XLIV : 1868, S
3 Les magnats et les dignitaires ecclésiastiques domiciliés en Croatie sont aussi membres de la Chambre haute, mais comme Hongrois et non comme Croates, c’est-à-dire qu'ils peuvent prendre part même aux discussions où la Croatie n’est pas intéressée.
4 Cette Diète comprend, dans une seule Chambre, des membres de droit (prélats, préfets et nobles titrés payant au moins 2000 couronnes d'impôt foncier), au nombre de 45 au plus. et 90 députés élus à un sufrage compliqué, sur le principe du cens el de la capacité,
teurs’. Le ban est nommé et peut être révoqué par le roi, sur la PROD ANR du président du conseil hongrois ; ainsi il ne peut être
qu'un instrument de la politique du gouvernement hongrois ?. IL nomme lui-même ses directeurs. Il est, comme eux, responsable devant la Diète. Il contresigne les décisions du roi dans les affaires autonomes, en même temps que le ministre pour la Croatie. Celuici est à la fois un représentant des intérêts croates à Pest, et un représentant du gouvernement central vis-à-vis de la Croatie. Il transmet au roi les rapports et propositions du ban, en les accompagnant de ses observations seulement lorsque l'intérêt de la communauté lui semble l’exiger. Il est le lien entre le roi et le gouvernement autonome d’'Agram, et, en même temps, l'incarnation du principe que c’est bien la puissance royale hongroise qui s'exerce à Agram ; c’est par lüi que le gouvernement hongrois exerce un contrôle préventif sur les actes de l'autonomie, et c’est en mettant en jeu sa responsabilité que le Parlement hongrois peut se constituer juge en dernier ressort de tout le fonctionnement du système de l'autonomie *, Ainsi s’aflirme encore, malgré toutes les concessions de fait, l'unité de l’État hongrois, à laquelle la doctrine hongroise n’admet pas que l'autonomie croate puisse porter atteinte !.
Aussi bien qu'en Autriche, le problème politique est, en Hongrie, lié de la façon la plus étroite au problème national ; pour bien comprendre l'un, il est nécessaire de savoir comment l’autre se pose, et quelles en sont les solutions, au moins provisoires. Les données différentes du problème national dans les deux pays expliquent comment, en Autriche, sous le masque d’une Constitution unitaire, libérale, parlementaire, a pu se restaurer l’absolutisme, tandis qu'en Hongrie, les caractères d'unité, de libéralisme, de parlementarisme de la Constitution n'ont fait, depuis trente-sept ans, que s’aflirmer et se développer.
On poat, pour simplifier la carte ethnographique de la Hongrie,
1. Pour l’intérieur, l'instruction et les cultes, et la justice.
2, Kmety, Aüzjog, 515, note,
F, Kmety, Aûzjog, 420-1.
1b., 400-1. — Le Compromis hongrois-croate se complète, comme le Compro-
mis Cu hongrois, par une entente financière. Il n'importe pas à l’étude constitutionnelle d'entrer dans une discussion de chiffres, où la Hongrie veut faire admirer sa générosité, tandis que la Croatie se plaint d’être victime de calculs trop habiles.
et toutes réserves faites d'ailleurs sur les conclusions politiques à ürer de cette division, distinguer en Hongrie trois grands territoires linguistiques ou nationaux : celui des Magyars, comprenant d'un bloc les 21 comitats du centre du pays, où habitent près des deux tiers des Magyars de toute la Hongrie ; ils y forment près de 80 °/, de la population contre 20 °/, d'éléments étrangers ; — celui des Slaves, divisé en deux parties inégales, la plus grande au nordouest et au nord, la plus petite au sud; les Slaves (Slovaques, Ruthènes, Serbes et Croates) y sont 54 °/, de la population, et, avec les Allemands, Roumains et autres non-Magyars, 74°), ; —et celui des Roumains, plus arrondi à l’est et au sud-est, où les Roumains sont 57 °/, et les non-Magyars ensemble 74 °/.. En étendue, ces territoires sont sensiblement égaux. Le reste de la population est éparpillé, en particulier les Allemands, dont le territoire propre, à l’ouest du pays, est extrêmement petit, et qui se trouvent surtout répandus sur les autres ‘. Pour ie nombre, si l'on considère ensemble tous les pays de la couronne de Saint-Étienne, les Magyars ne sont guère que les neuf vingtièmes de la population ; ils en forment la moitié à peu près, si l’on met à part la Croatie, à raison de son caractère national et de sa condition politique particuliers *. Comme l'accroissement des Magyars a été sensiblement plus fort que celui de toutes les autres nationalités depuis plus d'un demi-siècle, et surtout depuis la restauration de l’État hongrois indépendant *, on ne se trompera guère en estimant leur proportion vers 1867 à deux cinquièmes sur l’ensemble du pays. Elle ne différerait ainsi pas sensiblement de celle des Allemands en Autriche vers le même temps ; et la répartition géographique leur était sensiblement moins favorable qu'aux Allemands, quise répandaient sur toute la surface de l'Autriche. Cependant, l'État autrichien unitaire s’est désagrégé, et l'État unitaire hongrois, œuvre et idéal des Magyars, s'est au contraire sans cesse consolidé *.
