Le contrôle
La réforme de 1940 n’a pas modifié la sphère d'activité du Contrôle des finances. Encore régi par son règlement du 2 avril 1927, il a pour fonction d'exercer la revision préalable, soit de vérifier
les ordonnances avant paiement au double point de vue arithmétique et matériel.
Le déroulement des opérations est en bref le suivant : Les formules vertes, bleues et jaunes sont envoyées par les offices à un bureau central de réception qui vérifie arithmétiquement les ordonnances et les transmet au reviseur qu'elles concernent pour être vérifiées au point de vue matériel. Les ordonnances donnant lieu à des contestations sont soit retournées à l'office émetteur accompagnées d'un protocole de revision, soit, si la nature de la contestation le permet, corrigées par le Contrôle des finances après entente avec le service intéressé. Le Contrôle des finances vise alors la formule bleue des ordonnances réputées en ordre et la transmet avec la copie jaune aux Services de caisse et de comptabilité pour exécution et mise en compte.
La vérification arithmétique implique la nécessité de connaître l'état de disponibilité des crédits au moment où les ordonnances parviennent au bureau de réception. Jusqu'en 1939, on croyait qu'il était impossible d'exercer cette fonction sans la tenue d’une comptabilité au Contrôle des finances. La fiche comptable polygraphiée, dont un exemplaire lui est adressé par la comptabilité centrale, a détruit ce mythe.
La vérification matérielle suppose chez le reviseur une connaissance approfondie de la matière contrôlée. L'organisation administrative constituait en 1946 encore le critère de subdivision de l'activité de l'Etat en secteurs de contrôle, c'est-à-dire que la répartition des tâches entre les reviseurs était faite par offices. Avant 1940, la décentralisation de la tenue des livres, ainsi que la forme purement administrative de l’ordonnancement, imposaient, dans une certaine mesure, ce mode de répartition. || est cependant incompatible avec le principe rationnel de la spécialisation, chaque reviseur devant étendre ses connaissances à toute la matière traitée par les services qu'il contrôle. Dans le cas où plusieurs services traitent des affaires de la même espèce, plusieurs reviseurs ont à s'initier aux particularités de ces opérations. Il en résulte certains inconvénients qui amoindrissent le résultat de l'activité du Contrôle des finances tant au point de vue qualificatif que quantitatif : le sectionnement de la matière contrôlée conduit à un traitement inégal des différents services, conséquence de la part inévitable de subjectivité avec laquelle les reviseurs exercent leur activité ; la répartition administrative du contrôle estompe la subdivision spécifique des recettes et des dépenses et, de ce fait, favorise les transferts de crédits par l'affectation de recettes ou de dépenses à des rubriques budgétaires qui leur sont étrangères.
Au contraire, la répartition spécifique de la matière contrôlée entraîne une spécialisation des reviseurs très profitable à leur compétence et à la valeur du contrôle. Les connaissances techniques de
chacun des reviseurs, moins étendues, sont plus approfondies. Les opérations spécifiquement identiques sont traitées uniformément, quel que soit le service qu'elles concernent. Les reviseurs ayant conscience du contenu des rubriques budgétaires dont ils ont la surveillance, il devient malaisé de procéder à leur insu à des transferts de crédits. La plus grande habileté technique et professionnelle permet encore un rendement quantitatif supérieur. La constitution de secteurs de contrôle selon la subdivision spécifique des postes budgétaires ne présente plus aucune difficulté aujourd'hui, du moment que les offices ne peuvent pas débiter plus d'un compte par ordonnance.