Wohlverstanden
2, Seizième séance.
qui doivent devenir les fondements de la monarchie autrichienne. Il faut concilier les besoins du présent avec les traditions justifiées du passé, il faut fortifier les institutions nouvelles en les rattachant à celles qui se sont historiquement développées dans les divers pays. Voici donc les principes du nouveau système : reconnaissance de l’individualité historico-politique des différents pays; égalité, en principe, de tous Les pays de la monarchie ; autonomie administrative et législative aussi large que possible pour tous ; définition exacte et garantie entière des droits et des attributions de la monarchie, respect des anciennes institutions historiques, sauf les modifications nécessitées par les récentes transformations politiques et sociales ; modifications constitutionnelles dans l'intérêt de la force de la monarchie, mais uniquement dans la mesure où une véritable nécessité politique les exige. — Le vague de ces formules éclate aux yeux. La majorité de la commission s'efforce de le présenter comme voulu : en posant ces règles générales, elle croit rester dans Îe rôle du Reichsrath; à vouloir en donner de plus précises, elle empièterait sur les droits de l'exécutif etsurle pouvoir du souverain, — La minorité a les mêmes scrupules. Elle critique les formules de la majorité : les institutions historiques sont trèsdiverses suivant les temps et les lieux ; dans les pays cisleithans, il n'en subsiste pas qui soient capables de vie; par conséquent, l'application des principes de la majorité rétablirait aussitôt le dualisme, et, en même temps, par ses concessions aux provinces, affaiblirait le pouvoir central, l'unité de l'Empire, la situation européenne de la monarchie. Il faut donner aux sujets plus de libertés, à l'opinion les moyens de contrôler les actes du gouvernement, «à la voix des sujets les moyens de se faire entendre et d'être prise en considéralion » dans les questions législatives et financières. Le Reichsrath, un peu modifié dans sa composition, et doté d’attributions plus étendues, serait un bon représentant des intérêts de l'Empire. Comme l'assemblée actuelle n’est pas appelée à donner des indications plus précises, la minorité se borne à prier l'empereur de vouloir bien, «en vertu de sa souveraineté, appeler à la vie des institutions qui, en développarit autant que possible le self-government dans toutes les provinces, et en maintenant complète l'unité de l'Empire et de la législation comme du pouvoir exécutif, en établissant un contrôle budgétaire eflicace et indépendant, assurent à tous les intérêts de la population, dans la commune, la Diète provinciale et le Reichsrath, une représentation appropriée ».— Cet oracle assurément est au moins aussi obscur que celui de la majorité.
Cette obscurité voulue, le vague de ces formules sont des symptômes frappants de l’état de l'opinion en Autriche. Sauf les Hongrois, personne dans la monarchie ne sait précisément ce qu'il veut, ou, du moins, n'ose le dire. L’absolutisme s’est écroulé, mais les représentants, nommés, il est vrai. et non élus, des peuples de la monarchie semblent encore sous le coup de la terreur qu'il inspirait. Ces conseillers, appelés par l'empereur pour aider son choix dans un moment difficile, s'appliquent à ne lui pas donner de conseils précis, à peine de timides indications. Le flottement de certains d'entre eux est significatif. Antoine Auersperg ‘ s’indigne de la déclaration préalable des Hongrois, qui est attentatoire à l'unité de l'empire ; il trouve que la motion de la majorité n'’insiste pas assez sur ce principe, que la minorité voit plus juste ; il ne considère pas comme douteux que la présomption de compétence doive être en faveur de l'Empire; pourtant, en fin de compte, il vote avec la majorité, car le cadre de sa motion est le plus vaste, et toutes les nuances d'opinion peuvent s'y rencontrer. Nous n'avons pas, ajoute-t-il, à trouver les voies d'exécution : c’est l'affaire du gouvernement et du souverain ; « nous ne sommes pas une assemblée constituante ». Non seulement la majorité, comme de juste. partage ce scrupule. mais la minorité aussi tremble devant des mots : Hein, son principal orateur, un revenant du comité de Kremsier *, se défend avec énergie de vouloir une Constitution «représentative moderne, à la française » ‘, et tous ses collègues de la minorité s'indignent que leurs adversaires leur lancent cette accusation. Ils reculent devant les conséquences logiques de leur propre pensée. Seul, le représentant des Saxons de Transylvanie, Maager, eut le courage de dire franchement son avis, d'énoncer une opinion précise et positive : ce qu’il nous faut, la seule réforme qui puisse nous sauver, c'est une « Constitution de l'Empire “ ». La majorité scandalisée dit rudement son fait à ce révolutionnaire ; la minorité, timide et courtisane, le désavoua ; le représentant du Tiers État, comme il se nommait lui-même, à l’indignation des princes et des comtes qui ne représentaient qu'eux ?, resta isolé dans l'assemblée, tandis qu’au dehors ses paroles réveillaient l'in-