‹ Le compte du rossignol (réimpression de l'édition de Jean de Tournes) avec une introductionChapitre 20 sur 20 · DU RENARD ET DU SINGE · texte numérisé non relu

DU RENARD ET DU SINGE

En un beau champ les bestes s’assemblerent A fin d’eslire et faire un nouveau Roy; Aucuns d’entr’ eux le concile troublerent, Voulans n'avoir prince, juge, ne loy.

Un Singe y vint, qui fit mille soupplesses, Danses et sauts, dont fut si bien voulu Que d’un accord, pour telles gentillesses, Fut le grand Roy par dessus tous eslu.

Quelque Renard sur ce Roy envieux,

Pour le tromper, luy dit ainsi : « Cher Sire, Je sçay cy prés un thresor precieux

Qui appartient à vostre haut empire. »

Selon son dit, aux champs l’accompagna, Où luy monstra une fosse profonde.

« Là bas, dit-il, le feu Roy espargna

Tous les thresors et richesses du monde. »

LES FABLES 79

Le Singe y creut, et bas il descendit :

Tout aussi tost fut pris et arresté, Dont se plaignoit, et le Renard luy dit, En reprochant son instabilité :

« Toy, non sçachant, nous veux-tu dominer, Qui laschement t'es laissé ainsi prendre ? »

Certes, qui veut son faict ainsi mener

Sans jugement, il est trop à reprendre.

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