‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 49 sur 369 · Marezali, À leguj. kor. L · texte numérisé non relu

Marezali, À leguj. kor. L

s’'accomplissent de 1825 à 1944. Elles trouvent leur symbole dans l’éviction sans cesse plus complète de la langue latine, qui depuis Léopold II était redevenue prépondérante dans la vie publique, au profit de la langue magyare, vivante et nationale. Par cette éviction même, la Constitution semblait se rapprocher du peuple, prendre un caractère plus démocratique, plus universel, n'appartenir plus exclusivement à la noblesse possédante et légiste, nourrie de l’étude du latin ; l'auditoire auquel s’adressaient les discours s'élargissait ; derrière les comitats, c’est à la masse que parvenait l'écho des débats : le ton, dans l’assemblée, devenait plus vif; le premier journal de la Diète paraissait sous la direction d’un jeune avocat, Kossuth. La Diète elle-même se sent ainsi plus forte ; elle demande au gouvernement des explications précises sur la situation militaire et extérieure, des justifications presque parlementaires, avant de lui accorder la levée qu'il sollicite. La Table des Ordres s'élève contre la prétention des magnats de s’isoler, de ne plus se considérer comme l’une des deux sections d’une assemblée une, mais comme une Chambre haute, investie d’un veto spécial contre les décisions de la Chambre basse. L'usage de compter les voix, c’est à-dire le vote de la majorité, remplace l'ancienne règle vota non numerantur, sed ponderantur. qui cherchait les vota saniora, et non les pota majora; cette nouveauté, démocratique par ellemême, fait ressortir la condition inférieure des villes, réduites à une voix collective, et souligne ainsi l’un des plus graves inconvénients de la Constitution. En vingt ans, une transformation complète s’est petit à petit accomplie ; elle éclate à la Diète de 1844, elle sera consacrée par le bouleversement de 1848.

Le mouvement politique en Hongrie est national, par cela seul qu'il est libéral : il aspire à faire passer la domination politique d'une classe privilégiée au peuple tout entier. Mais si celle-là est homogène, celui ei est extrêmement divers. Des Slaves — Slovaques et Ruthènes dans les montagnes de la Haute Hongrie, Serbes dans la fertile plaine du Banat, Croates entre le Danube et la Save : — des Roumains dans le Banat et surtouten Transylvanie ; des Allemands, groupés dans les montagnes de la Haute-Hongrie et sur la frontière autrichienne à l'Ouest, disséminés dans le reste du pays, nombreux dans les villes, surtout les deux capitales, Presbourg et Budapest, dans le Banat, en Transylvanie sous le nom de Saxons — forment avec les Magyars le peuple hongrois. Pas plus que le: peuple, l'Etat n’est homogène. Le grand-duché de Transylvanie, réuni au moyen-âge au royaume de Hongrie, séparé de lui après

Mohäes, reconquis par l'Autriche en 1687, avait reçu de Léopold Ier en 1691 une Constitution spéciale, formait un monde politique à part. Le royaume de Croatie, dont la couronne, depuis le xr° siècle, était réunie à celle de Hongrie, jouissait dans l'État hongrois d’une situation spéciale, intermédiaire entre celle d'État allié et celle de province autonome, et dont l’imprécision faisait naître de fréquentes controverses entre les Hongrois et les Croates. Il n’y avait cepen-: dant dans l’ancienne Hongrie rien qui ressemblât, même de loin, à une question des nationalités comme elle se pose aujourd'hui. Le privilège commun de la noblesse créait une solidarité de tous les nobles, quelle que füt leur origine. Il y avait parmi eux des Slaves, des Allemands, même des Roumains élevés par la faveur du roi ou des Diètes, par la collation des armes ou de l'indigénat, à la même condition que les descendants des premiers conquérants magyars, qui avaient formé Je noyau de la noblesse hongroise. Les mœurs et la langue magyare exerçaient leur attraction sur la plus grande partie de cette noblesse *, d'autant plus qu’elles ne prétendaient s'imposer par aucune contrainte, et que le latin servait à la Hongrie noble de langue oflicielle ou, comme on disait « diplomatique ». Mais cette concorde devait être troublée du moment où la Constitution prenait un caractère démocratique et national :si la Hongrie ne devait plus être hongroise, mais magyare, elle se heurterait à l'opposition des autres nationalités. Au moment même où la Constitution commence à se transformer, apparaissent, sous l’influence de Louis Gaj, le fondateur de l’&illyrisme », le propagateur de l’idée de l'unification nationale des Slaves du Sud, les premières conséquences politiques du travail de renaissance nationale qui s’est accompli dans la littérature slave du Sud depuis le début du x1x° siècle: les idées «illyriennes » se répandent à Agram, conquérant surtout la jeunesse instruite, mais attaquant aussi la haute société, plus ou moins atteinte par la magyarisation”. Si les Magyars se mettent à parler leur langue à la Diète de Hongrie — Diète commune des deux pays — les Croates réclament le droit de parler la leur : tout au moins veulent-ils continuer à parler latin. Cette première question des langues provoqua à la Diète des discussions mémorables, en Croatie même des conflits parfois sanglants. L'idée nationale fait naître ici une tendance séparatiste ; en Transylvanie, au contraire, c’est un mouvement unioniste qu'elle suscite. Le grand-duché comptait trois nations reconnues :

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