Denis, 0. C., IL
sur la Révolution, y voir autre chose qu’un attentat à la majesté impériale ; il eût pu restaurer l'ordre de choses traditionnel, historique et légitime, et n’y apporter que les changements rendus nécessaires par toute l’évolution politique et sociale de la monarchie jusqu'à la Révolution. Mais ce n’était pas sans raison que Schwarzenberg avait voulu « un empereur que l’on pût montrer aux soldats ». Jeune, sans expérience, sans préparation approfondie à son métier de souverain autrichien, François-Joseph y apportait sans doute le sérieux, la conscience, le désir de bien faire ; mais il était nécessairement, quelque soin qu'il mit à écarter toute tutelle et à défendre sa liberté de jugement personnel, exposé à subir les influences les plus diverses. Il appartenait à ses conseillers responsables de l’avertir ; mais aucun d'eux n'était d'humeur à s'opposer au courant qui entraînait l'Autriche vers une réaction absolutiste.
Schwarzenberg, en politique intérieure, n'avait pas de programme. Diplomatie et militaire avant tout, il se proposait uniquement de maintenir ou derefaire la situation extérieure de l'Autriche, sa grandeur européenne. Pour réussir dans cette tâche, il ne voyait qu'un moyen : établir à l’intérieur l’obéissance passive. Sa naissance, son milieu semblaient devoir faire de lui un tenant de l’école historique ; mais il en méprisait les représentants pour leur faiblesse à laquelle il imputait l'explosion de la Révolution, etil n'en acceptait pas tout le credo. « Je ne peux pourtant pas », disait-il, «donner à mes six idiots de cousins tous les gouvernements de province. » ' Homme d'action et d'épée, il n'avait pour ceux qu'il considérait comme des hommes d'intrigue et de parole qu'un mépris teinté de pitié. Lorsqu'on lui présenta la pétition hongroise de 1850, il répondit ironiquement que les signataires avaient eu en mains le pouvoir jusqu'en 1848 et qu'ils n'avaient pas su barrer la voie à la Révolution”. Lui se vantait de l'avoir su ; son orgueil de vainqueur, de dompteur de la Révolution, ses inclinations militaires, son tempérament de joueur de difliculté devaient le pousser au camp de ceux qui ne défendraient pas le système constitutionnel le jour ou il paraïtrait utile de le sacrifier à la grandeur extérieure de la monarchie.
Dans le ministère, les questions d'organisation intérieure étaient spécialement le domaine de Stadion ; la Constitution de 1849 reflétait ses idées, autant que la situation avait permis au
1. Poschinger, Preussen im Bundestag, IV, 22 [dépêche de Bismarck). 2 Marczali, À léguj. kor tôrt., S50-1.
LA RÉACTION (1849-1859) no
gouvernement de les adopter. Son plan était de l'appliquer, et d’en accentuer, au fur et à mesure que cela deviendrait possible, les caractères centralistes. L'essentiel pour lui était d'organiser l’administration et de la centraliser fortement. Un constitutionnalisme modéré et une certaine autonomie étaient compatibles avec ce programme. Avec des libertés chichement dosées et une puissante machine administrative à la Napoléon, Stadion comptait arriver à créer l'unité autrichienne. Comme Bach, il était attiré par le libéralisme doctrinaire, par les institutions de la monarchie de juillet. Il eût volontiers refondu l'Autriche sur le modèle de la France : il avait laissé, pour la forme, subsister les gouverneurs de province : mais ils étaient réduits au rôle d'organes de transmission de la correspondance entre le ministre et les présidents des cercles, sorte de préfets, ses subordonnés directs. Sitôt les nouveaux rouages mis en bonne marche, et le public habitué à leur fonctionnement, gouverneurs et provinces auraient disparu ‘. Mais Stadion n'eut point le temps d'aborder même l'exécution de son plan : la maladie le contraignit à se retirer, et l’idée constitutionnelle en Autriche reçut un coup terrible lorsque son portefeuille échut à son collègue de la justice, Bach.
Dans le ministère Schwarzenberg, Bach avait d’abord représenté par excellence l'élément constitutionnel. Windischgrätz s'était scandalisé de voir au gouvernement ce révolutionnaire; mais Stadion tenait à sa nomination et avait convaincu Schwarzenberg. Bach, par son passé même, était le garant du cabinet devant l'opinion, qui déjà le soupçonnait de vues réactionnaires. Il avait conquis la faveur de la cour en septembre, lors de la discussion sur la Hongrie au Parlement de Vienne, en défendant l'unité de la monarchie assez énergiquement pour faillir en octobre partager le sort de Latour. Il n'avait certes pas encore, en juin 1849, répudié les idées libérales de son passé, et fait son deuil du système constitutionnel, La circulaire qu’il adressa aux gouverneurs, en prenant possession de son nouveau portefeuille, et qu’il est diflicile de considérer comme un amas de mensonges, le montre animé d’idées modernes. « Les fonctions administratives ne doivent plus être un simple gagnepain, mais des postes de confiance publique et d’action ; le fonctionnaire ne doit plus chercher à se signaler en s’isolant rigoureusement des citoyens, mais en étendant le cercle de ses devoirs et en accomplissant toute sa mission.» Le gouvernement est fidèlement dévoué aux institutions constitutionnelles, dont il attend