Marezali, À legüj. kor tort
k. C'est le projet Hummelauer ; v. plus haut, p. 88.
Innsbruck ses protestations, et la promesse du succès prochain. Comme les insurgés rejetaient les propositions de l'Autriche, la cour se décida pour la guerre. Un manifeste du 1° juillet annonça sa résolution nouvelle.
Cette résolution rendait plus nécessaire que jamais l'exécution par la Hongrie de la convention d’Innsbruck, l’envoi à Radetzky des quarante mille hommes que Batthyäny avait promis. La guerre d'Italie était impopulaire en Hongrie : les sympathies des Magyars allaient aux Italiens, qui combattaient pour la liberté et leur nationalité. Mais pour les hommes d’État hongrois, la question n'était pas là. En droit, — quoi que prétendissent les radicaux — la Pragmatique Sanction, base des lois de 1848, obligeait la Hongrie à défendre les possessions de son roi contre toute attaque. En fait, la nécessité politique ordonnait de démontrer à la cour que l'indépendance de la Hongrie n'était pas une menace pour la force et l’unité de la monarchie ; qu’à soutenir le ministère constitutionnel, à respecter et maintenir les lois de 1848, la dynastie ne compromettait pas ses propres intérêts. Le ministère, dans sa grande majorité, voulait tenir ses engagements ; mais. de nouveau, il se heurtait à Kossuth. Kossuth voyait, sitôt les renforts envoyés, le pays dégarni de troupes assailli par tous ses ennemis. [l ne refusait pas formellement d'exécuter la convention d'Innsbruck, mais ses conditions et ses réserves équivalaient à un refus. Il fallait dire oui ou dire non. Dire oui, envoyer les troupes promises, quelle que fût la situation du pays, c'était mettre de son côté le droit, et, sans doute, s'assurer l'appui de la cour. Dire non, conserver pour la défense de la Constitution toutes les forces hongroises, c'était au moins garder des chances de succès contre la réaction, qui n’était pas encore prête. Les ministres crurent pouvoir ne dire ni oui ni non, trouver un compromis. Par égard pour Kossuth, le discours du trône ne fit aucune allusion à la convention d'Innsbruck et se borna à constater que « la guerre durait toujours en Italie ». En revanche, le jour même de l'ouverture du Parlement, un communiqué ofliciel déclara : La Pragmatique Sanction, et, sur sa base, l’article 1848: III S 2, obligent la Hongrie à prêter aide au souverain contre l'ennemi extérieur ; aussi, dès que l’ordre et le règne de la loi seront rétablis sur tout le territoire du royaume — y compris les pays annexes —, dès qu'ils y seront assurés et reconnus sans aucune arrière-pensée par le gouvernement autrichien, «en un mot, lorsque l'intégrité matérielle et morale de notre patrie et de la couronne de notre roi sera
mise en complète sûreté ‘ », le ministère demandera au Parlement que toutes les forces régulières de la Hongrie qui ne seront pas nécessairés à la défense de l’ordre intérieur, de la paix, des droits et libertés de la nation, soient mises à la disposition du roi pour la lutte contre son ennemi extérieur. La paix qui sera conclue en Italie devra d’ailleurs sauvegarder, (en même temps que la dignité de Sa Majesté, les droits, libertés et vœux équitables de la nation italienne ». Ce n'était plus l'engagement d’Innsbruck, et Kossuth sembla prendre à tâche de grandir encore le mécontentement bien naturel de la cour. Le gouvernement demanda au Parlement le vote d’un crédit de 4o millions et du nombre de recrues nécessaires pour élever peu à peu l’armée au chiffre de 200.000 hommes : Kossuth, chargé de défendre le projet, se livra avant tout à une philippique contre les insurgés serbes, les rebelles croates, et plus encore le ministère de Vienne. Le soufile de l’aula * a balayé ce ministère *, et son successeur ne pourra plus suivre pareille politique, sinon, « nous jetterions aux pieds de l'Autriche, qui subventionne les insurrections dans notre patrie, l'alliance violée par elle, et nous chercherions un autre allié plus fidèle ». Il espérait que &ces paroles seraient entendues à Vienne aussi ». On les entendit en effet et on les commenta à Vienne, et surtout à Innsbruck ; on remarqua que le vote avait eu lieu par acclamation, sur l'initiative de l’opposition ; et l'on douta que vraiment des renforts et des crédits ainsi sollicités et ainsi accordés fussent destinés au service de l'Autriche. — Quand il s’agit de faire insérer dans l'adresse la promesse de secours que contenait le communiqué du 4 juillet, Kossuth commença par proclamer hautement ses sympathies pour la cause des Italiens; mais le sentiment, dit-1l, doit céder à la politique ; pour obtenir l’aide de la cour contre les Croates, il faut l'aider contre les Italiens ; ce serait une faute de rappeler, comme le demande l'opposition, les troupes hongroises d'Italie ; car nous courrions risque de voir revenir en même temps les Croates, qui sont trois fois plus nombreux, et qui attaqueraient la Hongrie. Dans la chaleur du débat, il se laissa entraîner à des déclarations absolument contraires aux résolutions du cabinet : la Hongrie n'accordera son
4. Marczali, A legüj. kor tôrt., 654-5. Iranyi et Chassin, Révol, de Hongrie, Il, 19-20.
2. L'aula est la salle des Actes de l'Université. En 1848, on désignait sous ce nom l'assemblée des étudiants révolutionnaires.