Konyi, III, Dedk, 545-6 ; IV
644 LE COMPROMIS (1865-1867) forte dans la négation que dans l'affirmation. Elle reconnaît des affaires communes et en règle l'organisation, mais comme à contrecœur, etavec le visible souci d'en empêcher l'extension plus que d'en assurer la bonne administration. La situation qu'elle fait aux ministres communs, soumis à l'influence des deux États, mais exclus de toute influence sur eux, est typique à ce point de vue. D'autres traits ne sont pas moins frappants. Elle fait du ministère commun un gouvernement constitutionnel, mais elle omet de dire exactement comment il est composé. quelle est son organisation intérieure : elle le déclare solidairement responsable, mais elle n'en fait pas expressément un corps, un conseil ‘. Elle attribue au ministre des affaires étrangères la représentation diplomatique et commerciale de la monarchie, sans restrictions ; maïs elle laisse la porte ouverte à la séparation économique, qui rendrait illusoire et impossible l'unité des affaires étrangères. Elle institue une armée commune, ou plus exactement une, mais elle ne contient aucune disposition qui en assure d'une façon durable l'unité. C’est surtout la décennalité de tous les accords économiques et financiers qui s'est révélée dangereuse pour la durée du dualisme ; et elle ne s'explique que par le soufile de défiance qui traverse toute la loi. Si la Hongrie ne pouvait pas renoncer, en droit, à sa souveraineté sur ces points, il était possible, semble-t-il, de trouver des combinaisons propres à rendre plus solide l'union commerciale et douanière ; surtout, il était possible d'adopter certaines règles qui auraient déterminé automatiquement, soit sur ke principe du rapport de la population entre les deux Etats, soit en tenant compte du rendement de certains impôts semblables ou de certains monopoles, leur contribution aux dépenses communes. La crainte de désarmer la Hongrie en face de l'Autriche absolutiste explique seule que Deäk ait tenu, au contraire, à laisser ces questions en suspens, et exposé ainsi la monarchie à des crises périodiques, qui affaiblissent sans doute l'Autriche cisleithane, mais dont la Hongrie n'a pas davantage à se féliciter, ni au point de vue politique, ni au point de vue de ses intérêts économiques.
L'opinion autrichienne S'est habituée en grande partie à considérer le Compromis comme un piège tendu par la Hongrie à la monarchie. La Hongrie aurait, dès 1865, eu l'ambition de rompre les derniers liens qui lattachaient à la monarchie, et de
1. Récemment (juin 190%), un membre dela délégation hongroise a protesté contre le titre que prend le ministre des afaires étrangères, « président du conseil commun »; car le droit hongrois ne connait pas ce conseil.
reprendre sa complète indépendance. Mais elle n'était pas encore àa ce moment assez forte pour l'établir et la défendre; et c’est pourquoi elle se serait réservé, par le Compromis, une période de transition. Les ressources de la monarchie, sur laquelle le Compromis lui donnait une influence prépondérante, devaient servir à la mettre à même de soutenir seule le grand rôle auquel elle aspirait ; une fois sûre d’elle-même et de son avenir, elle n’anrait plus qu’à rompre les liens déjà si lâches du dualisme, et à marcher seule vers ses destinées futures. Toutes les institutions du Compromis répondraient à cette secrète pensée. — On s'explique qu'une pareille interprétation du Compromis ait pu être suggérée par la manière dont il a fonctionné et les résultats auxquels il a abouti. par les progrès de l’hégémonie hongroise dans la monarchie, par les prétentions croissantes des Magyars. Elle n’en est pas moins tout à fait fausse. Ni Deäk, ni Andrässy, ni aucun de leurs collaborateurs ne poursuivait de plans aussi machiavéliques. Que Deäk fût sincère en organisant l'union de la Hongrie avec l'Autriche, cela est démontré avec évidence par toute sa conduite antérieure, par tout son caractère, incapable d’une fourberie ou d’une trahison. Il était l’homme de la Loi. et la loi, la Pragmatique-Sanction, fondait l'union dynastique des deux pays : etil ne croyait pas non plus la Hongrie assez forte pour vivre seule. se défendre seule contre tous les dangers qui la menaçaient,. Andrässy partageait en tout ces idées ; il les poussait même plus loin que Deäk, car, pour les combinaisons politiques lointaines qu'il entrevoyait déjà .il avait besoin de faire entrer dans ses calculs toutes les forces unies des deux États. Ni Deäk ni lui ne songeait à exploiter au profit d’une indépendance complète de la Hongrie les embarras de l'Autriche ; ils connaissaient la limite des forces du pays. et ne voulaient pas, en la dépassant, exposer leur patrie à de graves dangers. Deäk. au début de la guerre de 1866, ne craïignait rien tant que de voir la nation. à la faveur d’une défaite de l'Autriche, réclamer et obtenir des concessions trop lourdes pour elle, et qui ne pourraient pas être durables ‘. Andrässy, quelque temps après le couronnement, répondait au prince Napoléon, qui lui demandait pourquoi la Hongrie n'avait pas exigé davantage de la couronne : « C’est que pour nous, Monseigneur, il ne s'agissait pas de demander tout ce que nous pouvions obtenir, mais de ne pas demander plus que nous n’étions sûr de pouvoir conserver *. »