‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 87 sur 369 · Marczali, 4 legüj. kor tort · texte numérisé non relu

Marczali, 4 legüj. kor tort

2, Klapka, Aus meinen Erimnerungen, 178, 181-2.

Les résultats de la Révolution ont été très grands, très profonds et très durables. Pour la monarchie entière, pour chacune de ses parties, pour chacune de ses nationalités, elle marque le début d’une ère nouvelle. Son action n’a pas été partout uniforme, car elle-même n'avait pas été uniforme. Elle avait, dès les journées de mars, pris des deux côtés de la Leitha un caractère différent : en Cisleithanie, elle représentait une brusque rupture de l’ancienne tradition, et une reconstruction de l'État de toutes pièces, par octroi — car les promesses du 15 mars et du 15 mai, la Charte bohême du 8 avril, la Constitution du 25 avril, le Parlement autrichien lui-même, puisqu'il doit son existence aux promesses octroyées, sont des octrois; — en Transleithanie, au contraire, elle n’était que l'achèvement précipité, mais sans saute brusque, sans solution de continuité, d’une évolution lente et régulière, l'aboutissement nafurel d'un long mouvement de réformes. De même, depuis 1848, la continuité du développement politique n'a pas été entière en Cisleithanie, mais l’a été en Hongrie. Des deux côtés de la Leitha, l’absolutisme a suspendu pendant dix ans toute vie constitutionnelle. Mais, quand il est tombé à son tour en 1860, tandis que l'Autriche acceptait d’un nouvel octroi les principes qui dominent encore aujourd'hui sa vie constitutionnelle, la Hongrie revendiquait aussitôt, au nom de la doctrine de la continuité du droit, ses lois de 1848, qui elles-mêmes se rattachent inséparablement à toute son ancienne Constitution ; et elle en a obtenu la reconnaissance en 1867. Ainsi le droit public de la Hongrie actuelle dérive directement de la Révolution ; et de même, à sa suite, celui de la monarchie, puisque le Compromis n'a. fait que corriger et préciser le dualisme moderne, essayé pour la première fois en 1848. En Cisleithanie, au contraire, la Révolution n'a pas créé une tradition politique : les Constitutions de l'Autriche après 1860 subissent pleinement l'influence des conditions nouvelles créées par elle, mais elles ne se rattachent pas formellement aux Constitutions et aux lois de 1848 et 1849. Cette distinction établie, il n'en reste pas moins que, dans l’ensemble, la Révolution a pour toute la monarchie une valeur à peu près égale, et que ses principales conséquences y ont été partout également profondes. A ne considérer que les plus générales et les plus essentielles, il apparaît clairement que la Révolution à fortifié la monarchie,

qu'elle l'a soumise à une entière transformation, et qu'elle a engagé sa politique dans des voies toutes nouvelles.

Il peut paraître étrange d'affirmer que la monarchie a été fortifiée par la Révolution, alors que cette crise, la plus grave qu'elle ait jamais traversée, menaça un moment jusqu'à son existence même. Elle en est cependant sortie fortifiée, rehaussée aux yeux de ses divers peuples, qui ont pris dans la Révolution conscience de sa nécessité, et aux yeux de toute l'Europe. Le cours même des éléments révolutionnaires montre combien peu, sous l’ancien régime, la monarchie avait de prise sur ses peuples : sitôt le système de Metternich tombé, chacun d'eux s’abandonne à son penchant national, les Allemands se tournent vers Franefort, les Slaves rêvent d'une autonomie provinciale qui, réalisée, mettrait l'unité autrichienne en grand péril, les Magyars constituent un État hongrois indépendant ; et, ce qui est le plus significatif, nulle part, même en Hongrie, on ne veut el on ne croit cependant détruire ainsi la monarchie. Mais, dans le sommeil de l’ancien régime, sous l'oppression qui a si longtemps pesé sur eux, les peuples autrichiens n'ont pas appris à réfléchir : aussitôt affranchis, ils n’obéissent qu'à leur instinct. L'expérience les instruit. Les Allemands, à l'épreuve, aperçoivent l'impossibilité d'une combinaison où les pays allemands-slaves feraient partie à la fois d'un empire d'Allemagne réorganisé et fortifié et de l’empire d'Autriche : ce serait asservir celui-ci à l’autre ; et, obligés de choisir, la raison et l’histoire leur font choisir de rester Autrichiens ‘. Les Slaves, également menacés par l'unité allemande et par l’État hongrois magyar, apprécient davantage l'asile que leur offre, la protection que leur assure la monarchie autrichienne ; ils souscrivent sans réserve à la parole célèbre de Palacky: « En vérité, si l'État autrichien n'existait pas depuis longtemps déjà, nous devrions, dans l'intérêt de l’Europe, mème. de l'humanité entière, travailler à ce qu'il se formât* .» Les Magyars mêmes, qui, en mars et en avril, s'abandonnaient avec une insouciante confiance aux joies de la pleine indépendance, sont dès juillet et août, mais surtout en octobre et en novembre, bien revenus de leurs illusions. Il eût été facile alors à la cour, si elle l’eût voulu, d’arriver avec eux à une entente bien plus favorable que n’est le Compromis actuel à l’unité de la monarchie. Mais sa passion aveugle confondait dans la même haine les libéraux loyalistes et les radi-

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