‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 70 sur 369 · Pillersdortf · texte numérisé non relu

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secours à l'Autriche que si celle-ci reconnaît pour frontière la ligne de l’Adige, renonce à tout territoire au delà de ce fleuve, et promet pour ceux qu'elle conservera en deçà un régime constitutionnel. Pendant que l'opposition jubilait, les ministres étaient atterrés. En vain Deäk et Eütvüs essayaient de réparer ces fautes énormes, en vain Kossuth, pressé par ses collègues, $e rétractait et arrachait à la Chambre le vote désiré : l'impression de ses paroles restait ineffaçable.

Il semblait d’ailleurs prendre plaisir à soulever arbitrairement les questions les plus épineuses, à y compromettre le ministère, à provoquer la cour. — Autant qu'a l'unité italienne, la Hongrie était sympathique à l'unité allemande. Elle avait avec l'Allemagne un adversaire commun, le slavisme ; elle voyait aussi dans une union intime de l'Autriche cisleithane et de l'Allemagne la meilleure garantie de son indépendance contre les entreprises de centralisation. Elle avait déjà envoyé à Francfort des représentants officiels, porteurs de déclaration d'amitié ; ce qui ne s'accordait qu'à moitié avec l'unité diplomatique de la monarchie. Puis l'opposition proposa de déclarer que, «si le gouvernement de Vienne se trouvait impliqué dans une guerre avec le pouvoir central de l'Allemagne au sujet de l'unité allemande, il n'aurait pas à compter sur l'appui de la Hongrie », et Kossuth, au nom du cabinet, qui ne l’y avait pas autorisé, se prononça pour cette proposition : faute capitale, que rien ne pouvait racheter. — Sous prétexte de conciliation envers l'opposition, il fit décider la création de bataillons nouveaux. qui recevraient une organisation nationale, et seraient le premier noyau d’une armée hongroise. — L'unité diplomatique, l’unité militaire, s'écroulaient sous ses coups ; si on laissait faire le gouvernement hongrois, que deviendrait la monarchie inséparable et indivisible de la Pragmatique Sanction ?

Tandis que Kossuth accumulait les provocations, le parti de la résistance à la Hongrie prenait à la cour une influence grandissante. Radetzky, continuant le cours de ses victoires, battait les Sardes à Custozza, rentrait en triomphateur dans Milan (7 août). L'énergie d'un seul général suffisait à maintenir dans le devoir cette armée où ne manquaient pas les régiments hongrois, et à l'entraiîner de succès en succès. Pendant ce temps, dans le Banat, les troupes du gouvernement hongrois se laissaient infliger par les bandes improvisées des Serbes échec sur échec : quelle résistance pourraient-elles donc opposer à de vrais soldats, à une armée victorieuse ? La cour envisageait désormais avec plus de

confiance qu'en mars et avril l'issue d’un conflit. Victorieuse en Italie, maîtresse incontestée en Bohême depuis les journées de Prague, sûre de la majorité slave du Parlement autrichien, elle pouvait entreprendre de rétablir son autorité aussi en Hongrie. Esterhäzy avait tenu ses collègues au courant de ce changement de dispositions. Ferdinand, sur les instances du Parlement autrichien, était rentré à Vienne le 12 août. Le 14, arguant de ce que son éloignement avait pris fin, il retira au palatin ses pouvoirs extraordinaires. IL reprenait personnellement l'exercice de ses droits; cela signifiait, et nul n’en pouvait douter, qu'ils seraient exercés par son entourage réactionnaire et que le conflit approchait.

Les premières lois soumises à la sanction — loi militaire et loi de finances — furent repoussées par le roi. Batthyäny et Deäk, c'est-à-dire les membres du ministère les plus modérés, se rendirent à Vienne pour éclaircir la situation. Ils n'obtinrent même pas une audience : on les renvoya simplement à la lecture d’un rescrit royal adressé au palatin ‘. Le roi y proposaitau cabinet hongrois d'ouvrir à Vienne des conférences entre ses deux gouvernements pour résoudre toutes les questions litigieuses entre l'Autriche et la Hongrie depuis la clôture de la dernière Diète de Presbourg : le ban y participerait, et serait préalablement rétabli dans ses dignités ; tous préparatifs de guerre contre la Croatie seraient suspendus en Hongrie. C'était la remise en question de tout l’ordre légal établi en Hongrie depuis les lois d'avril. Pour formuler cette prétention, le roi s'appuyait, fait significatif, sur un mémoire du ministère autrichien.

Une imprudence de Batthyäny avait fourni prétexte à cette. intervention. En quittant Vienne après l'échec de ses conférences avec Jelaëié, il avait jugé indispensable d'être fixé sur les véritables intentions du gouvernement autrichien. et il lui avait posé ces deux questions précises: reconnaissait-il la valeur des dispositions de la Pragmatique Sanction sur l'intégrité territoriale des pays auxquels elle s'applique? dans le conflit hongrois-croate, soutiendrait-il, comme le voulait la Pragmatique Sanction, les droits de la couronne de Hongrie ? Le ministère autrichien avait répondu qu'il était décidé à assurer le respect de la Pragmatique Sanction dans toutes ses dispositions ; mais que, les Croates s’en réclamant aussi bien que les Hongrois, il lui fallait, avant de se prononcer, étudier à fond la situation de droit et de fait ?. Le

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