‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 38 sur 369 · Marczali, LI. Jôzsef · texte numérisé non relu

Marczali, LI. Jôzsef

Non seulement les autorités impériales étendent ainsi leur pouvoir sur la Hongrie, mais elles tiennent en réalité dans une sorte de tutelle les dicastères chargés de l'administration intérieure du pays. L'organisation ou la réorganisation de ces dicastères date, pour la plus grande partie, de la période qui s'étend entre la paix de Szatmär et l'adoption de la Pragmatique Sanction : elle répond à la situation nouvelle qu'avaient créée la restauration de l'unité du royaume et en même temps l'établissement entre la Hongrie et les Etats allemands-slaves d'un lien désormais indissoluble. Leurs membres sont à la fois fonctionnaires royaux et représentants de la nation politique : ils doivent donc être des nobles hongrois; c'est le pur système des Constitutions féodales, comme il s'était maintenu en Bohême aussi jusqu'aux innovations de Marie-Thérèse. Mais, en Hongrie comme en Bohême, le progrès de l'autorité royale a peu à peu relégué au second plan ce caractère féodal, — Les deux principaux dicastères sont la chancellerie et la lieutenance. — La chancellerie royale hongroise est placée au sommet de la hiérarchie administrative du pays. Elle a son siège à Vienne, puisque Vienne est la résidence du roi. Elle est l'organe d'expédition de tous les actes royaux qui concernent la: Hongrie, et en même temps le seul conseil hongrois que le roi ait toujours à sa portée. Son rôle vis-à-vis du monarque est double, parce que le monarque réunit en sa personne deux souverainetés, En face du souverain des États allemands-slaves et de ses conseillers, elle représente le roi de Hongrie et la personnalité de la Hongrie ; en face du roi de Hongrie, elle représente les lois hongroises ; si un ordre du roi se trouve en contradiction avec des textes légaux, elle attire sur eux son attention ; mais ensuite elle exécute tous ses ordres, quels qu'ils soient,et c'est à lui seul qu'appartient toujours la décision définitive. — La lieutenance — « conseil royal de la lieutenance hongroise » — représente dans le pays le roi, absent puisqu'il réside à Vienne. C'est une sorte de ministère de toutes les allaires intérieures. Sa mission devait être surtout d'assurer l'exécution des lois, et de garantir ainsi le pays contre l’ingérence étrangère, Mais, en fait, il n'a pas de pouvoir réel : le roi l'a peu à peu transformé en un simple instrument de sa volonté ; aussi les juridictions, auxquelles il a charge de la transmettre, se méfient-elles de lui, et lui refusent-elles souvent l'obéissance. Contre leur rébellion, il n’a aucune arme : il ne peut qu'en référer au roi. Le gouvernement de la Hongrie repose donc, sur ce point encore, en dernier ressort sur l'action personnelle du roi; et la porte est

ainsi large ouverte à ces influences étrangères que l'institution de la lieutenance devait écarter. & Le conseil de la lieutenance ne peut qu'écrire et donner des avis ; l'exécution n’est pas son fait *.» Il est si manifestement impropre à son oflice que, moins de vingt ans après sa création * les États projettent déjà de le supprimer; il subsiste pourtant, parce qu’on ne sait pas par quoi le remplacer. — Nulle part la dépendance de la Hongrie, même dans ses affaires intérieures, n'éclate plus ouvertement que dans l'administration des finances : non seulement la Chambre hongroise est subordonnée à la Chambre de Vienne, mais elle comple même parmi ses conseillers une moitié d’Allemands : et, dans les emplois inférieurs des finances, la proportion des Hongrois tombe jusqu'à un dixième. Cette situation, qu'expliquent les préjugés sociaux de la noblesse magyare, aboutit à imprégner d'esprit allemand toute l'administration hongroise des finances qui se modèle en tout sur l'exemple de Vienne *.

La pierre angulaire de toute cette organisation administrative, c'est évidemment la chancellerie hongroise. Si le roi, dans les affaires hongroises, ne prend conseil que d'elle, et, dans les affaires communes, lui assure en face des autorités centrales une position non point d'inférieure, mais d'égale, la Hongrie a, dans ses propres affaires, l'autonomie complète et, sur les affaires de la monarchie, une large part d'influence. Aussi est-ce sur ce point que, de longue date, les États portent leur effort. Nombreux sont les articles de loi qui déclarent que la chancellerie est indépendante de toute influence étrangère, qu'elle est égale à tous les autres dicastères du souverain, par conséquent aussi aux autorités centrales instituées pour l'administration des affaires communes. Mais ces lois sont constamment violées ou éludées. Non seulement le conseil aulique de guerre et la Chambre de Vienne s’ingèrent, malgré les plaintes réitérées des Etats, dans les affaires de la Hongrie, et la chancellerie souvent descend au rôle d'un bureau chargé de transmettre ces ordres étrangers : mais même, en plus d'une occasion, elle est réduite à enregistrer aussi et à transmettre des décisions signées par le chancelier aulique autrichien #, qui prend ainsi un air de supériorité sur elle et devient comme une serte de ministre central de l'intérieur. Surtout, la chancellerie, et par elle

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