‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 16 sur 369 · Denis, 0. c., I · texte numérisé non relu

Denis, 0. c., I

défendre les maigres droits qui leur restent, sans essayer d'en reconquérir d'autres. La centralisation a le champ libre : et l'usage officiel de l'allemand, égalé en droit au tchèque, et en fait plus employé, prépare la voie à l'absorption de la Bohème. Le législateur absolu est désormais un dans toutes les provinces autrichiennes ; comment la législation et l'administration tarderaientelles à y devenir unes”? Ferdinand aurait pu supprimer les derniers vestiges de l'indépendance du pays, la Diète, la chancellerie, le couronnement. Par paresse et manque d'idées, sans doute, plus que par scrupule, il ne le fit point : il laissa subsister les formes auxquelles, après la renaissance tchèque, se reprit la tradition nationale. Du moins le travail préliminaire de l'unité était aecompli, et, si l'on veut, la tâche «facilitée à toutes les usurpations postérieures ! ».

Si la Hongrie à échappé au sort de la Bohême et à la prise de l'absolutisme autrichien, c’est aux Tures qu'elle le doit : les Tures ont été les protecteurs de son indépendance. Pendant cent soixante ans, de la bataille de Mohäcs à la reconquête de Buda, qui marque pour la puissance ottomane Le début de la décadence rapide, il n'ya plus une Hongrie, il y en a trois: à l'Ouest, la Hongrie royale. autrichienne ; au centre, la Hongrie turque; à l'Est, la Hongrie magyare, nationale, représentée surtout par les princes de Transylvanie, qu'appuient le plus souventles Turcs. Ferdinand a bien acquis en 1526 la couronne royale ; mais il n'a pas acquis avec elle la possession incontestée du pays. En Bohème, il est roi. seul roi et vraiment roi ; mais en Hongrie il se heurte à un antiroi, élu lui aussi par une Diète, Jean Szäpolyai. La division de la nation qui s'est ainsi dessinée durera presque deux siècles, ne prendra fin qu'avec la dernière insurrection : d’un côté, le parti qui, chrétien avant tout, préfère, quelques craintes qu'ils lui inspirent, les Habsbourg aux Turcs; de l’autre celui qui, plus magyar encore que chrétien, plutôt que de sacrifier sa nationalité à l'Autriche, choisit de la conserver sous la suzeraineté des Turcs. Entre les deux, il n'existe pas cette haine inexpiable qui, en Bohême, a divisé les partis religieux. Exception faite des fanatiques, nombreux d’ailleurs, le bien de la nation, ses libertés sont également chers aux uns et aux autres : ils ne diffèrent que dans

1. Denis, o. c., I. 419. — Sur toute cette question du droit d’État de la Bohême, Kalousek, Ceské stélni prdvo, ch. VI. Toman, Das bühn. Siautsrecht. Kramaï, Das bühm. Staatsrecht. Fischhof, Oesterreich u. die Bürgschaften seines Bestandes. :

l'appréciation des meilleurs moyens de les préserver. Mais les Hongrois fidèles et catholiques savent fort bien de quelle importance est pour eux l'existence de la Hongrie nationale ‘: entre les deux. les ponts ne sont jamais complètement rompus ; les relations de famille, les rapports personnels des chefs, contribueront beaucoup à la pacification finale.

C'est à l'occupation turque, au maintien sous l'égide du sultan d'un foyer de vie nationale en Transylvanie, à la modération relative qu'imposait aux Habsbourg la crainte de rejeter, par un excès de violence, la nation entière vers l'Islam, que la Hongrie a dû de conserver ses libertés dans le moment où Ja Bohème perdait les siennes. Elle les a d'ailleurs héroïquement défendues et chèrement payées. Contre la politique « de recatholicisation et d’autocratie »? de la cour, la Hongrie protestante et constitutionnelle a soutenu la lutte par six formidables insurrections. De 1526 à 1511, elle a supporté les maux successifs et souvent simultanés de l’occupation turque et de la guerre étrangère, de la guerre civile, des vengeances impériales. À ce prix, elle est restée un facteur indépendant de la politique européenne dans le grand conflit politique et religieux qui, au xvur° siècle, met au prises les Habsbourg, qui poursuivent la domination universelle, et leurs ennemis coalisés. C'est ce conflit même qui lui a permis de résister victorieusement anx forces autrichiennes malgré leur supériorité. Si la maison d'Autriche avait borné son ambition à supprimer la Constitution hongroise, à incorporer la Hongrie dans l'État autrichien. il est certain qu'elle aurait atteint son but”. Mais son plan était plus vaste: c'était contre toute liberté politique et religieuse qu'elle luttait, contre l'indépendance nationale, pour le catholicisme et la monarchie universels. Les insurrections hongroises deviennent ainsi un élément des calculs de la diplomatie européenne : elle les soutient, même elle les suscite ; la Suède et la France pendant la guerre de Trente Ans, la France pendant les guerres de Hollande et de la succession d'Espagne négocient et traitent avec les insurgés. Sans doute, la Hongrie fait souvent un mauvais marché, et ses alliés, lors des règlements de comptes, l'abandonnent. Mais, souvent aussi, lorsque l'empereur, engagé dans de trop vastes

4. «On ne nous respecte à Vienne, nous autres Hongrois, que tant qu’un prince national règne en Transylvanie. » Parole du primat Pazmäny, Radé-Rothfeld, p. 31.

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