‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 160 sur 369 · Staatsarchiv · texte numérisé non relu

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perception d'impôts, toute poursuite pour retard, toute levée de soldats, jusqu’à ce que le Parlement, seulcompétenten ces matières, ait pu se prononcer. Telle est désormais la formule de l'opposition légale, et qui sert aussi à satisfaire les impatiences de l'opposition révolutionnaire, Les comitats ne condescendent pas à correspondre ofliciellement avec la chancellerie et la lieutenance, qu'ils ne reconnaissent pas ; ils s'adressent personnellement à Vay et à Maijlâth comme à des particuliers, à des patriotes capables de faire entendre au roi le vœu de la nation !. Ils ne se font sans doute pas d’illusion sur le sort réservé à leurs demandes, car, (n'ayant pas de raison de croire les hommes d'État de Vienne atteints de folie? », ils ne peuvent compter sur l'arrêt des impôts et des levées. Mais ils posent, par un procédé qui n’est pas nouveau dans l’histoire des luttes politiques en Hongrie, le droit en face du fait qui le viole, et, à force de nier ce fait, ils finissent par l’ébranler. Moins de deux mois après la publication du Diplôme, le comitat de Pest, une assemblée municipale. officielle, le traite comme s'il n'existait pas, mettant ainsi dans un singulier embarras les hommes qui ont entrepris de réconcilier par lui la Hongrie et la monarchie.

Dans cet embarras, ils auraient eu besoin d’être soutenus par le succès en Autriche. Si le Diplôme était apparu à la Hongrie comme un acte inébranlable, voulu par le monarque, appuyé par les peuples cisleithans, la résistance hongroise aurait été plus diflicile, les chances des conservateurs plus grandes. Mais, pour ne pas prendre les mêmes formes qu'en Hongrie, le mécontentement et la désapprobation n’étaient pas moins grands en Autriche. Ceux qui avaient été déçus par le Diplôme à son apparition ne se réconciliaient pas avec lui, et ceux qui l'avaient salué avec joie commençaient à reconnaître leur erreur. Les Slaves, à qui il avait plu parce qu’il mécontentait les Allemands, en découvraient après coup l'esprit réactionnaire. L'essence du Diplôme, pour l'Autriche cisleithane, c'étaient les statuts provinciaux, base de l'élection des Diètes qui elles-mêmes députaient au Reichsrath. Or, les premiers statuts qui parurent soulevèrent une indignation universelle. Pour inaugurer l’ère constitutionnelle, le ministère d'État avait l’inconscience de promulguer les statuts élaborés sous Bach. Dans certaines provinces, la noblesse et le clergé auraient eu autant de représentants que tout le reste dela population :; dans d’autres, la Diète ne devait avoir que voix consultative, et il fallut, devant le

1. Emléklapok, 347. — Drei Jahre Verfassungsstreit, 81-2. 2. Kecskéméthy, Ein Jahr, 29.

soulèvement du publie, que le journal ofliciel excusât sur la complaisante «faute d'impression » ce défi à l'opinion. Le 20 octobre, on avait pu organiser à Vienne une maigre illumination ; au retour de l'empereur de Varsovie, le mécontentement général se marqua par une abstention complète ; quelques jours plus tard, il fallut interrompre la publication des statuts, qui menaçait de déchainer à la fin une émeute. Telle avait été la gradation du sentiment public.

I fallait une victime expiatoire : Goluchowski était tout désigné. Nul doute qu'il ne fût inférieur à sa tâche ; ses juges les plus indulgents se bornent à lui reconnaître les mérites d'un bon fonctionnaire ; il fallait plus à ce moment. Lemberg, d’où il sortait, n'a jamais été une bonne école pour apprendre à gouverner l'Autriche. Ses subordonnés, loin de le guider et de l’avertir de ses fautes, travaillaient à l'induire en erreur: au ministère, ce provincial semblait un intrus ; s’il n'exigeait pas de ses fonctionnaires les courbettes des paysans ruthènes, il les traitait du moins de haut, sans grâce. Aussi l’aidaient-ils volontiers à se compromettre : Lesser. legs de Bach à l’ère nouvelle, et toujours prêt à mettre son talent administratif au service de la politique préférée en haut lieu, trahissait doucement son chef depuis qu'il le sentait ébranlé. Les Hongrois étaient complètement brouillés avec lui. Clam-Martinic, qui avait visé le ministère d’État, d'où sa raideur et son orgueil seuls l'avaient écarté, faisait agir contre son rival toutes ses ressources. Pendant que Goluchowski se berçait dans sa gloire, ses fautes, ces intrigues et tout un ensemble de causes auxquelles il était étranger, préparaient sa chute, soudaine, et qui ne surprit personne plus que lui .

