Masaryk, Karel Havlicek
balancer l'influence des Magyars, et de servir, avec leur propre ‘eause, celle de la monarchie. Mais un programme historique réduit au seul royaume de Bohème — à la province de Bohème, et non à l'État bohème — n'a rien de national : il est tronqué et inefficace. C'est celui pourtant que Clam formule au Reichsrath. La voix des Tchèques ne peut pas s’y faire entendre : toujours suspects d'esprit révolutionnaire et aussi de hussitisme, ils en ont, seuls parmi toutes les nationalités de la monarchie, été exclus. La couronne de Saint- Venceslas y est représentée moitié par des seigneurs féodaux, moitié par des avocats et des industriels allemands. Ceux-ci sont centralistes, ceux-là provincialistes. En face des Hongrois, derrière lesquels il y a une nation entière, Clam représente un clan de quarante ou cinquante familles. Pour eux, il s’agit de restaurer l'État hongrois magyar ; pour lui, de relever dans les provinces autrichiennes les Constitutions aristocratiques, non point comme boulevard des nationalités, mais comme citadelle du conservatisme, comme rempart contre la bureaucratie, la centralisation, le libéralisme. Prisonnier de ses propres formules, il défend avec une fougue irréfléchie une théorie qui, inventée par des Hongrois et pour la Hongrie, ne pouvait profiter qu’à elle. Il fallait un fort optimisme ou une étrange naïveté pour croire que, par la seule vertu des mots et des principes, la Diète du Voralberg, aussitôt proclamée l'égalité de droits entre les diverses individualités historico-politiques de la monarchie, deviendrait l’égale en autorité et en influence de la Diète de Hongrie. Il n’y a pas moins, cependant, que cette énormité, sous l’adhésion enthousiaste de Clam aux doctrines d’Eôtvôs et aux formules de Szécsen.
Le Reichsrath renforcé ouvrit le 31 mai sa session, qui se divisa en deux parties très distinetes. Durant les trois premières semaines, cinq séances seulement furent tenues, sans autre résultat positif que la nomination d'un comité de vingt et un membres chargé d'examiner le budget, Les Hongrois, fidèles à leur tactique, empêchèrent toute autre mesure, Ils se bornérent à faire en toute occasion le procès de l’absolutisme, et à affirmer les droits de leur pays. Le 19 juillet, après une interruption de près d'un mois, que le public considérait déja comme définitive, l'assemblée fut réunie pour entendre la lecture d'une communication impériale. Les diflicultés financières n'avaient pas diminué, et le nouveau ministre des finances, Plener, n'attendait le salut que d'un réel contrôle parlementaire, d'une vraie Constitution. À sa demande !
1. Souvenirs de Plener, dans Neue Freie Presse, 27 juin 1901.
l'empereur s'engagea dans ce sens et signa le billet de cabinet du 17 juillet, qui déclarait sa résolution de n’élever les impôts existants, de n'en créer de nouveaux, et de ne contracter désormais d'emprunt, qu'avec l’assentiment du Reichsrath renforcé, sauf le cas de besoin urgent sous une menace de guerre. L'assemblée suspendit ensuite de nouveau ses séances pour deux mois ; après quoi elle se mit activement à discuter le rapport de sa commission du budget. Aux yeux des Hongrois, c’était l'essentiel de sa mission. La commission, comme l'expliqua Széesen, n'avait pas cru pouvoir se limiter à un examen de chitfres ; elle s'était crue appelée à porter son attention sur tout le système politique de la monarchie. Dans la critique, ses vingt et un membres sont unanimes. Ils condamnent sans merci le régime des dix dernières années, ruineux et destructeur de la confiance et par suite de la prospérité publique. Pour restaurer celle-ci, il faut rétablir celle-là ; il faut mettre la population, matériellement et moralement, en mesure de satisfaire aux charges que lui impose en particülier la situation financière, Amenée ainsi à formuler des propositions positives, la commission se divise, La majorité estime qu’il convient de prendre exactement le contre-pied du système qu'elle condamne. Il se fondait sur la méconnaissance du « caractère politique inhérent de la monarchie ». C'est ce caractère désormais qu'il faut comprendre et respecter. Empruntant à Eôtvôs ses idées et souvent ses expressions, Szécsen et Clam montrent la « véritable unité politique » de la monarchie liée au respect de l’individualité historico-politique de ses diverses parties. « L'individualité historico-politique des différents pays de la monarchie, » dit Szécsen, « c’est précisément l'expression et la réunion de tout le développement et de toute l’activité — nationale, historique et politique — des diverses parties de la monarchie ; c’est cette conception qu'il y à, non seulement un royaume de Hongrie, et non pas un département du Danube et de la Tisza ou des Carpathes, mais aussi, au lieu d’un département de Troppau ou de Salzbourg, un pays de Salzbourg, une Silésie; non point un département de la Moldau et de la mer Adriatique, mais une ville de Trieste, un pays — un royaume de Bohême. — Le sentiment d'individualité historicopolitique existe, bien qu’à des degrés différents, dans tous les pays de la monarchie; l’ignorer volontairement, ce n’est pas encore l'abolir : ». Ce sont ces individualités historico-politiques vivantes