A4. Brote, Die rumünische Frage in Ungarn u. Siebenbürgen, 1-10.
2. La simplification que présente ce tableau est énorme ; une carte exacte ne montrerait presque pas une région de la Hongrie en une seule couleur ethnographique. En Transylvanie, par exemple, le territoire roumain comprend onze grandes enclaves d’autres langues, six magyares et cinq allemandes, et 141 ilots linguistiques. Le seul comitat de Torontal se divise en quatre territoires de langues el comprend en outre 78 ilots qui appartiennent à six langues. — Die Zeit, XXXIV, 26.
3. Hickmann, Taschen-Atlas von Oesterreich-Ungarn, 1900, carte 21.
4. De 1840 à 1890, les Magyars se sont accrus de 54,3 °,, les autres nationalités ensemble de 22,9. Les Magyars, qui étaient en 1900 8.600.000, étaient en 1869 6.160.000 ; la population de la Hongrie en 1870 était de 15.500.000. — Hickmann, l. c. ; Auerbach, Races et nationalités, 248 ; L'État hongrois millénaire, 365.
C’est que l'unité nationale réalisée en Hongrie par les Magyars différait entièrement de celle que semblaient avoir réalisée en Autriche les Allemands. Celle-ci, tout extérieure, se réduisait à l'établissement d’une administration, allemande d'air et de langue, qui enserrait tous les pays autrichiens ; le bénéfice en était, non pour le peuple qui aidait à la créer et à la maintenir, qui lui prêtait sa langue, mais pour l’empereur; la germanisation n'a jamais eu en Autriche de caractère national. En Hongrie, au contraire, l'unité politique se fonde sur la prédominance sociale de la nationalité magyare ; elle est établie et elle fonctionne au profit des Magyars: elle a donc à son service une véritable force sociale, intéressée à la soutenir, et capable de la défendre victorieusement. L'unité politique, qui n’a jamais été en Autriche qu'une chimère et une apparence, a été, en Hongrie, toujours une réalité.
Cette réalité s’est incarnée dans la Constitution, garantie des privilèges de la nation noble. C'est l'unité de la nation noble qui a fait l'unité de l'État. Sans doute, dans la nation noble, il y avait des distinctions, il s'était formé des classes ‘. Mais quelques barrières que la différence de richesse, d'éducation, de milieu, de genre de vie, dressàt entre ces classes, elles restaient toujours unies par la conscience d’un lien supérieur : le lien que nouaït autour d'elles le privilège commun, la qualité exclusive de membres de la sainte couronne. Elles étaient le peuple, en face de la plèbe, le peuple comme, à la veille de la catastrophe de Mohäcs et du partage du pays, l'avait défini Verbôezy : « Nomine autem et appellatione populi hoc in loco intellige solummodo dominos praelatos, barones et alios magnates, atque quoslibet nobiles, sed non ignobiles. ..... Plebis autem nomine soli ignobiles intelliguntur *. » Et la conscience d'être ce peuple privilégié leur donnait une force, une cohésion qu'elles n'auraient pas pu garder autrement; elle faisait, en les réunissant, leur force contre le souverain même: elle assura, durant le siècle et demi où le pays fut divisé en trois tronçons, l'unité de sentiment national qui devait servir de base à l'unité de l'État restaurée *. L'unité du droit nobiliaire, faisant l'unité de la nation, a maintenu ainsi l'unité de l'État, dont la Constitution était la garantie et le symbole.
Ethniquement, cette nation est loin d'être pure. Au fonds primitif, formé des conquérants d'Arpad, se sont ajoutés des nobles