A Varsovie, l’empereur avait espéré s'assurer contre la Sardaigne le concours de la Russie et, par elle, de la Prusse. Mais il n’en rapporta que des paroles vagues et des promesses platoniques. L'espoir de former une nouvelle Sainte-Alliance ainsi déçu, il fallait d'autant plus que la monarchie, privée d’appuis à l'extérieur. trouvât dans son organisation intérieure la force nécessaire pour résister à des agressions menaçantes et maintenir sa situation et son prestige. L’agitation contre le Diplôme devenait done doublement gènante, la force des idées plus ou moins séparatistes en Hongrie doublement dangereuse. Peut-être aussi, avec son esprit à la fois mobile et obstiné, l’empereur faisait-il déjà supporter aux

4. Il trouva un matin sur la table de son secrétaire le décret qui le révoquait. Meyer, Erlebnisse, I, 5.

conseillers auxquels il avait prêté son oreille les conséquences d’un échec où ils n'étaient pour rien. Enfin, l’état des finances exigeait un nouveau changement. Le Diplôme avait été émis surtout pour restaurer la satisfaction et par là la confiance et le crédit publics ; mais l'opinion le rejetait. Le cours des papiers d'État baissait toujours, l’agio augmentait dans d'énormes proportions ; il était plus hatt de beaucoup en novembre 1860 qu’au lendemain de Magenta et de : :'{érino ‘. Ces chiffres traduisaient le mécontentement des industriels. des commerçants, de la bourgeoisie riche et travailleuse ; ils exprimaient aussi la gêne où l'anarchie de la Hongrie plongeait le gouvernement. Les impôts de ce pays ne rentraient plus ; et, pour boucher le vide ainsi fait dans ses caisses, le ministre devait recourir aux expédients les plus douteux et les plus coûteux *. Plener, à qui l'empereur accordait alors une grande confiance *, attirait toute son attention sur les causes politiques de cette situation. Si bons que fussent ses rapports personnels avec Goluchowski, et si peu fédéraliste que fût en réalité le ministre d'État, Plener, et avec lui la bureaucratie centraliste, désiraient et appelaient un changement de régime, qui remettrait en vigueur. sous des airs constitutionnels, les principes administratifs de Bach. Les Hongrois, sans le savoir, aidèrent leur ennemis à triompher, en proposant à l'empereur, pour la succession de Goluchowski, Schmerling.

L'accueil fait au Diplôme indiquait de quel côté il fallait chercher le remède. Si l’on donnait satisfaction au sentiment public des États héréditaires, en y restaurant une administration forte et libérale et en y inaugurant une politique vraiment constitutionnelle, on fortifiait la position de l'Autriche en face de la Hongrie, et par suite on donnait au Diplôme de nouvelles chances de succès. Montrer aux Hongrois une Autriche vraiment libérale, c'était, pensaient Vay et Szécsen, le seul moyen de les attirer vers elle, de lui donner confiance dans le Diplôme. Du point de vue hongrois, ils concevaient ainsi l’idée dont, durant les quatre années de Schmerling, s'illusionnèrent les libéraux allemands du Reichsrath. Pour faire cette politique, ils avaient choisi Schmerling. Szécsen songeait à former avec lui un «grand ministère », un

1. Agio en juillet 1859, 116; en nov. 1860, 140 et plus. Beer, Finanzen, 299. 2. Emprunt du 18 janvier 1861, à 9 °/, en réalité, motivé par le manque des

contributions hongroises. Beer, Finanzen, 299.

3. Sa nomination comme ministre en titre est du même jour que le renvoi de Goluchowski.

gouvernement de coalition, où aurait figuré Hübner, ou encore un grand seigneur de Bohème, le comte Nostic '. Finalement, tout se borna à sa nomination comme ministre d’État. Szécsen était attiré sans doute surtout par son énergie, Vay était plus touché de son libéralisme. Il était populaire en Autriche depuis sa sortie du ministère en 1850 ; il était en relations suivies avec les hommes d'Etat hongrois, et ne faisait pas mystère en 1860 plus que sous Bach de ses sympathies pour la Hongrie ; on avait une haute confiance dans ses talents d'administrateur ; son programme était plein de promesses. « Voici, » écrivait Szécsen à Vay ?, «les idées maîtresses de Schmerling : dans les provinces allemandes-slaves, la mise en vigueur sérieuse et sincère du programme du 20 octobre et du Diplôme ; en Hongrie, le maintien sérieux, sincère, loyal du Diplôme ; dans les parties arrachées à la Hongrie, la Voïvodie par exemple, puis, dans les pays de la couronne, Croatie et Transylvanie, s'opposer loyalement à tout mouvement et à toute intrigue contre la Hongrie, comme c’est la volonté de Sa Majesté elle-même ; remettre le jugement et la décision des questions hongroises à toi et à ceux qui, comme Majlâth et Sennyey, se trouvant dans le pays, sont seuls capables d'apprécier où l’on peut céder, où l’on doit résister, où il convient de négocier. » Poussé par les hommes d'État hongrois, appuyé par les influences centralistes qui reprenaient faveur à Vienne, non seulement par la bureaucratie, mais par Rauscher, qui fut l’un des principaux artisans de son élévation, Schmerling fut appelé, le 13 décembre 1860, à la succession de Goluchowski. Il semblait que cette nomination marquât surtout un changement de personne et de mesure. On vit bientôt qu'elle marquait un changement de système. Le Diplôme, en réalité, était tombé avec Goluchowski, qui en était sinon l’auteur, du moins l’endosseur. Après quelques mois de transition, Schmerling devait attacher son nom à la Patente de février. Il prenait le pouvoir sans avoir encore, nettement arrêtées, les idées maîtresses de la Patente, mais dans les dispositions nécessaires pour les concevoir. Ainsi le sort du Diplôme est décidé, et l’histoire de la Patente commence dès le mois de décembre 1860.

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