Helfert, Gesch. Oest., III
qui presque toujours restaient impunies ‘. Les conseils de guerre et les conseils d'enquête purifiaient l'armée des traîtres, c'est-à-dire de ceux qui avaient servi la Révolution à Vienne ou en Hongrie, encore que ces derniers fussent souvent moins coupables que victimes du double jeu de leurs chefs : et ces exécutions contribuaient à exalter l'esprit de caste. L'armée, ainsi relevée et fortifiée, nourrissait contre le régime constitutionnel une aversion qui remontait aux premiers jours de la Révolution. Elle ne s'était pas privée de la manifester pendant la durée du Parlement. Le Parlement disparu, la Constitution n’en subsistait pas moins, encore que sur le papier, et avec elle le ministère responsable qu’elle avait institué : dans ses actes militaires. le souverain était lié presque toujours au contreseing du ministre de la guerre. Si vide que fût cette formalité, elle irritait l'armée ; il semblait qu'entre l’empereur et elle il y eût ainsi une ingérence étrangère, et cette seule apparence était intolérable. La suppression du contreseing dans les affaires militaires fut, en octobre 1850, le signe précurseur du retour à l’absolutisme. L'armée n'avait qu'une conception de l'Autriche, et c'était que l'Autriche fût une immense armée. Dans les régiments, la discipline, l’obéissance passive, le commandement absolu faisaient disparaitre toute diversité d’origine et de sentiments nationaux. Sous les drapeaux, tous les Autrichiens n'étaient qu'Autrichiens ; le culte de la dynastie, de l’empereur chef suprême, les réunissait tous. Appliquer le même régime à toute la population pour lui donner le même esprit, n'était-ce pas le moyen de faire l'Autriche unitaire, comme on avait fait l’armée une ? Comment les militaires auraient-ils douté que les moyens par lesquels ils dressaient une partie de la population dussent réussir avec la population tout entière ?
L'empereur était naturellement accessible à ces idées. Il restait sous l’impression du rôle que l’armée avait joué dans la reconquête de la monarchie. Sa majesté avait été blessée par la déclaration de déchéance, sa fierté de monarque avait ressenti cruellement l’humiliation de l'intervention russe. IL était entouré surtout d'officiers. Sa jeunesse même et son inexpérience des affaires devaient l’incliner à la politique la plus raide, la plus violente, la plus absolue, Un souverain moins jeune, mieux instruit de sa tâche, qui aurait pu se faire par sa propre expérience une idée personnelle des conditions de la monarchie qu'il était appelé à gouverner, eût pu résister à l'entraînement de la victoire, réfléchir