi-mesures inutiles, excitant par maladresse les hostilités mêmes que l’on voulait désarmer. On faisait des concessions aux langues nationales dans l’instruction,

1. Somssich et le Conspectus de Cziraky. Kônyi, Deak, II, 228.

2. Friedmann, Zehn Jahre üsterr. Politik, 107. Dans un article du 5 nov. 4839, Friedmann soutenait cette thèse qu’il fallait à l'Autriche une Constitution, non point schématique à la française, mais adaptée aux particularités de son développement historique et national. Cet article lui valut, de la police, un avertissement où se lisait textuellement cette phrase: « Bien que le gouvernement, dans ces derniers temps, ne se soif pas opposé en général à ce que la presse autrichienne traitât, avec modération et dans une bonne intention, les questions de politique autrichienne, il ne saurait permettre qu’à ce sujet les questions fondamentales mêmes de l’État, et en particulier celle de la Constitution de l'Empire, forment l’objet de la discussion. »

la justice, l’administration ; on sacrifiait du régime de Bach le germanisine, Mais On croyait pouvoir en conserver l’absolutisme.

Tandis que Rechberg négociait avec les Hongrois, son collègue Thun, sans le savoir peut-être, allumait un nouvel incendie dans leur pays. Le 10 septembre 1859, le journal officiel de Vienne publia une Patente impériale sur l’organisation des Églises protestantes en Hongrie. Prète dès 1856. elle dormait depuis lors, par suite du marasme qui avait envahi à cette époque le gouvernement, dans les cartons du ministère. Elle était, dans ses dispositions, très-libérale : l'Autriche cisleithane l’eûñt accueillie avec enthousiasme ; l'Allemagne protestante admira la nouvelle liberté autrichienne. Mais, pour la Hongrie, elle était inacceptable, car c'était une Patente, une ordonnance absolutiste, et, en droit hongrois, les questions confessionnelles ne peuvent être réglées que par des lois. Des détails éveillaient les soupçons : la Patente semblait vouloir calquer la géographie ecclésiastique de la Hongrie sur la géographie administrative de Bach, créer des surintendances slaves, sur lesquelles le gouvernement de Vienne pourrait s’appuyer pour lutter contre les Magyars ; les Slovaques l’accueillaient assez favorablement. Mais la question de droit, pour les Magyars, dominait de beaucoup le débat : c’est elle que soulevaient toutes les résolutions de leurs assemblées ecclésiastiques, toutes leurs pétitions à l'empereur. Ainsi la lutte perdait son caractère religieux pour devenir politique et nationale. L’agitation contre la Patente donnait un programme, un centre d'action à tous les patriotes; même des prêtres catholiques y prirent part ‘. Elle devint rapidement irrésistible : en 1856 encore, il n'aurait pas été très difficile de venir à bout de l'opposition magyare ; en 1859, après Solférino, on haïssait et on inéprisait toujours le gouvernement, mais on ne le craignait plus. «C'est la plus colossale sottise que le gouvernement ait faite depuis 1848 », s'écria Émile Dessewffy en lisant la Patente *. Les assemblées de protestation se multiplièrent ; il fallut employer des soldats contre elles. Les chefs de la résistance, qui étaient en majorité des modérés et des loyalistes, furent traduits devant les tribunaux, condamnés, emprisonnés. Le gouvernement faisait des martyrs, et entretenait ainsi une agitation qui, au fond, servait ses desseins absolutistes. L'empereur reconnaissait qu’il fallait changer de système, se rapprocher de la légalité ; mais il fallait avant tout que l’ordre fût rétabli : pour le moment, des

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