La clarté
Le développement du bilan et la désignation de ses articles présentent un aspect externe et un aspect interne. La clarté du bilan découle de ces deux facteurs envisagés sous leur aspect externe ; en revanche, les questions d'ordre interne concernent la sincérité et, plus particulièrement, l'exactitude. On ne peut toutefois pas toujours tracer une limite précise entre la clarté et l'exactitude, cette dernière touchant à la fois aux questions d'ordre interne et externe. Ainsi la conformité des désignations aux usages linguistiques et aux règles comptables fait partie de la clarté, mais la représentation inexacte du contenu des articles du bilan peut aussi bien porter atteinte à la clarté qu'à l'exactitude. L'interprétation subjective de titres ambigus a conduit maints offices fédéraux à des situations paradoxales. Dans ce domaine, on se heurte sans doute en Suisse à de nombreuses difficultés en raison du trilinguisme officiel. Aux difficultés qu'offre la terminologie technique propre à la comptabilité s'ajoutent les écueils de la traduction.
Le bilan doit être développé en fonction des buts visés lors de son établissement. Il est donc utile de fixer brièvement les buts assignés au bilan d'un Etat moderne, en considérant plus particulièrement la Suisse.
Pour administrer les finances, l'exécutif doit connaître la composition du patrimoine et sa provenance. La composition du patrimoine, c'est l'état de la trésorerie, la répartition et la nature des placements et des immobilisations. La provenance du patrimoine ressort du passif du bilan qui groupe les fonds propres, les fonds étrangers et les provisions. En d'autres termes, l'analyse du bilan doit faire connaître ce que Weidmann') appelle le financement, l'investissement et la solvabilité. Le financement est le rapport entre les fonds propres et les fonds étrangers; l'investissement ressort de l'importance des placements et des immobilisations ; la solvabilité dépend de la liquidité absolue (rapport entre les disponibilités et autres actifs facilement réalisables et le total des actifs réels), ainsi que de la liquidité relative (rapport entre les avoirs à court terme et les dettes à court terme).
Pour proposer le budget et pour recommander à l'attention du Parlement les mesures qu'il croit utiles à l'accroissement de la prospérité commune, le Pouvoir exécutif ne doit pas seulement appré- Cier la situation de l'Etat en tant que sujet de droit ; un autre aspect
1) Weidmann, p. 12.
du problème, celui des rapports de l'Etat avec l’économie nationale retient de plus en plus l'attention du monde économique d’aprèsguerre. Le bilan clairement exposé et judicieusement développé peut fournir d'utiles renseignements à ce sujet. Le rapport entre la dette flottante et la dette consolidée par exemple révèle la capacité financière de la nation et le crédit dont jouit l'Etat :) ; l’importance de la fortune nette ou du découvert démontre dans quelle mesure la fiscalité a permis de couvrir les frais d'intervention de l'Etat; le poste des débiteurs dévoile si l'Etat a dû s'intéresser au financement de certaines branches de l’économie sous la forme de prêts.